Ce n’est pas une « actualité », mais une réflexion. Une réflexion pas vraiment personnelle mais très partagée, sur le retournement opportuniste des dominants et des décideurs de notre société. In extremis, comme ça, d’un coup, au pied du mur « électoral », alors que cela fait plus de 30 ans que nous les bassinons de nos craintes pour une planète saignée aux quatre veines.
Après nous avoir drapé d’amiante, nous avoir tant couverts de biocides, après avoir défriché, remembré, déboisé, bétonné tant de paysages, on nous annonce subitement que l’on ne va plus agir ainsi, que l’on pouvait faire autrement, que l’on va faire autrement. On nous dit même que nourrir jusqu’à 10 milliards de terriens sur un mode biologique est possible… !
Donc jusqu’à maintenant, "ils" le faisaient exprès !
Demain, ils diront que l’élevage en batterie n’est pas incontournable, que c’était comme les cirques ou les zoos, une mauvaise habitude ancrée, que nous ne sommes pas si carnivores que ça, qu’il faut mieux privilégier les protéines végétales…
Maintenant, on sait que le système et les irréductibles maîtres du monde peuvent tout dire et l’inverse, ce qui compte – pour eux – c’est de ne pas lâcher prise, quitte à recycler les reproches qui leur sont faits, de s’en délecter, et ce, jusqu’au bord du gouffre. Regardez, à la télé, la moitié des pubs se repeignent soudainement de vert et de tous les respects écologiques qui jusque hier étaient foulés du pied.
Philosophe de l’environnement (en voilà bien un concept antropocentriste…), je vis en Méditerranée occidentale et je ne vois pas le moindre signe d’inversion des tendances. Tout on contraire, le saccage s’accélère, comme s’il fallait faire au plus vite : davantage d’urbanisation, davantage d’hypermarchés et de consumérisme, toujours moins de nature et de naturalité. Bétonnage et surpâturage continuent à être les deux mamelles qui continuent à nourrir une « culture de la désertification ».
Mais Espagne et Maroc sont peut-être hors de « grenellisation » !
Autour de vous, concrètement, hors discours, quelque chose a changé ?
Ce n’est pas un combat, ce n’est qu’un constat.
Michel Tarrier
« Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir, non pas comme une probabilité mais comme l’histoire du futur. On leur dirait qu’on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l’homme avait allumés et qu’il était incapable d’arrêter. Que c’était comme ça, qu’il y avait des sortes d’incendie qu’on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne. » (Marguerite Duras)









