Article publié le 11 décembre 2007
L’Alliance pour la planète, coalition de 80 associations qui s’était souvent montrée critique pendant le processus des discussions, a “suspendu” sa participation au suivi du Grenelle de l’environnement. Elle dénonce “un processus opaque et unilatéral qui sape les résultats du Grenelle” et demande la relance du “dialogue à cinq” (ONG, patronat, syndicat, Etat, collectivités locales). Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. C’est parce qu’ils ont le sentiment d’être le dindon de la farce que les ONG écologistes viennent de claquer la porte du Grenelle. Elles avaient bien conscience que sitôt les caméras parties les choses seraient plus dures, mais pas à ce point.
Depuis la fin du processus de concertation, le 25 novembre, certaines ONG se plaignent d’être mises hors-jeu pour ce qui constitue en fait la phase la plus sensible, la traduction concrète des belles déclarations de principe. Mais, autant des arguments économiques auraient pu être considérés comme recevables, autant la mauvaise foi est non grata. Le gouvernement a beau jeu d’invoquer que la concrétisation des promesses relève de l’administration, la succession d’annonces pas tout à fait conformes aux promesses, contribuent à l’émergence d’un sentiment de déception.
Dans ce contexte tendu, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la parution, jeudi 6 décembre, de décrets sur les OGM censés mettre en œuvre le “gel” de leur culture. Les textes prévoient de suspendre la commercialisation du maïs MON 810, le seul autorisé en France, jusqu’en février 2008, date prévue pour l’adoption de la loi qui définira les conditions de culture de ces plantes. On est donc bien loin de l’annonce du ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, qui parlait d’activer la clause de sauvegarde prévue au niveau européen mais surtout, aucune plante n’est cultivée en hiver, une simple suspension n’empêchera donc pas les agriculteurs de semer des OGM au printemps.
En représailles, les associations de l’Alliance pour la planète suspendent leur participation au processus de suivi du Grenelle tant que le dispositif de suivi à cinq collèges n’est pas rétabli. Tout l’enjeu consiste à ne pas être écarté des lieux où sont écrits les textes d’application, de façon à pouvoir peser en amont et ne pas uniquement se lamenter en aval. “L’Alliance demande au président de la République et au ministre d’Etat de remettre en marche la dynamique de travail collective et ainsi de restaurer la confiance” a indiqué Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace et porte-parole de l’Alliance pour la planète.
Parfaite illustration du double langage gouvernemental, l’annonce faite dernièrement par François Fillon de l’ouverture pour 2015 d’un barreau autoroutier entre Saint-Etienne et Lyon (A45). La déception d’Alain Chabrolle, vice-président de la Fédération Rhône-Alpes pour la protection de la nature est immense. “C’est un gros coup de poignard dans les engagements de l’Etat vis-à-vis du Grenelle. Les différents groupes de travail planchent encore sur la préparation de la loi-cadre, et l’on pensait qu’on resterait dans le gel annoncé de la capacité routière. Entre l’A 89, déjà engagée, et l’A 45, on a l’impression qu’on va nous faire la totale dans la région lyonnaise !”
Alain Chabrolle avance que des solutions alternatives moins onéreuses existent et dénoncent le massacre environnemental.” Cette autoroute va couper en deux des milieux naturels exceptionnels et des zones agricoles périurbaines remarquables, pour lesquelles on se bat depuis trente ans. Elle va en outre induire une urbanisation linéaire qui va à l’encontre des politiques locales, plutôt favorables à une densification de l’habitat afin d’éviter les coûts connexes. Au-delà du projet, l’absence de concertation dans cette décision va totalement à l’encontre de la gouvernance partagée prônée lors du Grenelle. Il y a matière à s’interroger sur une réelle volonté politique de changer les choses. C’est une énorme déception, qui risque de mettre en porte-à-faux nombre d’associations sur la nécessité de continuer à participer au Grenelle de manière partenariale.”
Un bien mauvais présage pour les opposants à la réalisation de l’A65 entre Langon et Pau et notamment l’association des 9 fontaines qui misent beaucoup sur le Grenelle pour voir le projet abandonné ou modifié. Le site des neuf fontaines situé sur la commune de Bostens (Landes) constitue en effet, une zone naturelle exceptionnelle, trés riche, habitat de l’écrevisse à pattes pattes blanches. Une espèce protégée, en théorie du moins.










