Article publié le 15 octobre 2007
L’annonce d’une proposition de retirer le principe de précaution par la commission Attali sur la libération de la croissance française semble s’établir comme une disposition susceptible de profiter à l’expansion économique de notre pays. Le principe de précaution vit-il ses derniers jours, et son abolition est-elle indispensable au développement économique de la France ? Difficile à comprendre. Réponse le 15 octobre.
Norme juridique implacable, reconnue de la jurisprudence européenne et ne laissant plus autant de place aux décisions non étudiées, le concept de précaution s’est étendu, depuis son entrée en vigueur dans les années 60 en Allemagne, à tous les domaines à risques, se transformant en véritable principe général du droit pour devenir un principe constitutionnel à part entière dans le domaine écologique et environnemental. Ce principe de précaution, lié à la politique de l’avancée technologique et du progrès, se résume en une protection des vicissitudes qui, jadis, étaient des accidents ou des fatalités.
Aujourd’hui, face à l’ignorance de certaines matières considérées comme menaçantes, on recherche de plus en plus à anticiper les possibles aléas du modernisme, car ce principe se présente comme une des solutions à la civilisation du risque pour reprendre l’expression du philosophe allemand Hans Jonas. La précaution, notion qui vise les risques hypothétiques, non encore confirmés scientifiquement, mais dont la possibilité peut être identifiée à partir de connaissances empiriques et scientifiques, s’affiche désormais comme un élément de cristallisation des différentes attentes du public dans les domaines de la sécurité collective et de la santé publique, car, suite aux divers scandales, une certaine méfiance s’est développée vis à vis de ces nouvelles promesses technologiques.
Le rapport Kourilsky-Viney en 2000 et la doctrine de la Commission européenne ont posés les bases d’une réflexion plus profonde permettant de débloquer une situation assez équivoque, cherchant à assurer une prise en compte précoce des risques potentiels et des actions effectives et proportionnées. Ainsi, avant d’être un principe général du droit, c’est un principe moral et politique, venant en aide aux situations les plus sensibles qu’il ne faut pas confondre avec telle ou telle règle d’abstention.
Défini de plusieurs manières, il s’est transformé en véritable norme juridique sur laquelle le juge peut s’appuyer de façon effective, s’affirmant aussi comme un moyen pour les victimes de dénoncer l’ampleur des risques encourus, et devenant, in fine, l’affaire des citoyens, des dirigeants d’entreprises et des responsables politiques.
Si l’on peut analyser que la mise en place de ce principe de précaution a foncièrement entraîné de sérieuses entraves injustifiées à l’entreprise, à l’innovation et à la liberté de recherche traduisant cette menace judiciaire, jugée préoccupante par la plupart des entrepreneurs et des responsables publics, il est difficile à comprendre la remise en cause de ce principe tel qu’il est défini au sein de la Constitution, mettant en péril une autre forme de ressource susceptible de miner le développement économique par l’inconscience ou le manque de maîtrise de certaines actions humaines en matière écologique.
En effet, le principe de précaution posée par la charte de l’environnement contenu dans le texte constitutionnel n’est que l’aboutissement d’un projet pour promouvoir le développement durable, loin d’engager une menace pour la croissance française, " loin d’être un frein majeur à la croissance " comme le souligne la commission Attali .
Face aux différents dangers qui touchent notre planète, face au péril qui heurte la génération grandissante, il serait superfétatoire de déconsidérer ce principe légitime à la sauvegarde de notre environnement sur l’autel du développement économique.
Si
le12 octobre a été une journée mondiale de l’environnement par
l’attribution du prix Nobel de la paix décerné à Al Gore et au Giec, il
faut espérer que le 15 octobre sera une journée nationale du progrès,
et ce avec précaution.
De l’interdiction de la dissection des cadavres à celle des "bébés médicaments", tout ce qui est jugé comme "aberration obscurantiste" peut être justifié par le "principe de précaution", si on le pense dans le contexte de l’époque.
Bien sûr, les "éconocrates" hurlent : ils ont la capacité de se faire entendre. Mais ils partagent en fait le sort commun : tout ceux qui participent à la transformation du monde (enseignants, médecins, urbanistes, etc... - je ne reparle pas des ingénieurs, agriculteurs et autres éconocrates ...), son menacés dans leur liberté intellectuelle et dans leur liberté d’agir, car :
il n’y a pas d’action utile qui ne soit potentiellement néfaste.
L’application du principe de précaution se révèle dangereuse. Il faut donc ne pas l’appliquer, en vertu du principe de précaution. Parfaite démonstration par l’absurde, si l’on se place dans un cadre légaliste.
Je ne partage pas l’avis de l’auteur. Le principe de précaution est une notion, qui dégagée de tout cas concret reste trop vague.
La loi Française définit suffisamment la notion de responsabilité individuelle et collective, dans quasiment tout les cas de figure imaginables, il n’était pas utile d’en rajouter une couche dans la constitution. Seulement voilà, le principe "sonne" bien, et ça fait bien dans une constitution.
Je prends un exemple concret : les Suisses ont décidé en pleine guerre froide, que chaque nouvelle maison ou immeuble devait inclure un abris anti-atomique, avec tout les surcoûts que cela engendre. Cela relève à 100% du principe de précaution. Pourtant il n’y a que la Suisse (que je sache) qui a adopté ce genre de loi ! Ce n’est pas parce qu’une constitution inclut ce sacro-saint principe que ses applications en découlent naturellement, et font force de loi. Pour chaque question, il faut que la nation décide au travers de ses députés, sénateurs et texte de loi ce qu’il faut faire ou non. C’est pourquoi je suis plutôt pour la suppression de ce texte dans notre constitution, qui doit rester un cadre concis, et non un catalogue à la Prévert (comme la constitution Européenne, mais ça, c’est un autre sujet...). Ce n’est pas pour autant que la responsabilité des industriels (fussent-ils producteurs d’OGM, industriels pharmaceutiques ...) est abolie.
Bref, une tempête dans un verre d’eau
200% d’accord avec vous ! L’arsenal juridique français est particulièrement touffu en matière de responsabilité civile, qu’elle soit professionnelle ou individuelle, puis de responsabilité pénale... Au final, point n’est besoin d’en rajouter des sédiments, puisque tout un chacun peut se voir opposer sa responsabilité, et que, dans les deux cas, il reviendra au juge d’estimer si elle est engagée ou non...










