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Faut-il libérer la croissance ?

Une commission née sous de curieux auspices

Article publié le 31 août 2007

Le gouvernement vient d’annoncer la création d’une Commission de la croissance, sous la présidence de Jacques Attali. Un thème qui ne doit pas déplaire au MEDEF, réuni en université d’été. Mais est-ce de plus de croissance dont ont besoin la société et l’économie françaises ?

Faut-il libérer la croissance ?

"Commission pour la libération de la croissance".
Diable ! On ne savait pas que la croissance, en France, était maintenue bridée ou prisonnière, à l’instar d’un prisonnier politique sous un régime dépressif. L’annonce du travail de cette commission arrive en pleine période de préparation du "Grenelle de l’environnement". France Inter faisait également le point sur les principales commissions et études commandées par le président de la République et le gouvernement, et ils sont déjà légions. Cette coïncidence de la "libération de la croissance" et d’une vaste consultation sur l’environnement doit nous interroger sur les relations que peuvent entretenir les questions liées à l’environnement et l’économie. L’évocation du "développement durable" suffit-elle à articuler ces deux domaines complexes, qui se sont ignorés pendant des décennies ? Rien n’est moins sûr, comme le montre un article sur le développement durable publié par Politis et reproduit sur NaturaVox.

Depuis des décennies, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) sert de boussole unique à nos économistes et politiques pour nous indiquer l’état de santé de notre économie. Or de nombreux travaux ont montré que cet indicateur unique était tout sauf un indicateur de santé. Patrick Viveret, auteur lui aussi d’un rapport, à la Cour des Comptes, sur les Nouveaux Facteurs de Richesse, l’a bien montré. C’est le paradoxe de l’Erika : la comptabilité national et le PIB ne mesure que les flux financiers de l’économie. Tant que des échanges monétaires sont générés par une activité, cet indicateur monte. Il n’y a jamais de décompte négatif en termes sociaux ou écologiques. Aussi une marée noire est une formidable opportunité de faire augmenter la "richesse" telle qu’elle est mesurée aujourd’hui. Les atteintes à la nature ne comptent pour rien dans cette mesure, mais la production de biens et de services des entreprises si, quels qu’en soit la nature, positive, négative, ou simplement réparatrice. En revanche l’apport des bénévoles, des femmes au foyer, n’est jamais comptabilisé dans ce système.

Il devrait maintenant être clair pour tous que la croissance économique n’est jamais un but en soi, et n’indique jamais la santé d’une société et d’une économie. La commission présidée par Mr. Attali se réfère sur son site au comité d’experts qui avait abouti à la publication en 1960 du « Rapport du Comité pour la suppression des obstacles à l’expansion économique ». La pensée a pourtant bien évolué depuis ! Certes, les méthodes ont un peu changé, et ce site Internet propose, démocratie participative oblige, de receuilir les propositions des citoyens. Mais il impose à ces derniers des thématiques qui imposent en elles-mêmes un cadre de pensée rigide et extrêmement conventionnel : Pouvoir d’achat, Compétitivité, Travail, Politiques et Culture de croissance.

La composition du comité pouvait pourtant faire espérer une réflexion plus actuelle, et plus en phase avec la réalité, que la pensée économique classique et les cadres institutionnels (autant en entreprise que dans l’Etat) ont perdu de vue depuis longtemps. Jacques Attali lui-même est un observateur éclairé de la réalité et des tendances contemporaines. Il a fait observer que la commission qu’il préside allait étudier de près les questions liées aux mentalités, et c’est un point en effet pertinent lorsqu’on s’interroge sur les comportements économiques, et sur les modes de production, de consommation et d’échange, sur le désir et la façon d’entreprendre en France. On trouve ainsi dans cette commission : Boris Cyrulnik, neurologue et psychiatre, est un penseur non conventionnel de la résilience, Hervé Lebras est un démographe reconnu, Erik Orsenna est un esprit indépendant et écrivain, Théodore Zeldin est un écrivain anglais observateur de la société française. On trouve également dans cette commission de chefs de grandes entreprises, et pourquoi pas ?

On s’étonne alors du cadre aussi conventionnel de réflexion proposé à ces personnalités. Connaissant la créativité et l’indépendance d’esprit de certaines d’entre elles, on se met à espérer que le débat au sein de la Commission pour la libération de la croissance finira par faire éclater le cadre de réflexion déjà imposé ou annoncé sur son site, et l’intitulé de la commission elle-même. Car ce n’est pas la croissance économique qu’il faut libérer dans les esprits des français, mais ce sont les esprits qu’ils faut libérer de l’obsession de la croissance économique.

Alors, on peut participer la réflexion de cette commission, grâce à son site participatif. Mais pour remettre les pendules à l’heure, et remettre la croissance en perspective et pour ce qu’elle est : une montre qui n’indique plus l’heure, une simple aiguille sur cadran que l’on veut prendre pour un être vivant.

Commission pour la libération de la croissance

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62 votes

commentaires
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par marcel4 (IP:xxx.xx2.210.171) le 31 août 2007 à 12H11

Vous mentionnez la présence de M.Lebras,démographe reconnu, dans cette commission . Quelles sont ses idées en matière démographique ? Un démographe lucide(cela doit exister)devrait énoncer le principe d’adéquation du chiffre de population(densit" de population) à celui des "capacités nutritives ou énergétiques" d’un territoire donné(ou de sa biosphère). On est loin de cette situation idéale vu le niveau de surpopulation atteint en europe et dans le monde.

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par Dominique Hebert (IP:xxx.xx9.177.43) le 31 août 2007 à 12H26

Bonjour Pierre,

Je suis tout à fait d’accord ce que tu as écris.

Si nous voulons changer de société, je pense que la priorité concerne le changement d’indicateur car tant que nous resterons les yeux rivés sur le PIB, toutes les actions destinées à en corriger les effets dévastateurs resteront vains.

Il me semble urgent de créer un nouvel indicateur de richesse que certains ont dénomé le PID (Produit Intérieur Doux) qui ne prendrait en compte que la création de richesse, celle qui correspond réellement à une augmentation de la qualité de vie et du niveau de bien être pour l’ensemble des citoyens.

Cf. cet article sur le site d’Interactions TP-TS

Amitiés
Dominique

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par laurent (IP:xxx.xx8.49.109) le 31 août 2007 à 15H38

C’est tellement vrai tout ça.
D’ailleurs y avait cet été sur Courrier International tou un dossier sur le bonheur dans lequel on montrait qu’un certain nombre d’indicateurs alternatif au PIB, et censés refléter le niveau de bonheur, étaient mis en place.
On voyait plusieurs graphes qui (en fonction de l’indicateur) mettaient les pays du sud notamment en avant par rapport à certains pays occidentaux.
En fait, y avait un article d’un chercheur qui notamment disait que le taux de gens satisfait de leur condition avait tendance à être inversement proportionnel à l’écart de richesse dans le pays : en gros, plus y a des très riches et des très pauvres dans le meme pays (genre en Russie mais ausi aux US), plus les gens se disent malheureux.
Par contre, si tout le monde est pauvre (genre au Burkina), tout le monde est heureux (remarque ça marche aussi avec tout le monde est riche comme en Scandinavie !)
Bref, j’aimerai bien retrouver sur le net des infos sur tous ces trucs là donc si quelqu’un à des pistes, ça m’intéresse...

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 1er septembre 2007 à 01H26

Laurent, Il y a des choses sur le net. Explore déjà les liens dans l’article. Puis cherche "indice de progrès véritable" sur un moteur de recherche. Regarde aussi l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Enfin, regarde "après-développement" qui est un courant radical en ce sens. D’autre part, je veux bien la référence de l’article du Courrier International que tu mentionne. A bientôt, Pierre

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par jcm (IP:xxx.xx7.215.194) le 1er septembre 2007 à 13H10

@ Marcel4 > c’est la notion nommée en anglais "carrying capacity", étudiée depuis quelques dizaines d’années sur toutes les coutures et dont on s’est aperçu qu’elle n’avait aucun sens pour les populations humaines actuelles, cela pour des dizaines de raisons.

Le domaine de validité de cette notion s’est étiolé à peu près avec la disparition des civilisations de collecte (cueillette, chasse) et l’apparition de populations sédentaires pratiquant l’agriculture et le commerce.

@ Pierre William Johnson > j’ai tenté une approche de modification du PIB qui permettrait de refléter les effets de nos modes de croissance à la fois sur les populations humaines et sur l’environnement.

Le détail de cela est ici : Du PIB au PIB+.

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par marcel4 (IP:xxx.xx2.203.32) le 1er septembre 2007 à 15H40

@JCM:merci pour votre intervention ,mais qui donc conteste cette "carrying capacity" et quels sont leurs arguments ?S’agit de ceux qui voudraient recouvrir chaque m2 de la planète par du beton ou de doux rêveurs en chambre(capitonnée) qui pensent que l’on pourrait nourrir et loger de 8 à 12 milliards d’habitants (en construisant des tours de 200 étages ou sur les océans tout en leur procurant une vie décente ? M. Lebras appartiendrait-il à ce courant dé pensée démographique ?

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par jcm (IP:xxx.xx7.215.194) le 2 septembre 2007 à 10H19

@ Marcel4 > Désolé, je n’aurai pas le temps de développer mais il est possible d’en savoir plus par les moteurs de recherche, par exemple = Carrying capacity.

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par AT (IP:xxx.xx7.67.7) le 2 septembre 2007 à 01H00

"Faut-il libérer la croissance ?".....Techniquement cette question ne se pose pas pour le vulgum pecus (par exemple : Les membres des O.N.G. en place dans les pays ou ils exercent vont visiter avec leurs gros 4/4 les locaux qui eux travaillent avec des animaux de traits quand ils en ont !), il n’a même pas conscience de l’enjeu. Et pour les gens supposés réflechir a la chose, le simple fait de se réferer au PIB comme indicateur démontre si besoin était le niveau de leur incompétence...Sans aller chercher bien loin, il suffit de constater l’augmentation du prix des céréales pour comprendre que le mythe de la croissance eternelle a vécu ! Et il n’y a a priori aucunes raisons pour que la France soit 1 exception, donc "la création d’une Commission de la croissance" est un concept terraplatiste !

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(IP:xxx.xx9.220.199) le 2 septembre 2007 à 07H48

Il n’y a que la France pour se poser ce genre de questions... Pendant ce temps, dans le peloton de tête, on "fabrique" les réponses ! (comprennent qui doit ou qui peut... Signé : Vincent, entrepreneur et boursicoteur heureux :))

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 3 septembre 2007 à 10H38

Heureusement, non, il n’y a pas qu’en France qu’on se pose ces questions. Les personnes qui en doutent ont déjà oublié le rapport écrit par Stern pour le gouvernement britannique, montrant l’urgence d’investir contre le rechauffement britannique. Elles ne connaissent peut-être pas les travaux novateurs et mondialement reconnues de l’économiste hongrois Karl Polyani. Elles n’ont peut-être jamais entendu parler du Club de Rome (né dans les années 1970). Elles ne savent peut-être pas que les études les plus intéressantes sur des indicateurs alternatifs ont été menées en Amérique du Nord, ou que la première femme députée en Néo-Zélande a mené une étude dans de nombreux pays sur le travail des femmes, non comptabilisé par le PIB (voir le film "Si les femmes comptaient" : http://www.silesfemmescomptaient.com/). Mais l’ignorance n’excuse pas l’absence de réflexion.

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par Mistral (IP:xxx.xx1.174.6) le 2 septembre 2007 à 10H08

Il n’y a qu’en France pour trouver des gens bien pensants qui remettent en cause l’utilité de la croissance de l’économie ! C’est pitoyable, mais celà est la preuve qu’une minorité de francais bien gauchiste refuse la société de marché et cherche tous les prétextes pour justifier de leurs positions. On les retrouve bien sur dans les administrations et autres services publics. Qu’il est facile de ne pas vouloir la croissance quand on vit aux crochés des autres !

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 3 septembre 2007 à 10H39

Lisez la réponse ci-dessous, et renseignez vous sur les travaux effectuées par le PNUD (Indicateur de Développement Humain), le Canada et les Etats-Unis (Genuine Growth Indicator) avant de répéter des idées reçues.

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par cocolapin (IP:xxx.xx2.21.201) le 2 septembre 2007 à 12H54

le titre est vraiment débile ; la question n’est pas "faut’il libérer la croissance" mais "comment libérer la croissance" ?

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par Actias (IP:xxx.xx3.120.207) le 2 septembre 2007 à 15H01

on sait tres bien comment libéré la croissance (libéralisme), la question de l’article est donc la bonne.

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par Actias (IP:xxx.xx3.120.207) le 2 septembre 2007 à 15H00

Je vous explique soit on s adapte aux consitions economiques de la mondialisation avec ses avantages (creation de richesse et d’emploi ...) et d’inconvenients (flexibilité du travail, moins de transferts sociaux, pollution ...).

Soit on créé une nouvelle société basée sur la décroissance, le control des naissances, les retour à une certaine simplicié etc .... avec ses avantages (moins de pression, meilleure hygiene de vie, moins de pollution) et ses inconvenients (finis la consommation, quasi zero "richesse" matérielle, obligation de reflechir autrement et changer nos habitudes etc ...)

Parce qu’on aura pas les avantages sans les inconvenients sauf à se les payer à crédit (tiens tiens c’est exactement ce que fait la france) et encore. Les français ne sont plus des revolutionnaires depuis longtemps ce qui exclut la deuxieme solution (il faudrait changer en profondeur ses habitudes :-0 )il ne reste donc que la premiere (consistant à imité les autres, suivre le mouvement) qui pour notre pays sclerosé sera deja une revolution.

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par léonard (IP:xxx.xx6.100.68) le 3 septembre 2007 à 08H22

Chers lecteurs de cet article,

Je reste étonné que l’on ressasse toujours les mêmes thèmes : croissance, pas croissance, sauvons la planète par le développement durable. Etre au chevet de quelqu’un n’est pas le guérir et les prières ne détourneront pas l’hommede sa décision de suicider son espèce. Seuls les bobos branchés et bien propres sur eux et les gros sales qui pilotent la finance internationale et les petits pots vitaminés pour bébé pensent qu’on trouvera une solution pour produire du bonheur durable à la population mondiale. Ayez donc chers amis le plaisir de vivre la vie dont vous parlez. Bien à vous

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 3 septembre 2007 à 10H43

Vous pensez donc qu’il n’y a pas de solutions ? Je pense au contraire que l’humanité est suffisamment évoluée pour trouver des solutions, même si l’échelle est le type de problème sont inédits. Il n’y a pas que les bobos qui puissent être optimistes et humanistes. Mais je doute que "ceux qui pilotent la finance internationale" se soucient de ces problèmes.

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 23 janvier 2008 à 00H25

Le rapport final de la Commission Attali vient d’être publiée. Malheureusement, il confirme l’orientation strictement néo-libérale de la commission et de ses recommandations.

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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 23 janvier 2008 à 00H31

XO Editions a acquis les droits d’auteur du rapport de la Commission pour la Libération de la Croissance, présidée par Jacques Attali. Les Echos qui l’avait mis en ligne sur le site du journal se sont fait menacés de poursuite et sommés de la retirer.

Comment est-il possible qu’un rapport officiel, donc payé par les contribuables français, fasse l’objet de droits remis à un éditeur privé ? La publication du rapport Attali illustre l’absurdité même des thèses qu’il défend : celle de la libéralisation à outrance.


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