Article publié le 25 septembre 2007
Interview de Nicolas FROISSARD initiateur du 2ème salon de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire organisé par le CJDES et l’AFIJ.
Le salon et l’’économie sociale et solidaire
Pouvez-vous nous expliquer l’origine de ce salon ?
L’économie sociale et solidaire (ESS), qui intervient dans tous les secteurs d’activité et représente plus de 11% des salariés français, propose aussi des modes de gestion d’entreprise et d’entrepreneuriat originaux. Il paraissait donc intéressant de donner un coup de projecteur sur ce secteur. Nous souhaitons montrer qu’on peut y faire carrière, y exprimer pleinement ses compétences tout en y trouvant un sens supplémentaire.
Comme tous les secteurs, en raison du papy boom, l’ESS va avoir besoin dans les années qui viennent d’attirer les candidats et particulièrement les jeunes. Ce forum peut aider le secteur à relever ce défi en le faisant d’avantage connaître. Et puis ce type d’évènement peut aussi permettre de tordre le coup à certaines idées reçues. Nos concitoyens pensent souvent par exemple que les associations coûtent très cher à l’Etat et ne reposent que sur le bénévolat.
Or, les associations se sont beaucoup professionnalisées ces dernières années et emploient aujourd’hui plus d’un million de personnes. Elles sont un allié important de l’Etat qui leur confie de plus en plus de missions d’intérêt général. Dans de nombreux départements, le secteur associatif est le premier employeur. Je me rappelle avoir été surpris en apprenant récemment que l’économie sociale et solidaire est le premier employeur de la région Midi-Pyrénées, alors qu’on n’y parle que d’Airbus. Exemple intéressant d’ailleurs et qui rappelle que les sociétés commerciales sont régulièrement subventionnées par l’Etat.
Combien d’entreprises participantes cette année ?
Une centaine d’organisations seront présentes ou représentées.
Et combien de postes sont à pouvoir ?
Environ 3000.
L’économie sociale et solidaire bien qu’elle emploie plus de 11% des salariés français à du mal à se faire connaître du grand public. Comment l’expliquez vous ?
L’ESS n’a jamais cherché à communiquer. Elle a plutôt eu tendance à se concentrer sur ses activités. Il est donc logique qu’elle ne soit pas très connue. La diversité qu’on peut trouver dans notre secteur est une chance et une richesse. Mais c’est aussi plus difficile de communiquer de façon globale et homogène sur ce secteur. C’est en train d’évoluer. Les organisations de l’économie sociale commencent à insister sur leurs spécificités. Et à se concerter, y compris de façon transnationale car l’économie sociale est partout dans le monde, pour proposer des messages communs.
Qu’est ce qui distingue les entreprises de l’économie sociale et solidaire des autres ?
Est-il forcément nécessaire de définir l’ESS par rapport aux autres secteurs ? Il faut faire attention de ne pas tomber dans une démarche manichéenne qui opposerait les entreprises de l’ESS qui « placeraient l’homme au cœur de leurs préoccupations » des autres qui ne rechercheraient toujours en permanence que la seule maximisation des profits. Une définition de l’ESS devrait être suffisante.
L’économie sociale est définie par référence à ses statuts. Ce secteur se compose des coopératives, mutuelles et associations. L’économie sociale constitue un secteur autonome au sein duquel les structures sont gérées selon le principe « une personne, une voix ». La destination des excédents éventuellement réalisés est originale : soit ces excédents ne peuvent être partagés entre les adhérents (c’est le cas pour les associations) soit ils profitent équitablement à tous les adhérents ou salariés. L’économie solidaire quant à elle est axée vers les initiatives de développement local, de réinsertion et de lutte contre l’exclusion : insertion par l’économique, commerce équitable, tourisme solidaire…
Si je souhaitais créer une entreprise, pourquoi choisirais je le statut de scop ?
Si vous souhaitez entreprendre collectivement, le statut de scop est intéressant. Il permet à chaque salarié de l’entreprise créée d’en devenir actionnaire. Et d’être pleinement associé aux grandes décisions. Ce statut est tout à fait compatible avec une activité économique performante. La SCOP Chèque Déjeuner rivalise sur son marché avec des poids lourds du secteur classique. Comme tout projet collectif, il faut beaucoup dialoguer. Mais cela favorise un excellent climat social, ainsi que la pérennité de l’entreprise car une partie importante des bénéfices sont obligatoirement placés en réserve, pour parer les éventuels coups durs que réserverait l’avenir.
On parle de plus en plus des nouveaux emplois de services. L’ESS est-elle présente dans ce secteur ?
Les associations sont historiquement très présentes dans le domaine des services et du soin à domicile. L’économie sociale qui a une tradition d’implication des parties prenantes et particulièrement des usagers dans la définition et la conduite de ses projets est forcément à même de relever le défi du développement des services à la personne et de la satisfaction des besoins. A titre d’exemple, la SCOP Domicours est présente dans le champ des cours particuliers et la SCOP Domiance , qui vient d’être créée, propose aux ménages tout type de prestations à domicile.
La situation économique
La précarité est un des problèmes majeurs de notre époque. Quelle réponse l’ESS apporte t-elle ?
On retrouve dans le secteur de l’insertion par l’activité économique des entreprises qui permettent à des personnes en difficulté (chômeurs longue durée, handicapés, jeunes sans formation…) de retrouver un emploi dans quelque métier que ce soit. Et de retrouver une autonomie et une utilité sociale indispensables à leur bien être.
Allez boire un chocolat à Puerto Cacao, entreprise d’insertion située dans le 17ème arrondissement de Paris. Cela rompt avec l’image misérabiliste qu’on peut avoir parfois de ces entreprises. Ce salon de thé est magnifique. Vous y consommerez d’excellents produits à base de cacao équitable. Et Guillaume, jeune entrepreneur tout droit sorti d’une grande école de commerce et qui a monté de "A à Z" ce projet, vous expliquera concrètement ce qu’est une entreprise d’insertion.
En tant qu’organisateur du salon de l’emploi dans l’ESS. Lorsque vous entendez la phrase devenue célèbre : « Travailler plus pour gagner plus » qu’est ce que cela vous inspire ?
Comme toutes les petites phrases elle est réductrice. Même son auteur serait sans doute prêt à le reconnaître. Certes, des français souhaitent travailler d’avantage pour augmenter leur rémunération. Mais il y a aussi beaucoup de salariés qui ne souhaitent surtout pas augmenter leur temps de travail en raison de la pénibilité de leurs taches.
Et puis un récent sondage montrait que 70% des français ne sont pas heureux dans leur travail. Alors si travailler plus veut dire déprimer plus, ça pose question ! La question du pouvoir d’achat et donc de la rémunération est importante. Mais il ne faut pas négliger non plus la question du sens que l’on trouve dans son travail.
Le Groupe SOS auquel vous collaborez œuvre de façon importante pour la réinsertion. La présence de Martin HIRSCH au gouvernement est-elle pour vous un atout ?
Un peu tôt pour le dire.
Le chef de l’état a annoncé la création d’une commission indépendante sur le SMIC. Pensez-vous que la fixation du montant du salaire minimum ne doit plus être faite par l’état ?
Il me semble que cette question est suffisamment importante pour que l’Etat reste compétent en la matière. Après, qu’il y ait une consultation la plus large possible sur cette question, c’est indispensable.
Ethique, entreprises et emploi
Bien que peu d’entreprises aient mis le développement durable à l’ordre du jour et que la RSE soit naissante en France, quelle est la position actuelle de l’ESS face à ces sujets ?
L’ESS a l’habitude de dire qu’elle fait du développement durable depuis toujours. Il est vrai que sa lucrativité limitée lui permet de se concentrer sur la qualité de sa gestion des ressources humaines et de la relation client ou usager. Mais quand on parle développement durable, on pense évidemment aussi au respect de l’environnement. Et là peut-être que nos organisations et particulièrement les associations, en dehors des associations environnementales bien sûr, ne se sont pas toujours senties très concernées par ce thème au combien important. C’est en train de changer.
L’éthique et le commerce équitable sont de plus en plus considérés comme importants par les français. Sont-ils porteurs en termes d’emplois et auront-ils leur place sur votre salon ?
Le commerce équitable, le tourisme solidaire et plus largement la solidarité internationale auront leur place. Ce secteur peut aujourd’hui offrir de belles carrières. Les ONG ont avancé sur le chemin de la professionnalisation et sont aujourd’hui capables d’offrir des conditions de travail et des rémunérations correctes. Le commerce équitable est encore un secteur émergeant. Les postes sont encore peu importants mais une entreprise comme Ethiquable démontre que lorsque les produits proposés sont de qualité, la croissance et le développement et donc l’augmentation du personnel sont au rendez-vous. L’enseigne Alter Mundi propose quant à elle à des entrepreneurs en devenir de créer leur emploi en développant leur boutique de commerce équitable.
Merci Nicolas
2ème salon de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire
les 4 et 5 octobre prochain à
l’Usine à La-Plaine-Saint-Denis
Plan d’accès et horaires
Monsieur Froissard pourrait-il nous dire ce que recouvre pour lui le concept d’éthique ?
Cette notion me parait particulièrement floue chez les acteurs majeurs de l’ESS (comptant les gds nbres de salariés) dans le domaine de la banque assurance ! :-(
Eugène,
Vous avez probablement remarqué qu’il s’agit d’une interview et que Nicolas FROISSARD ne peut répondre à vos questions en direct.
Peut être pourrez vous lui poser cette question lors du salon auquel (il me semble) vous devriez être présent compte tenu de la pertinence de votre question
Cordialement
Non, je n’ai pas cette chance de pouvoir me déplacer comme çà à Paris.
Dans la mesure où ce Mr sait où est publié son interview, rien ne s’oppose à ce qu’il vienne lui-^m en constater les effets , à moins bien sûr d’un total manque de curiosité ou ce qui revient au ^m, d’un épais sentiment de supériorité.
Merci Eugène pour votre frappe préventive ("manque total de curiosité et épais sentiment de supériorité") ça fait toujours plaisir.
Vous remarquerez que je n’ai pas utilisé le terme "éthique" dans mes réponses. Justement car je ne pense pas qu’il y ait d’un côté l’économie sociale, qui ferait preuve d’éthique, et de l’autre côté, les autres entreprises classiques sans éthique. Je dis simplement que les principes de l’économie sociale (distribution de bénéfices à des personnes physiques impossible ou fortement limitée ; prise de décision selon le principe un homme / une femme = une voix) sont à mêmes de permettre de mettre l’Homme au centre des préoccupations de l’entreprise.
Après, on est tout à fait d’accord, ce qui compte ce sont les pratiques.
Mais ce serait intéressant que vous étayiez votre opinion (sur les mutuelles et les banques) en même temps que vous l’affirmez.
@ N Froissard,
Vs connaissez les règles de la com., il faut tjs un peu de provoc. pour attirer l’attention. Désolé. Franchement, et merci de votre réponse.
1-Les régles internes qt au ’fonctionnement’ des salariés des bancassurances (J’y ai travaillé) sont exactement les mêmes que ds le privé, concurrence oblige !
2- l’argument un homme une voix va transformer les clients en sociétaires participant ainsi à la stratégie du groupe auquel ils adhèrent, mais comme il est immergé ds une jungle de renards libres ds des poulaillers libres, la triangulation "sociétaire, boite, salarié" va transformer le dernier en mercenaire par le biais de sa rémunération fortement indexée sur ses résultats personnels.
Au bilan l’aspect ESS se transforme en argument commercial pervertissant totalement l’esprit qui fonde ces entreprises ./ Ce qui veut aussi dire que les élites de ces boites se nomenklaturisant, rien n’empèche que d’autres à leur tour ne le réinsuffle, en faisant jouer la concurrence !
Qt à l’éthique, vs ne me répondez pas vraiment ; et comme j’en suis à la construction de solutions opératoires, la solution pour vous contacter passe-t-elle par le "groupe SOS" ?
Salutations.










