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Epices

Article publié le 7 mai 2009

Epices

Ô surprise : un grain d’épice, une ou deux pincées de poivre, un nacis séché, un soupçon de gingembre et de cannelle ajoutés au mets le plus grossier suffisent à flatter le palais d’une saveur excitante et imprévue. Stefan Zweig donne le ton[1]. Il est possible de créer des richesses extraordinaires avec très peu de chose. Ce qui est vrai des épices pour la cuisine[2] le serait-il dans d’autres domaines ?

Les épices donnent du goût, transforment le plomb en or, la fadeur en saveur. Elles permettent d’exprimer sa personnalité, de varier à l’infini sur une même recette[3],

de tenter des mariages improbables, de surprendre, de donner de la valeur à des mets sans intérêt. Elles mêlent l’utile et l’agréable. En plus de charmer nos papilles, elles conservent et elles soignent. Que de vertus !

Ce n’est pas une découverte. Au commencement étaient les épices nous dit Stefan Zweig. Leur valeur est reconnue depuis les temps les plus anciens. Des routes commerciales sont crées pour les diffuser dans le monde, des guerres éclatent pour leur maîtrise. Les noms d’explorateurs célèbres comme Vasco de Gama et Magellan sont étroitement associés aux épices, véritable moteur de l’économie pendant des siècles. Les épices, ces graines de rien du tout, ces débris de feuilles, ces écorces ou ces raclures de racines, ouvrent les voies entre l’Orient et l’Occident.

Créer, ou révéler, de la richesse avec quatre fois rien, voilà une bonne piste pour le développement durable. Un excellent rendement des quelques ressources utilisées pour produire ces épices, à regarder de près. Offrir un niveau de vie convenable et digne à une population mondiale en augmentation de la moitié par rapport à son niveau actuel est un véritable défi, que l’on ne relèvera pas sans s’inspirer de cette magie que nous offrent les épices. Ce décalage entre la ressource nécessaire, très modeste en quantité, et le service qu’elle rend, certains l’appellent le découplage. Créer de la valeur, rendre des services en ne consommant que le minimum de biens matériels, on est bien sur la voie du développement durable. Le pari peut être tenu d’une croissance en termes de services rendus, associée à une diminution de la pression sur les ressources.

Conjuguer forte croissance du bien-être et pression très modérée sur la planète, tel doit être notre ligne de conduite. Le slogan facteur 4, lancé pour les émissions de gaz à effet de serre qu’il convient de diviser par 4 d’ici 2050, illustre cette orientation, faire beaucoup avec très peu. Et on y arrive. La ville de Lorient a divisé par 4 ses consommation d’eau sans attenter au confort ni à l’hygiène des Lorientais. Juste en chassant les fuites, en recyclant sur place, en posant des économiseurs d’eau et des boutons poussoir, en réglant la pression, etc.

Nous sommes bien loin des épices, si ce n’est la vocation première de Lorient, crée pour accueillir la compagnie des Indes, chargée justement, elle, de naviguer au pays des épices. Le plus des épices est souvent culturel. Restons dans l’eau. Celle du robinet avait mauvaise presse, au point que les efforts pour en améliorer la qualité restaient sans effet sur sa consommation. Il a fallu un déclic pour lancer la mode[4] de l’eau du robinet, avec des attributs de la publicité et des bonnes recettes pour donner envie[5].

L’épice de la voiture est de ne pas la posséder, mais d’y avoir recours quand on veut. Rester maître du jeu, et non pas le servant de la machine, voilà de quoi donner du piment à la vie. Vélov, vélib et autre city bike ont épicé le vélo, lui ont donné l’once de curiosité qui change tout.

Revenons aux épices, les vraies, qui agrémentent notre nourriture. Le développement durable nous conduit à favoriser les produits de saison[6],

à privilégier les légumes de proximité, à réduire la consommation de viande dont l’impact écologique est beaucoup plus lourd que celui des végétaux. La monotonie guette, et l’uniformité dont naquit l’ennui. Pas très durable, côté qualité de vie, plaisir, convivialité. Comme aux temps anciens, les épices sauront apporter la diversité, l’originalité, et la touche d’exotisme qui donneront leurs lettres de noblesse aux plats les plus conventionnels. Même si elles viennent de loin, les épices ne sont que des condiments, des accessoires qui valorisent des produits locaux. Cela vaut bien mieux que le recours à des productions lointaines en base, surtout si elles doivent prendre l’avion pour nous arriver encore fraîches.

Il s’agit de donner de la valeur aux choses quotidiennes, à la proximité, qui nous lassent aisément, si on n’y met pas du piment. Ce n’est pas que dans la cuisine, c’est aussi dans la vie sociale. La culture apporte souvent ce supplément d’âme, à condition qu’elle cultive sa vigueur et qu’elle soit partagée. Et il restera enfin à épicer l’économie.

__________________________________________
[1] Stefan Zweig, Magellan, chapitre premier, Editions Bernard Grasset, 1938.
[2] Cuisine, chronique du 12/10/2006 et n°17 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)
[3] Recette (18/12/2006)
[4] Mode (03/07/2008)
[5] Envie (12/01/2009)
[6] Saisons (22/09/2008)


Thèmes

Développement durable Réflexion

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par newszegisan1970 (IP:xxx.xx6.60.183) le 20 août 2013 à 23H06

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