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Environnement vs Economie : Avons-nous de bonnes raisons d'être pessimistes ?

Article publié le 18 juin 2007

A l’heure ou les problèmes environnementaux et leurs liens étroits avec le caractère illimité de l’économie mondiale semble gagner les sensibilités, la rhétorique médiatique se fait couramment l’adepte d’un « catastrophisme » très souvent injustifié en matière d’environnement. Essayons de tracer, à raison gardée, les traits que pourraient prendre le rapport de dépendance Economie/Environnement sur le courant du XXIème siècle.

Ouragan, déluge, tornade, tsunami, fonte des neiges, inondation, montée des eaux, sécheresse, disparition d’espèces vivantes, réchauffement climatique …

Voici un bref aperçu du lexique médiatique actuel, sur les questions environnementales, qui semble orienter peu à peu les opinions publiques sur l’idée que « le monde arrive au seuil de l’irréversible » pour reprendre les termes du président français Jacques Chirac. On en vient parfois à tout mettre, à tort, sur le compte de l’activité humaine, basée sur un modèle économique inadapté à son environnement et qui créé du développement à externalités négatives (pollution, surexploitation agricole, etc.).

Cependant, on peut aujourd’hui prêter attention à l’émergence d’une opinion publique mondiale (qui n’existait pas il y a 20 ans) sensibilisée à ces problèmes grâce aux efforts de la communauté scientifique internationale et des ONG (Greenpeace et autres…) en parvenant peu à peu à marginaliser les négationnistes ou à tenter d’orienter dans le bon sens les comportements les plus individualistes (pour ne pas dire égoïstes). Entre autre, du film documentaire d’Al Gore (An inconvenient truth), on gardera en tête le mont Kilimandjaro enneigé et le mont Kilimandjaro sans neige comme l’image d’une mutation profonde des conditions environnementales à l’heure actuelle. C’est justement dans ce même documentaire, qu’Al Gore présente trois scénarios sur l’évolution du rapport de l’humanité avec ses activités économiques et le problème de l’environnement. Le premier scénario envisage la possibilité de l’ignorance la plus complète de cette question : la croissance de l’économie du XXIème siècle préserve son rythme effréné et on court au désastre.
Le deuxième prévoit qu’on puisse parvenir à limiter les dégâts tandis que le troisième scénario se penche sur l’hypothèse d’une introversion de nos sociétés sur leur activité économique qui modifierait peu à peu les processus de production pour les rendre, à l’échelle de la planète, en adéquation avec l’environnement. Ce dernier scénario est-il pertinent ?

Autant dire que le développement des pays les moins avancés du monde ne se fera pas quand les consommateurs auront tous choisi de boire du café Max Haavelar, le changement vers un développement durable ne sera pas seulement la juxtaposition des initiatives individuelles, bien que louables.

Au-delà, ce changement devra nécessairement être le résultat de l’émergence d’un projet politique mondial visant la révision du « mode d’emploi » dans nos manières d’aborder l’économie. D’où cette autre grande question, le capitalisme mondial est-il capable de supporter de si profonds changements ?

Il est très difficile d’y répondre. Certaines innovations seront très certainement au cœur de ces mutations. A l’heure actuelle, on s’entend facilement sur le diagnostic mais les choses deviennent plus problématiques quant aux solutions. Par exemple, on parvient difficilement à imaginer de manière durable une production énergétique verte sur la base des éoliennes qui sont très peu rentables (5000 éoliennes ont la même capacité de production qu’une centrale nucléaire), ou encore du nucléaire qui limiterait les émissions de GES[1] mais qui posent d’autres problèmes environnementaux (retraitements de déchets) et politiques (risques d’instabilité). Les biocarburants apparaissent comme une solution mais ils conduiraient, s’ils étaient amenés à remplacer le pétrole, à une surexploitation agricole quasi délirante où les champs de colza feraient partie du paysage de tous les pays du monde.

Pour combler ce manque, les milieux d’économistes ont imaginé l’éco-taxe, soit la politique du pollueur-payeur qui paraît une bonne initiative même si la « fiscalisation » du problème n’est pas une solution, du moins tant que les recettes ne financent pas les initiatives écologiques. A ce jour, l’état des avancées est donc trop limité pour permettre à nos économies les transformations auxquelles tous aspirent. C’est pourquoi, à ce stade, il nous reste beaucoup de raisons d’être pessimistes sur les solutions à apporter et leur crédibilité dans leur mise en œuvre.

Néanmoins, ce n’est pas la première fois que le capitalisme mondial subit de si profondes mutations. A titre d’exemple : la Traite des noirs à partir du XVème siècle, qui faisait fonctionner tout un système commercial (le commerce triangulaire) entre les pays concernés, a fini fort heureusement par s’écrouler au XIXème siècle grâce à une prise de conscience, d’abord, d’une couche limitée de l’opinion publique, puis finalement, d’une modification des façons de penser et on a remis en cause un système établi en jugeant immoral et inhumain le processus. Ce fût l’abolitionnisme, l’esclavage devenait illégal. Qui remettrait en cause aujourd’hui la nécessité de l’abolition de l’esclavage ?

Voilà un exemple qui fait s’évaporer l’idée de bons nombres de pessimistes selon laquelle le pouvoir de l’argent est celui qui domine le monde depuis toujours. Et pour en revenir au sujet, le développement durable serait, selon nos fameux pessimistes, une utopie qui ne se confronte pas longtemps au pouvoir des multinationales, qui pour certaines concilient sous bonne conscience profit et dégradation de l’environnement. Le changement des mœurs est incontestablement la clé du changement. Le défit implique également qu’on multiplie encore les efforts dans la recherche et qu’on parvienne à contrôler la croissance des économies pour garantir une allocation des ressources sur un critère vert. Le XXIème siècle n’est cependant pas à l’abri d’un retour des idéologies totalitaires sur la base de l’écologie puisque : qui dit contrôle de la croissance dit contrôle des initiatives individuelles.

Va-t-on parvenir à imposer le protocole de Kyoto (n’oublions pas que la question de la pollution ne se soucie pas des frontières) ? Va-t-on créer une « ONU de l’environnement » ? Sommes-nous capables de modifier notre modèle économique, notre conception du progrès et peut-être de donner au capitalisme un sens et un système de valeurs qui l’encadrent ? Voilà, en sachant écarter les scénarios apocalyptiques, un grand défi à relever avec optimisme !



[1] Gaz à effet de serre.

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58 votes

commentaires
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par marcel4 (IP:xxx.xx2.216.198) le 18 juin 2007 à 11H43

Aux catastrophes naturelles que vous évoquez au début de votre article(tsunami,tornade,sécheresse,),j’ajouterais des catastrophes autrement destructrices à terme et menaçant réellement la survie de l’humanité et cela sous peu :déforestation,surpêche,pollution des océens et de l’eau douce,destruction des sols. Ces dernières ont pour origine la surpopulation et la natalité galopante dont nos brillants et clairvoyants politiciens n’ont toujours pas pris la mesure(volontairement). Voilà une raison majeure d’être pessimiste

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par Bebert le vert (IP:xxx.xx0.197.50) le 19 juin 2007 à 22H53

Je ne comprends pas bien le parallele entre totalitarisme et controle des initiatives individuelles dans l’interet collectif. Qu’on se le dise personne ne réussi seul. Meme un super méga entrepreneur ne réussi que parcequ’il trouve autour de lui une structure sociale qui favorise son entreprise. Tout ceci n’est qu’illusion pour alimenter la matrice, le capital

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par Bebert le vert (IP:xxx.xx0.197.50) le 19 juin 2007 à 22H54

et comme marcel4 je suis tres pessimiste


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