Le débat démocratique est l’œuvre de consensus, de compromis, de négociations. Mais il arrive des moments où il faut savoir trancher.
Aujourd’hui la question, schématisée, se pose en ces termes :
- Soit nous voulons poursuivre le capitalisme libéral actuel qui se dope à la croissance perpétuelle et à la destruction des ressources.
- Soit nous voulons résoudre la crise écologique qui menace les équilibres planétaires fondamentaux (biodiversité, ressources en eau et en pétrole, climat, sécurité alimentaire, etc).
La double
contrainte "économie de croissance / écologie", personnifiée dans
l’expression oxymorique "développement durable" est donc une impasse
intellectuelle et physique. "L’effet rebond" est une des démonstrations les plus flagrantes de ce paradoxe.
Un enfant de cinq ans comprend que la croissance économique infinie -
sur laquelle repose le capitalisme et même les projets de gauche
"moderne" - est, en soi, parfaitement incompatible avec un monde aux
ressources limitées tel que nous le connaissons. Mais cette double
injonction, qui nous pousse à faire croître de manière exponentielle la
production et la consommation tout en voulant sauver la planète s’avère
surtout impossible à mettre en œuvre dans les faits.
- Impossible de concilier les intérêts des grands semenciers pourvoyeurs d’OGM (Monsanto, etc.) et la biodiversité, comme l’a montré la loi pro-OGM votée en France.
- Impossible de réduire les émissions de CO2 liées aux transports tout en n’imposant aucune contrainte aux constructeurs automobiles allemands (pour ne prendre qu’eux), comme le montre la réticence allemande aux lois européennes sur l’automobile, alors que la même Allemagne poussait à Bali pour des mesures ambitieuses. Impossible même de réduire nos émissions de CO2 en continuant à vendre toujours plus de voitures, mêmes "moins polluantes".
-
Impossible d’envisager une réduction des consommations superflues dans
un système économique où tout repose précisément sur l’injonction à
consommer, relayée par une publicité omniprésente.
- Impossible de développer de véritables politiques de sobriété énergétique dans un monde où la privatisation galopante contamine les marchés de l’électricité, laissant s’y infiltrer des entreprises qui ont tout à perdre à ce que la population réduise sa consommation.
-
Impossible encore de transférer les marchandises de la route au rail,
lorsque les entreprises s’en chargeant sont privatisées et réduites à
une logique de pure rentabilité économique (CFF Cargo).
-
Impossible de continuer la croissance folle d’une région comme Genève (Suisse) sans
continuer à bétonner, à polluer et à motoriser toujours plus.
- Impossible de réduire l’empreinte écologique de l’Occident sans décroissance.
-
Impossible d’imaginer un monde écologiquement soutenable où les pays
riches consommeraient toujours 1000 fois plus que leurs frères
africains. Encore plus impossible si l’on imagine les pays du Sud
accéder au niveau de vie européen en terme de motorisation, de voyages
en avion, de consommation de viande, etc.
- Impossible de concevoir un projet de société écologique où le travail d’un seul homme pourrait valoir 1000 fois le travail d’un autre comme c’est tellement souvent le cas aujourd’hui.
On
pourrait multiplier les exemples à l’envi pour montrer que l’écologie
libérale ou le capitalisme vert n’existeront jamais sérieusement. Il
n’y aura pas de véritable solution à la crise écologique globale sans
une remise en cause radicale de la société de consommation, car les
crises écologiques, économiques, sociales, culturelles et démocratiques
qui traversent nos sociétés sont intimement liées, et doivent être
traitées dans leur globalité.Même Nicolas "Culot" - le super "hélicologiste" financé par le capitalisme sauvage de TF1, de L’Oréal et des lobbies autoroutiers - est entrain de s’en rendre compte, puisqu’il réalise (enfin !) qu’il faut en finir avec le libéralisme. Il le disait il y a quelques jours dans une interview au Journal du Dimanche. Il se sentirait même proche de... Besancenot !
Comme quoi, même les pires "éco-tartuffes", lorsqu’ils branchent leur cerveau, finissent par réaliser que "non, tout n’est pas possible".
Thèmes
Pourquoi la croissance ne pourrait pas continuer ? N’oublions pas que pour croitre, on n’est pas obliger d’épuiser les ressources finies. Par exemple, le solaire, l’éolien, l’énergie marémotrice sont des nouvelles industries, qui fournissent de l’énergie et donc de la croissance. Epuisent-elles les ressources ? Cela m’étonnerait. Au contraire je serais même tenté de dire, vu qu’elles peuvent remplacer d’autres sources, fossiles et finies. De même les services sont un vecteur de croissance.
Le solaire, l’éolien fournissent de l’énergie, mais pas de la croissance : c’est l’accroissement de la production énergétique qui permet un accroissement des activités. Et pour les énergies renouvelables comme pour les autres, l’accroissement de la production passe (entre autres) par l’accroissement des installations productrices d’énergie, et donc par la mobilisation croissante de matières premières à cet usage.
Notons que la capacité de ces matières premières à être recyclées n’entre pas en ligne de compte : la problématique n’est pas le renouvèlement des installations mais leur augmentation en capacité de production.
De même,l’accroissement des services passe par un accroissement de l’activité et donc au moins par un accroissement de la consommation d’énergie, à moins d’optimiser continuellement les processus, ce qui n’a rien d’évident.








