NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
ELLE

Article publié le 27 février 2009

ELLE

Le magazine ELLE publie un numéro vert[1]. Pas un numéro gratuit, restons sérieux, mais un numéro consacré à la planète : Et si on vivait autrement ? Objectif : se faire du bien et aimer la planète. Bravo, voilà un message engageant, qui annonce clairement la couleur : il n’est pas besoin d’être une martyre ou une masochiste pour être écolo. Le beurre et l’argent du beurre sont au rendez-vous, et la crémière s’appelle Marion Cotillard, rédactrice en chef de ce numéro vert.

Saluons donc l’initiative de cet hebdomadaire influent. On aimerait juste que ce ne soit pas une exception, un numéro emblématique mais isolé au sein d’une collection bien éloignée des préoccupations du développement durable. Espérons que ce numéro fera école, et que par la suite, tous les articles qu’ELLE publiera seront empreints de la même préoccupation, se faire du bien et aimer la planète. Quand verrons-nous, dans les fiches descriptives des produits proposés aux lectrices, quelques indications genre bilan carbone ou empreinte écologique[2] ?

Sans parler des comportements, du mode de vie vanté implicitement par chaque article, par chaque interview. Tout comme pour la journée de la femme, l’objet (si on ose dire, pardon pour la provocation) distingué ne doit pas être oublié une fois le projecteur tourné dans une autre direction. Espérons qu’il n’y aura pas besoin d’une rédactrice en chef extérieure, hormis le côté promotionnel, pour que la rédaction toute entière, ainsi, bien sûr, que la régie publicitaire, imbibées des valeurs du développement durable, ne les prennent en charge naturellement.

Cette première initiative, louable, permet en outre de déceler dès maintenant des écueils à éviter, des marges de progrès. Hasardons-nous sur ce terrain de l’amélioration continue. Oui, il faut rendre le développement durable attractif, oui, il faut s’adresser aux groupes sociaux faiseurs d’opinion, qui donnent le ton et entraînent la société. Mais pourquoi donner dès la couverture une image rétro du développement durable ? Le développement durable est résolument moderne, et cultiver la nostalgie est une facilité immédiate mais trompeuse. Surtout quand cette nostalgie confond l’amour de la nature et le retour à la nature, alors que nos modes de vie sont et seront de plus en plus urbains. Non à une approche rurale, pour ne pas dire rustique, il va falloir apprendre à être écolo en ville.

D’accord pour une belle image, bien propre et bien lissée, mais nous voudrions être bien sûrs que les carottes et les navets nickel chrome que l’on aperçoit dans le tablier de Marion n’ont pas été lavés à l’acide, tellement ils apparaissent resplendissants. La nature n’est pas calibrée, elle est sauvage, indisciplinée, dommage de l’enfermer dans une image aussi convenue.

Nous savons bien que la photo de couverture est un support publicitaire, mais en l’occurrence, la nature semble bien instrumentalisée : notre rédactrice en chef en vert est devenue le support d’un catalogue de produits : Elle porte une robe bustier en soie (Christian Dior) sous un gilet de coton grosse maille (Athé Vanessa Bruno), mise en beauté Christophe Danchaud, avec les produits cosmétiques du Dr Hauschka etc. Que la nature fasse vendre, pourquoi pas si les produits sont effectivement friendly pour l’environnement, mais la notion même de bilan environnemental, de repères pour aider la consommatrice dans son choix, est totalement absente de la présentation. Ce sera la prochaine fois.

Le côté luxe[3] que la référence à Christian Dior évoque n’est pas en soi un problème, nous l’avons déjà évoqué dans ce blog, à condition que les produits de luxe ne soient pas prédateurs de ressources, ainsi accaparées au profit exclusif des privilégiés, mais qu’ils soient riches en travail qualifié, en talent, en art, plutôt qu’en matières et en énergie. Ce serait pas mal, quand même, de compléter cette approche par une autre plus populaire, il n’est pas besoin d’être riche pour aimer la planète comme le dit le titre du magazine.

De même, la mode[4] peut être un accélérateur de prise de conscience,

bien appréciable quand on nous dit que la terre brûle, et qu’il faut faire vite pour inverser la tendance. Attention toutefois à ne pas oublier d’accrocher quelques wagons à la locomotive de la mode, wagons culturels et comportementaux, et de profiter de la tendance pour intéresser les lectrices (teurs) à de nouvelles questions, sur l’origine des produits qu’elles utilisent, la manière dont ils sont élaborés, ce qu’ils deviennent après usage. Bref, ce serait une occasion ratée que de ne pas profiter de l’engouement pour le naturel pour provoquer une saine curiosité, pour stimuler un esprit citoyen. Une mode en chassant une autre, ne pas oublier de poser quelques cliquets pour rendre les avancées irréversibles. Il faut rendre les consommatrices (teurs) averties et exigeantes. Tant mieux si la mode peut y aider.

Encore bravo à ELLE, et bonne chance dans sa reconversion en un magazine écolo, dans sa tentative de marier mode et écologie. Merci de rendre attractive la défense de la planète, mais attention à ne pas donner du développement durable une image trop conventionnelle et réductrice.

______________________________________________
[1] Daté du 21 février 2009
[2] Voir la chronique Hectare, chronique du 28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)
[3] Luxe (27/12/2007)
[4] Mode (03/07/2008)

Thèmes

Médias

Bookmark and Share
35 votes

commentaires
votez :
par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 27 février 2009 à 17H22

Je me demande parfois ce qui se serait passé si nos ancêtres plus ou moins lointains s’étaient targués de développement durable.

votez :
par zygomar (IP:xxx.xx7.143.78) le 28 février 2009 à 17H25

Ben, si on met ensemble "principe de précaution + développement durable", on en serait encore surement au moins comme sous Vercingetorix....

votez :
par Bidou (IP:xxx.xx4.160.234) le 2 mars 2009 à 00H41

Une réponse aux deux commentaires sur nos ancêtres et le développement durable. Bien sûr, ils ont vécu avec la nature, sur une économie dite circulaire, où les déchets deviennent des ressources. Ce n’était pas par conviction mais par nécessité qu’ils avaient adopté dans les faits le développement durable. L’humanité s’en est affranchie progressivement, et elle est devenue depuis très puissante, elle peut détruire son milieu de vie de différentes manières, et à l’échelle de la planète. Elle a déjà fait des dégâts, dans d’autres époques, comme la salinisation des sols par une irrigation maladroite, une désertification par un défrichement abusif (les cèdres du Liban, par exemple, pour les flottes phéniciennes), etc. Cette fois-ci, c’est à l’échelle de la planète que ça se passe, et ça mérite une discipline dans l’action humaine, et un peu de précaution...

votez :
par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 2 mars 2009 à 10H29

L’économie circulaire, c’est du baratin. Même les peuples les plus primitifs ont modifié leur environnement. Les premières extinctions d’espèces animales ont été le fait de la chasse.

La plupart des paysages qui vous semblent ’naturels’ ne le sont pas, et depuis bien longtemps.

Le seule chose que vous recyclez, c’est le mythe du bon sauvage.

lisez donc çà http://www.inra.fr/dpenv/pdf/natural.pdf

votez :
(IP:xxx.xx0.107.11) le 2 mars 2009 à 13H49

Ehhhhh mais où qu’elle est la fille en petit maillot vert qui n’a pas froid.... ;

votez :
par abdelkader17 (IP:xxx.xx1.90.189) le 2 mars 2009 à 15H48

Le 21 e siècle sera écologique ou ne sera pas, la dernière trouvaille des capitalistes pour faire tourner à plein les machines de leur économie de prédation. L’écologie est une vaste farce, il n’y a aucun rapport entre l’activité humaine et le réchauffemment de la planète, ce sont juste des phenomènes cycliques que beaucoup de scientifiques ont mis en évidence. Que le magazine bobo elle en face la promotion n’a rien d’étonnant ,cela participe de la vaste entreprise de promotion d’un marché en pleine expansion.

votez :
par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 2 mars 2009 à 19H06

« des phenomènes cycliques que beaucoup de scientifiques ont mis en évidence » , dites vous. Mais il y en a beaucoup plus qui disent le contraire, alors quoi ? Visiblement la fermeté de votre opinion est fondée sur des faits (capitaliste, économie de prédation) n’ayant rien à voir avec la climatologie.

De toutes façon, anthropique ou pas, il va falloir y faire face.

votez :
(IP:xxx.xx2.64.172) le 2 mars 2009 à 22H40

le méchant systéme qui nous veut du bien et qui est une éspéce d’ogre affamé ne trouvant plus de tendres aliments a se mettre sous la dent est en train de s’autocanibaliser. C’est la le sens profond du conte de fée que nous vivons en ce momment. Il est impératif pour sortir de la crise et rétablir la confiance dans nos valeurs boursiére de lui offrir en pature quelques vierges...on peut aussi organiser de saintes processions autour de la ville. On entonnera des hymnes a la gloire notre dame la vierge noire du peuple. Ce qui aura pour effet de nous refaire une salutaire virginité et conjurera loin de nous la menace antropophagique de la méchante sorciére qui s’auto bouffe et avale sa propre langue devant nos yeux horrifiés

votez :
(IP:xxx.xx2.64.172) le 2 mars 2009 à 22H42

Ca fait peur...mais les lectrices de ELLE aiment les contes de fée

votez :
(IP:xxx.xx6.202.198) le 5 mars 2009 à 14H12

oui enfin bon les photos avec les choux qui poussent dans l’herbe c’est quand même bien ridicule !

Les Auteurs deSociété
rcoutouly - 65 articles
voxpopuli - 1 articles
ble2 - 35 articles
çaDérange - 299 articles
Biosphère Blog - 57 articles
ecolomaisjetemmerde - 3 articles
Mobilité durable - 178 articles
Greendriver - 1 articles