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ECOLO et la politique énergétique : une analyse qui manque de conséquence.

Article publié le 28 juin 2007

ECOLO a consacré sous la plume d’Isabelle Durant et de Muriel Gerkens un communiqué à la question de la politique énergétique en Belgique. Celui-ci me semble être une illustration parfaite de l’incohérence écologique d’ECOLO.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que le parti ECOLO (le PS n’a pas été en reste) a massivement poussé à la libéralisation du secteur énergétique car il pensait que cela favoriserait l’émergence des énergies vertes. Aujourd’hui, on voit évidemment qu’il n’en est rien. Le marché est dirigé par les gros opérateurs et il est mu par une logique de profit à court terme et non d’écologie c.-à-d. d’impact à long terme et de préservation des générations futures. On voit aussi que c’est le marché qui s’impose aux citoyens et non l’inverse. Alors que les grands secteurs économiques libéralisés (métallurgie, automobile, construction, télécommunications, transports, électronique, distribution,...) connaissent d’importants phénomènes de concentration, ECOLO en reste à l’utopie d’une libéralisation qui serait faite pour le citoyen, lequel impulserait une économie verte. C’est une analyse que les faits contredisent. Si les citoyens sont en mesure d’impulser une autre logique, ce n’est que collectivement et à travers leurs Etats. Ce fut l’idée même de la notion de service public, c’est également une des analyses essentielles que l’on doit à Marx. C’est pourquoi il faut se préoccuper d’un contrôle démocratique et citoyen des moyens de production. La meilleure façon de le faire est évidemment qu’ils en soient toutes et tous les « propriétaires ».

Alors que la libéralisation s’est (logiquement) accompagnée de la suppression de la quasi totalité des organes de contrôle, le parti ECOLO promeut aujourd’hui ’la CREG, organe indépendant de régulation’. Qu’est-ce qu’un organe indépendant (entre autre des acteurs politiques comme cela est précisé) régulateur dans un marché que l’on libéralise ? Se préoccupe-t-il des investissements, des choix en matière de modes de production, des conditions de cette production ? Fait-il du protectionnisme si de l’énergie nucléaire bon marché arrive massivement de France ? Il faut aller au delà des mots. On ne peut accepter à la fois la logique dérégulatrice qui pousse partout en Europe aux libéralisations/ privatisations et prétendre réguler. On ne peut ignorer que la vague actuelle de libéralisations/privatisations a été impulsée dès la fin des années 80 (entre autre avec le duo Thatcher-Reagan) afin d’offrir aux grands groupes capitalistes de nouveaux marchés au sein de nos économies en remplacement de l’expansion coloniale et qu’en conséquence sa logique n’a rien d’écologique ou citoyenne.

ECOLO propose également ’d’introduire la progressivité dans la tarification des consommations afin de récompenser les consommateurs qui font des efforts pour réduire leurs consommations’. Il s’agit d’une proposition qui repose sur l’initiative individuelle et donc d’une vision écologique de droite. Cette logique revient dans les faits à punir une seconde fois celles et ceux qui sont sans le sou et n’ont donc pas les moyens de construire efficient ou simplement de mettre du double vitrage.

Même si cette optique me semble illusoire, je suis bien conscient qu’il est préférable de prétendre réguler le marché plutôt que de le laisser complètement libre. Mais ce discours est creux car il est aujourd’hui celui de la quasi totalité des formations politiques (de gauche ET de droite) et ce en complète contradiction avec la réalité de leur action politique. Doit-on rappeler que le TCE que toutes et tous promurent (en ce compris ECOLO et le PS) élève au rang de valeur la « concurrence libre et non faussée » ? Libre et non faussée, cela veut dire non régulée.

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commentaires
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par Atlantis (IP:xxx.xx6.151.12) le 28 juin 2007 à 18H33

Attention à ne pas confondre la destination et l’itinéraire. Le Quoi et le Comment.

Les dérèglements pointés sont bien symptomatiques du fait que sous couvert d’atteindre le Quoi on a complètement passé sous silence le Comment et que finalement on a pas atteint le Quoi. Il ne s’agit même pas de régulation (financière), mais d’un triple laxisme : législatif, judiciaire, exécutif. le cas évoqué il y a peu du nord avec la centrale à charbon permise et la centrale éolienne offshore interdite est symptomatique du fait qu’en france on fait la même chose en ce moment même. Le fait d’ouvrir le marché ne change rien au Comment, mais accélère le mouvement, permettant aux crapules (industrielles et politiques) de placer leurs pions plus vite.

Et dans un système étatique si les crapules sont au pouvoir, on aura néanmoins la même chose : >75% d’élec nucléaire (exemple tiré à tout hasard). Et pourtant il y a de l’eau qui a coulé (dans les centrales), on aurait dû avoir le temps de réagir.

L’ouverture est une opportunité nouvelle. Mais il faut être très vigilant car c’est aussi une accélération de mouvement et on peut facilement se faire prendre de vitesse par des gens mal intentionnés. Et si on arrive pas à chopper le train quand il démarre on va devoir marcher longtemps ...

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par LeBelche (IP:xxx.xx8.1.14) le 29 juin 2007 à 09H40

Je n’aime pas la critique non constructive.

C’est malheureusement le lot de beaucoup de politiciens. Contre ceci, contre cela... j’aimerais plutôt connaître les "pour" et les "comment". Peut-être pour un prochain article ?

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par zuzurp (IP:xxx.xx4.56.57) le 29 juin 2007 à 17H10

cet article traduit une volonté d’apparaître comme détenteur de la vérité à tout prix...au prix du travestissement de certaines réalités. electrabel était une société privée, pas un organe public...la régulation a été installée par ecolo et détruite dans l’indifférence totale de l’auteur de cet article depuis 2005. C’est à ce moment là qu’il fallait monter sur ses grands chevaux. désolé de croire encore en la capacité de régulation via des organes indépendants composés de représentants des différentes composantes de la société civile et politique mais quelle démocratie encore possible sans cela ?

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par Pierre (IP:xxx.xx3.254.11) le 29 juin 2007 à 18H07

Bonjour,

Voici une réaction rapide sur quelques points :

-  J’ai un regard critique sur le processus de libéralisation mais je voudrais vous rassurer : je ne pense pas détenir de vérité toute faite. Simplement ma conviction est que le choix de la libéralisation (qui plus est dans le contexte international actuel) n’était pas le bon et je l’exprime. Au minimum constaterez-vous avec moi que la marée verte escontée n’est pas au rendez-vous … au contraire d’une augmentation des prix.
-  Ce regard critique n’est pas nouveau car j’ai réalisé fin 2006 et début 2007 des entretiens et articles sur ce sujet dont une interview de Jean-Claude Galler, secrétaire fédéral de la CGSP Gazelco
-  Je ne travesti en aucun cas la réalité. Je n’ignore pas qu’en 1954, lors d’un congrès de la FGTB, André Renard fit voter une position demandant que l’on laisse au privé le soin de produire, distribuer et vendre l’électricité en Belgique mais qu’en contrepartie ce secteur soit contrôlé par les syndicats, le gouvernement et les consommateurs. Je n’affirme nulle part dans mon texte qu’Electrabel (ou avant lui Intercom, EBES ou UNERG) ait jamais été public. Je parle a plusieurs reprise de libéralisation. Il est par contre exact que libéralisation et privatisation sont des processus souvent parallèles. Par exemple, l’intercommunale ALE qui vendait l’électricité à Liège a du cesser cette activité et revendre ses fichiers de clients à un vendeur privé (en l’occurrence Luminus détenu à 51% par Gaz de France et les Anglais de Centrica et qui pourrait prochainement fusionner avec Suez-Electrabel).
-  Quant au processus de régulation fort qui était selon vous prévu et aurait été détricoté par d’autres, il n’a malheureusement jamais existé puisqu’au contraire la libéralisation s’est accompagnée de la disparition du Comité de contrôle pour les prix de vente et du Comité National de L’Energie qui étaient les deux organes régulateurs héritiers de 54.
-  Enfin, si la régulation n’est pas mon choix préféré, je me méfie et dénonce surtout la notion de « organes indépendants composés de représentants des différentes composantes de la société civile » et … pas politique (c’est explicite dans le communiqué ECOLO). Souvent ces comités sont alors formés de professeurs d’universités, lesquels ont de la recherche financée par le monde privé et les conflits d’intérêt apparaissent. Sans faire de procès d’intention, cette optique me semble très dangereuse. Si l’avis d’experts n’est pas inutile, un élu me semble avoir plus de légitimité pour orienter des choix éminemment politiques comme ceux de nos modes de production pour l’énergie

Cela étant dit, je n’oublie en rien qu’ECOLO est le seul parti à demander « quelque chose », même si cette demande me semble à contre courant de la logique enclenchée et trop imprécise. Je crois sincèrement que mon analyse n’a rien de politicienne. Elle rejoint les craintes exprimées par de nombreux citoyens et associations.

Bien à vous,

Pierre Eyben


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