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Du traitement des lobbies

Article publié le 29 janvier 2009

Du traitement des lobbies

Les Lobbies font l’objet d’une réticence, d’une méfiance avérée et véhiculent une image bien dégradée. Nous nous méfions instinctivement de ces « forces obscures ». Cette idée reçue peut être à bien des égards légitime. Le lobbying n’est pourtant ni bon ni mauvais en soi, tout dépend de son caractère, de ses initiateurs et de ses méthodes.

A l’occasion du changement de l’administration américaine, un certain nombre de groupes de pression avancent leurs pions, citons deux d’entre eux : le BICEP (Business for Innovative Climate and Energy Policy) et l’US Climate Action Partnership. Ces groupes rassemblent des entreprises comme Nike, Sun Microsystem, Timberland, Levi Strauss, General Electric, BP (on y retrouve même les 3 constructeurs automobiles tant décriés !), leur ambition est de développer une législation plus stricte en matière de politique « climatique » et ils militent pour l’application des grands principes de l’accord de Kyoto. Après s’être réjoui de l’émergence de cette prise de parole et du motif affiché par cette collusion d’intérêts « le réchauffement climatique nuira à notre activité économique », il s’agit de replacer le débat dans son contexte et de mesurer les objectifs réels de ces lobbies. Les chefs d’entreprises concernés ne sont pas guidés par une sensibilité particulière et ne sont pas non plus « nouvellement écolo », ils ont intégré les avantages compétitifs et concurrentiels qu’une politique environnementale plus stricte pouvait leur apporter.

Certes, cette évolution est vertueuse mais comporte inévitablement des effets pervers. Ainsi, de nouveaux brevets, de nouvelles technologies ou de nouveaux marchés peuvent être ignorés ou même « étouffés », car menaçant la position dominante de ces fameux groupes de pressions. Dans l’industrie automobile, dans le secteur des énergies alternatives, que de temps avons-nous perdu à ignorer des brevets de peur de perdre le contrôle d’un marché maîtrisé (le moteur à air comprimé, invention française, a fini par trouver preneur en Inde !). « Green is Green » dit l’adage en référence à la couleur du billet vert, « Le développement durable, une chance pour la France » dit le Medef. Les enjeux environnementaux deviennent des enjeux stratégiques de marché, pouvant accentuer une position dominante en développant les barrières à l’entrée, limitant ainsi l’arrivée de nouveaux concurrents ou de nouvelles technologies. L’enjeu porté par les « lobbies verts » est de contrôler et de maîtriser au mieux les évolutions et le contexte réglementaire de leurs activités. Le green business n’est pas un univers joyeux, c’est un nouveau champ de bataille concurrentiel et l’âpreté de la compétition y fera rage comme ailleurs.

L’émergence de nouveaux lobbies verts est une bonne nouvelle en soi mais pour que leurs activités restent vertueuses, elles doivent s’exercer dans un cadre ou les règles sont claires et respectées. Pour avoir imposé immédiatement un fonctionnement renouvelé et contraignant aux groupes de pression, l’administration américaine émet un signal fort et positif. Dans un pays où encore récemment un Etat n’avait pas le droit d’imposer de réductions de GES aux entreprises, le changement est de taille !

 

Alexis du Fontenioux. Janvier 2009

Thèmes

Développement durable Politique ONG Lobby Entreprise

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commentaires
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par Eco Intelligence (IP:xxx.xx9.163.107) le 29 janvier 2009 à 17H44

Avis très partagé sur le sujet des lobbies.

On n’a pas défini la planète qui serait supportable pour elle même et pour nous, comment pouvoir "actionner" des groupes de lobbies sur un sujet particulier à considérer comme vital pour la planète....

On va au devant de raisons d’affaires qui finiront par étouffer des projets qui pourraient nous aider à mieux évoluer, au titre du PIB ou du Résultat de fin d’année.

Plus on avance et plus je pense que c’est notre mode de comptabilisation des richesses qui ne va pas. La comptabilité privée et publique ne prennent pas en compte les stocks de richesses à leur juste valeur ce qui permettrait de vraiment changer la face du monde... Quelques pays qui sont considérés comme sous développés se retrouveraient en tête de liste... ahahahah...

A qui faire confiance pour faire avancer cela ? Comment laisser à des politiques les choix de notre survie ? Je crois que c’est vraiment là que nous devrions intervenir : nous informer, nous former, nous impliquer pour ne pas laisser les lobbies décider pour nous !

Eco Intelligence

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par paul (IP:xxx.xx1.65.42) le 29 janvier 2009 à 21H04

On connait aussi le puissant lobby des armes à feu qui prospère sur le principe de la légitime défense individuelle, les lobbies dans l’agro-alimentaire avec des sociétés comme Monsanto .Passons sur le lobby politique qui amène le profond déséquilibre au Proche Orient.Eisenhower parlait lui-même du dange- reux lobby militaro-industriel.Donc vu les pressions exercées sur les élus,lobbies=danger .

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par joelim (IP:xxx.xx0.6.104) le 29 janvier 2009 à 23H50

Votre article serait applaudi par les lobbys des industries polluantes, que vous ne mentionnez même pas et qui pourtant eux sont de vrais lobbys.

Des sociétés commerciales veulent se préoccuper de réchauffement climatique ? Bon.

Et vous vous les présentez comme des lobbys quasiment incontrôlables voire pernicieux.

C’est ce que j’appellerais un raisonnement inversé. Comme un avion qui volerait sur le dos. :-|

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par yclick (IP:xxx.xx7.24.200) le 30 janvier 2009 à 12H01

Je ne peux que prendre cet article au second degré... Les interets de la nature et des citoyens sont l’opposé parfait des interets financiers, et ce n’est plus à prouver.

Et encore je parle la des citoyens occidentaux, parce que si en plus on considère le reste du monde, alors là, je pense que ce genre d’article pourrait facilement leur donner des envies de meurtre.

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par Droïde (IP:xxx.xx3.83.154) le 1er février 2009 à 13H30

L’intérêt que les industriels portent maintenant aux problèmes d’environnement est peut-être réel, mais leur objectif premier restera le profit, et c’est bien la course au profit qui tue la planète et les hommes.

Il y a quelque chose de pervers à voir les industries arborer des slogans ou des publicités "vertes". Les gens pensent qu’ils consomment un produit qui "protège l’environnement" et en concluent qu’ils peuvent consommer tout autant voir plus qu’avant.

Alors que n’importe quel produit, aussi vert soit-il a un impact sur l’environnement. Disons qu’un produit "vert" a un impact moindre.

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