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Du papillon à l'immondice…

Faut-il une « grammaire visuelle » pour l’environnement ?

Article publié le 1er mars 2007

Jusqu’à maintenant le genre de photographie qui a été le plus souvent utilisé peut être qualifié de « photo-preuve ». Par exemple preuve de l’urgence face aux déchets, preuve des dérèglements climatiques à l’aide des photos satellitaires etc.…Sur un plan diamétralement opposé, elle a été aussi largement utilisée comme photos-preuve de la beauté des oiseaux de paradis (condamnés ?), photo-preuve de la majesté des grands icebergs du pôle etc.…

Cette démarche repose malheureusement sur des faits proches ou lointains, mais surtout passés. Elle ne peut donc guère permettre de réduire fondamentalement et « en amont » les multiples pressions sur l’environnement ; on s’accorde à reconnaitre que le « meilleur » déchet est celui qui n’existe pas.

De plus, de splendides vues aériennes de deltas asséchés, de villes tentaculaires… peuvent parfois n’impliquer que faiblement le spectateur « lambda ».

Sans nul doute les missions à attendre de la photographie éducationnelle pour l’environnement peuvent être plus vastes. Sous quelles conditions peut-elle fournir d’autres contributions significatives à l’éducation à l’environnement ?

Du papillon à l'immondice…

D’abord elle peut devenir beaucoup plus mobilisatrice que de simples campagnes d’affichage. Ainsi, pour des millions de personnes, il n’y a bien sûr absolument aucun lien entre le fait de détenir un animal domestique, boire un café, assistance à un match de football, préparer des repas, suivre une mode vestimentaire, lire, se promener dans une galerie commerciale, écouter de la musique etc… et l’environnement ou le développement durable ! Pourtant, dans ces situations quotidiennes, sans rapport apparent avec une « conscientisation écologique », la photographie (l’image en général) peut devenir fortement mobilisatrice pour générer ces attitudes écologiques si chacun peut se reconnaitre et s’impliquer dans ces documents visuels. Mais bien évidemment cela suppose des photos documentaires peu « vendeuses » sur le plan médiatique. Cependant le recours à des œuvres de qualité est nécessaire. Ensuite la photographie peut fournir un cadre de partage, d’échange pour les diverses dimensions économiques, sociales et politiques à concilier pour le développement durable. Des vues de quartier, de site, de diverses activités humaines… etc. peuvent en effet – sous réserve de lectures multiples, croisées, ouvertes – fournir un cadre fédérateur, voire de partage.

Enfin la photographie, alliée à d’autres modes de représentations (dessins, cartes, peinture …donc l’image), peut permettre d’élaborer, de construire et surtout d’imaginer un autrement. Cette dimension visuelle et imaginaire est fondamentale ; en effet la crédibilité de nouveaux produits, méthodes, organisation… n’est véritablement acceptée qu’a partir du moment où des illustrations visuelles (images) en sont possibles. On rejoint ici la « photographie-preuve », mais dans une démarche cette fois- largement basée sur la critique, le pluralisme et l’humanisme de tous.

Cette dimension - qui peut être qualifiée de « quatrième dimension » ou d’imaginaire de tout document visuel - pose donc encore plus nettement la question d’une sorte de « grammaire visuelle » de l’environnement. L’enchainement fondamental sujet / verbe / complément se transpose sur le plan environnemental en acteurs -> échanges -> matière (on peut remplacer bien évidemment échanges par flux, circuits…etc). Cette mise en équivalence permet d’abord, par un « langage visuel », de « remonter » par étapes cette chaîne : images de matière -> images d’échanges -> images des acteurs (concrétisés par des lieux, des pouvoirs). Ainsi cette démarche peut contribuer à rendre visible (plus ou moins) les implications en amont des dégâts ou pressions sur l’environnement.

De plus, cette construction syntactique minimale peut être prolongée, modifiée, conjuguée… Ainsi par exemple au lieu de décrire une situation par une phrase -photo du type : « les français produisent trop de déchets », les photos de « déchets », au départ, doivent interroger sur la notion même de déchet (ainsi par exemple les objets eux-mêmes rejetés non seulement pour usure mais aussi pour cause d’obsolescence, désintérêt…) ; ensuite d’autres documents visuels peuvent faire apparaitre les flux et circuits - matériels ou informationnels - qui impliquent les différents acteurs : migrations quotidiennes, actes d’achats ou de consommation…Enfin les acteurs concernés par leurs pouvoirs (très inégaux), leurs champs de responsabilités, leurs attitudes, leur localisation…peuvent aussi faire l’objet d’investigations visuelles variées et critiques. La reproduction du tableau de B. Clerc ci-dessus est une illustration des quatre dimensions matière, échanges, lieux et pouvoirs, plus l’imaginaire.

Ces quelques jalons pour une « grammaire visuelle » de l’environnement ne demandent qu’à être affinés ; un approfondissement du sujet est disponible sur le site http://images-4D.org

G.M.

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