Article publié le 21 mai 2007
Rudi et Nathalie ont des convictions écologiques fortes. Mais le dilemme est mensuel face à la faiblesse des moyens pour bâtir et voir la vie en vert…
Couleur sable. Dans la cuisine de Rudi et Nathalie De Bruycker-Hollange, la charpente de l’ancienne étable distribue un espace doux et délicat comme la fine patine du temps qui habille le splendide village de Mesnil-Eglise. Lucie et Gaspard gambadent autour du poêle central. Dans les bras de son papa, Eliot porte le drôle de masque de la varicelle…
Enraciné dans la région de Houyet depuis une vingtaine d’années, Rudi, 46 ans, a travaillé comme bûcheron et testé des fours solaires à une époque où ce type de démarche prêtait à sourire. Couvreur, l’homme s’apprête à se recycler dans le domaine de l’isolation biologique…
« Cette maison à colombages était en ruine quand je l’ai rachetée 500.000 francs il y a 9 ans, raconte Rudi. En la rénovant, nous avons opté pour la démarche la plus écologique possible. Nous sommes au milieu du gué. La moitié du bâtiment est rénovée. On fera peut-être des chambres d’hôte pour amortir la fin du chantier… » Briques en terre paille, isolation en panneaux de bois, finition des murs en argile, peinture biologique, chauffe-eau solaire, citerne d’eau de pluie, fournisseur d’électricité verte… La volonté d’être en phase avec les idées que portent Rudi et Nathalie, demandeuse d’emploi, se heurte à une réalité économique difficile : les revenus mensuels du couple s’élèvent à 1.700 euros, auxquels il convient d’ajouter les allocations familiales. C’est dire si chaque euro compte pour rester… dans le vert à la fin du mois. Et avec de tels revenus, plus difficile encore de rénover selon les standards écologiques les plus pointus…
La potabilisation de l’eau et l’achat d’une chaudière « propre » attendront : « Vu qu’il n’y a pas le gaz dans la région, on a fait le choix du chauffage central au mazout, concède Nathalie. On aurait bien voulu se payer une chaudière à pellets, mais c’est trois fois plus cher ! Et ce ne sont pas les primes et la déductibilité fiscale qui nous permettraient de compenser la différence. Il est prioritaire que les pouvoirs publics donnent l’exemple et soutiennent cette industrie… »
Pas normal non plus, pour Rudi et Nathalie, que les matériaux de construction propres soient plus chers. « Le politique a une carte à jouer à ce niveau en soutenant des labels et la diffusion de ces produits dans les marchés publics », poursuit Nathalie.
« Si notre maison n’a pas coûté plus cher qu’une autre, c’est parce que j’ai mis la main à la pâte, concède Rudi. A long terme, c’est évident que construire en respectant l’environnement n’est pas plus onéreux si on envisage la facture énergétique et le bénéfice pour la santé. La difficulté, c’est la mise de départ… »
Côté alimentation, il a également fallu mettre de l’eau dans le vin bio : « Depuis que nous sommes cinq, nous ne parvenons plus à manger biologique, concède Nathalie. On a un potager, mais il couvre nos besoins seulement la moitié de l’année… » Rudi jette un cil fatigué en direction du potager : « Le bio n’a pas percé au niveau des producteurs de la région. Et ces légumes sont impayables en grande surface… »
Que faire ? Se nourrir d’espoir. « Les pouvoirs publics doivent mieux soutenir les petits producteurs et l’Europe doit réorienter les subventions vers l’agriculture bio, affirme Nathalie. (…) Il n’est pas normal de payer des haricots du Chili moins cher que ceux cultivés ici. Ces produits-là doivent être taxés selon leur coût environnemental réel… »
Rudi abonde : « Le budget nourriture est souvent sacrifié dans les familles pour d’autres formes de consommation. Avant, avec un jeu de cartes, on passait l’hiver. Et tout l’argent passait à la nourriture. Maintenant, on consomme d’abord des loisirs… »
Qu’attendent les De Bruycker des élections ? « Que les politiques s’éveillent vraiment par rapport à l’environnement, pointe Rudi. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas se rendre compte que la Terre est menacée. »
Comme un écho à cette sentence, le test de l’empreinte écologique laisse le couple incrédule : 5,5 hectares, pile poil la moyenne belge ! « Malgré nos efforts, c’est à désespérer », souffle Nathalie. « Non, enchaîne Rudi. Nous ne pouvons pas nous passer de voiture où nous habitons et nous nous chauffons au mazout. Ce sont deux éléments déterminants… »
Comment la réduire ? Nathalie et Rudi s’interrogent. Et finissent par cocher une case alimentaire. « Je suis carnivore, j’adore la viande », reconnaît Rudi. Nathalie tranche dans le lard : « Bon, ben on n’en mangera plus deux fois par semaine… »
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Ecologie Développement durable Environnement Politique Consommation Témoignage Eco-construction Ecocitoyenneté
Ayant des projets semblables, je me sens assez concerné par ces difficultés. J’aurais cru que 1700€/mois étaient plus que suffisants pour satisfaire les besoin d’une famille de 4, et j’aimerais donc mieux comprendre pourquoi ce n’est pas le cas.
Ont-ils envisagé d’autoconstruire un poêle à inertie ? Pourquoi le potager ne les nourrit-il que la moitié de l’année ? Sont-ils en permaculture ? Utilisent-ils engrais, pesticides ? Quels sont leurs principaux foyers de consommation énergétique ? Quelle est leur consommation d’eau potable ? Utilisent-ils des toilettes sèches ?
Ce sont des questions ouvertes, je suis vraiment intéressé par les réponses : en projettant un mode de vie semblable, je crains de pécher par naïveté...
dommage pour la conclusion défaitiste. clair qu’avec un chauffage au mazout et une voiture l’empreinte ne baissera pas beaucoup. j’espère que l’isolation n’est pas seulement écologique du point de vue du matériau mais aussi au niveau de l’épaisseur (+ de 10cm dans les murs etc) sinon c’est juste pour se donner bonne conscience (point de vue santé par ex) et louper l’objectif (global) ! :-/











