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Contexte épistémologique des images de l'écologie

Article publié le 26 octobre 2007

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photographie : Olivier Martin Delange


C’est à partir des observations, des échelles choisies et de leur analyse, que les écologues forgent les concepts de leur discipline et nous donnent par là autant d’outils à l’observation. En 1877 Karl Auguste Möbius (1825-1908) étudie des bancs d’huîtres qu’il décrit comme une « biocénose ». Il avait remarqué que, chez ces animaux, il fallait placer le cadre d’étude non pas au niveau de l’individu, mais de l’ensemble des individus : la biocénose. Le biologiste Roth Woltereck parla en 1927 de systèmes écologiques, la notion de biosphère est définie par Vladimir Ivanovitch Vernadsky en 1929, Sir Arthur George Tansley (1935) parle d’écosystèmes. Les concepts de phytosociologie (Josias Braun-Blanquet, 1928) et d’écologie du paysage (Carl Troll, 1939) sont formulés ensuite. Chacun de ces concepts décrit un niveau et un type d’organisation dont l’étude nécessite des données et des observations différentes, mais qui relèvent tous d’une pensée holiste.
Progressivement, les données intégrées dans l’analyse écologique deviennent extrêmement nombreuses. Il s’agit d’une part des données abiotiques, c’est-à-dire non biologiques, telles que les éléments chimiques présents (cycle biogéochimiques, géologie du lieu, composition de l’eau et de l’atmosphère par exemple), les données thermiques et la luminosité (temps d’insolation et albédo par exemple)  ; d’autre part seront prises en considération les données biotiques telles que les espèces végétales, animales et bactériennes présentes, leur population, leurs relations etc.

Le seul référent qui permette de rassembler toutes ces données, et à partir duquel penser les interactions, sera toujours in situ la nature elle-même. Pour comprendre l’impact d’un tel changement, il n’y a qu’à rappeler l’importance en histoire de l’art de la sortie des artistes du XIXe siècle des ateliers. Des peintres, tels que Claude Monet (1840-1926), s’installent en plein air pour peindre la nature, non plus comme ils la conçoivent, mais telle qu’ils l’observent, donnant ainsi naissance à des mouvements tels que l’impressionnisme. L’observation in situ marque les débuts de la peinture moderne. L’importance du changement est analogue à celui d’une démarche scientifique qui ne peut plus se contenter d’observations en laboratoire mais dont les outils de mesures et de relevés sont orientés vers les ensembles naturels in situ. Cette analogie peut sembler incongrue en raison de la divergence d’enjeux des deux domaines, cognitifs ou esthétiques, et pourtant, nous avons déjà vu combien les attitudes d’observation de la nature de l’une ou l’autre se répondent. Là encore, c’est cette attitude qui est en jeu pour l’explication de la présentation de la nature et la conception d’une esthétique verte qui y correspondrait.

La propension de l’écologue vers l’expérience esthétique n’est pas à exclure systématiquement pour des motifs scientifiques, comme nous avons pu l’expliquer à partir de l’œuvre de Humboldt. Pensons à Aldo Leopold (1887-1948) lorsqu’il écrit l’Almanach d’un comté des sables . Ce récit montre comment l’immersion dans le décor naturel, aussi bien pour une raison de loisirs qu’un besoin d’observations scientifiques, facilite l’expérience esthétique, à double titre : tout d’abord la fréquentation d’espaces qu’Aldo Leopold nomme « sauvages » au sens du Wild états-unien qui correspond en fait aux environnements peu anthropisés, et ensuite la perception que permettent ses connaissances scientifiques. Cette œuvre constitue un exemple très efficace de la théorie environnementale d’Allen Carlson, puisque Aldo Leopold met systématiquement en lien les connaissances scientifiques et l’appréhension esthétique. Mais à l’inverse d’Allen Carlson, il admet toutefois une forte dimension subjective dans ses expériences. La présentation de ses observations sous la forme d’un almanach n’est pas anodine. Le choix d’exposer les expériences dans un ordre saisonnier appuie fortement sur les structures temporelles naturelles avec lesquelles non seulement les cultures vernaculaires et les milieux agricoles doivent compter, mais aussi les écologues dont les observations sont fortement conditionnées par les cycles naturels. La considération d’un écosystème ne peut être complète que si les observations couvrent l’ensemble du cycle saisonnier. C’est devenu un critère narratif omniprésent dans les documentaires animaliers puisque chaque cycle saisonnier complet, une année en somme, est sensé montrer l’intégralité des activités habituelles d’une espèce. Alors les observations nécessaires à l’écologie vont contraindre à un espace : l’espace naturel au détriment du laboratoire, mais aussi à un espace temporel : les cycles naturels, puisque ceux-ci ne peuvent pas être accélérés artificiellement.
Ce report permanent à la réalité physique de l’objet d’étude devrait aider à l’exclusion des représentations culturelles extrascientifiques. Ces représentations facilitaient le rapprochement avec l’esthétique, mais elles ne correspondaient pas aux exigences scientifiques. On considère couramment qu’exclure toute observation non strictement logique ou cognitive permettrait d’augmenter la scientificité des travaux. Mais un des fondateurs de l’analyse écologique dresse ce constat : « dans le domaine de l’étude de la vie, la situation est encore plus difficile, car il est douteux qu’il existe un autre domaine des sciences naturelles où les principes fondamentaux mêmes, fussent autant pénétrés de constructions philosophiques et religieuses, étrangères à la science par leur genèse même » . Ces constructions nous les avons décrites, et l’écologie elle aussi, en tant que discipline scientifique, n’échappe pas à cette multiplicité de la culture et à ce mélange des genres. C’est d’ailleurs un des points à partir desquels le lien que nous analysons entre esthétique et science est opportun. Malgré la primauté accordée aux observations, au détriment des hypothèses scientifiques, l’observation elle-même a besoin de notions pour structurer la perception. Et ces notions, relatives au vivant, sont imprégnées de nombreuses références culturelles extrascientifiques.

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commentaires
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par judel.66 (IP:xxx.xx6.247.60) le 27 octobre 2007 à 21H05

quel bla bla ! ! ! .en termes simples où voulez vous en venir ???...


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