Article publié le 3 juin 2008
Aucun rappel concernant les constats sur l’état des eaux en France, un questionnaire aux ambitions plus que limitées et une présentation graphique qui laisse à désirer : une "drôle" de consultation !
L’édition du 2 juin 2008 de Naturavox nous apprend qu’une enquête sur l’eau est lancée (" Consultation "eau" 2008 : exprimez-vous " ) et, habitant le Sud Ouest, je me rends sur le site correspondant à cette région : Aquacitoyen.
Sa page " Documents de la consultation " oriente vers un certain nombre de documents parmi lesquels ne se trouve aucun état des lieux.
Par contre ces documents répètent à l’envi la nécessité d’améliorer et
de gérer. Ces deux mots y sont l’objet d’un usage immodéré.
Qu’il faille améliorer : pourquoi pas mais on se demandera à bon droit
par rapport à quels constats seront définis les points sur lesquels
agir, et les constats sont absents.
Aucun lien du site ne conduit vers des pages qui, pourtant, existent et
il faudra à l’internaute soucieux de répondre en connaissance de cause
à cette enquête effectuer une recherche comme celle qui m’a conduit à
cette page de l’agence Adour Garonne : " La qualité des eaux ", ou à celle-ci : " Etat des ressources ".
En fait le site Aquacitoyen présente à toute personne un peu pressée
mais qui souhaite faire connaître son avis un condensé succinct à
télécharger : " Les documents de la consultation ", ce que j’ai fait.
Il me faut dès maintenant préciser que j’utilise un système
d’exploitation connu et un lecteur parfaitement adapté pour lire un
document " Adobe Acrobat " au suffixe " pdf ", le tout fonctionnant
plutôt bien, sans me priver de portions de documents.
Car le document proposé par l’agence de bassin Adour Garonne présente
quelques originalités comme ces encadrés à ce point correctement mis en
page qu’une partie du texte est tout simplement absente...

Ah,
l’illustration de fond de page est bien présente, avec son paysage, ses
vaches et ses bateaux, mais on se demande ce que cela peut apporter au
lecteur !
Ce document contient le questionnaire (sur lequel je reviendrai) et
propose également l’impression d’un " écopli " : un format A4 à plier
en enveloppe au verso de laquelle figurera une publicité en couleur
invitant à devenir " aquacitoyen ".
Dans " écopli " il y a " éco " qui peut renvoyer à la notion d’économie aussi bien qu’à celle d’écologie.
Que l’agence Adour Garonne m’explique donc ce qu’il peut y avoir
d’économique et d’écologique à faire figurer au dos d’une enveloppe une
image en couleur.
Informer ?
Une telle enveloppe est supposée sortir de l’imprimante, être scellée
puis postée : seuls des employés de la poste seront éventuellement
amenés à en voir le dos, et l’on suppose qu’ils ne sont pas rémunérés
pour lire des dos d’enveloppes.
Si toutefois ils lisent cette publicité elle ne leur apprendra pas
comment devenir " aquacitoyen " car aucune adresse de site ou postale
n’y est mentionnée.

Le questionnaire ?
Il est parfaitement minimaliste, composé de 8 questions dont deux m’ont choqué.
La question numéro 3 : " Une famille de 4 personnes dépense déjà en
moyenne 480 € par an pour l’eau du robinet et le traitement de ses eaux
usées. Environ 62 € sont consacrés aux actions de l’Agence de l’Eau.
Cette contribution aux actions de l’Agence pourrait être à l’avenir
insuffisante. Quelle augmentation vous paraîtrait acceptable pour cette
même famille ? ".
Les augmentations proposées vont de moins de 10 € par an à 60 euros par an.
Cela suppose qu’il est parfaitement inconcevable, puisque des "
spécialistes " ne l’envisagent pas, que nous puissions parvenir à une
meilleure qualité des eaux sans une augmentation des coûts.
Cela signifie donc que ces " spécialistes " n’ont pas pris l’entière
mesure de ce qui est possible dans leur domaine d’activité puisqu’il
est possible de parvenir à des eaux de très haute qualité, au robinet
et à l’exutoire des systèmes d’épuration, à des coûts moindres que ceux
que nous connaissons actuellement.
Pour l’eau du robinet, c’est démontré depuis des années par la dynamique mise en place par la ville de Munich : " Münich : la ’’bio’’, pour une eau non traitée " et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Pour les eaux usées, divers exemples de traitements par lagunage ou par
épuration par les plantes, les deux techniques pouvant se conjuguer,
démontrent que l’on peut obtenir d’excellents résultats à des prix de
revient très compétitifs.
Nos " spécialistes " sont-ils vraiment experts dans leur domaine, ou
bien passent-ils sous silence certains champs de possibilités du fait
que leur mise en oeuvre nécessiterait des mesures qui remettraient en
cause certaines pratiques et certains intérêts financiers ?
La question numéro 5 : " Améliorer la qualité des milieux aquatiques
coûte cher mais peut apporter des bénéfices importants. Lesquels selon
vous ? ".
Les bénéfices cités : " * Les aménagements de protection contre les
inondations seront moins coûteux * Les coûts de traitement d’eau
potable seront réduits * Le développement touristique et ses retombées
économiques seront plus importants " .
De nouveau " améliorer coûte cher ", affirmation visant à conforter
dans nos esprits que nous devrons payer toujours plus cher une eau dans
laquelle on injecte beaucoup de nitrates et de pesticides, et qu’il
faudra donc dénitrifier et " traiter " toujours plus.
Nous n’imaginerons pas que les agences de l’eau puissent être
actionnaires des fabricants d’engrais et de pesticides, mais divers
lobbies seraient-ils omniprésents et très actifs ?
Parmi les bénéfices cités il n’est aucunement question de la relation
entre un meilleur état des eaux et la biodiversité des divers milieux,
que l’on sait mal en point.
Rien non plus sur les impacts de l’état actuel des eaux sur la santé,
tant des humains que des organismes aquatiques (voir par exemple ces
anomalies sexuelles constatées chez les poissons du fait que nos
stations d’épuration ne savent pas retenir œstrogènes et divers
perturbateurs endocriniens présents dans nos eaux usées).
En résumé ce questionnaire me laisse l’impression que l’on veut nous
faire passer le message que l’eau nous coûtera toujours plus cher mais
que nous pourrons peut-être tirer d’une amélioration de la qualité des
eaux quelques bénéfices annexes (retombées économiques du tourisme par
exemple).
Globalement j’ai la triste impression d’un mauvais travail, tant sur le
fond (largement basé sur l’évitement de constats dont nous ne pouvons
tirer aucune fierté et de questions qui pourraient fâcher) que sur la
forme et le contenu (un questionnaire qui ne devrait pas être
susceptible de fournir des données significatives, en fait : le
dépouillement ne coûtera pas cher, ce sera son seul avantage !).
Je n’ai pas le courage d’aller voir ce qu’ont fait d’autres agences de bassin...
En tête de ce document, 2 interventions, l’une de Jean-Louis Borloo
avec cette phrase : " ...emparez-vous de ce débat et battons-nous
ensemble pour faire de chaque bassin un bassin de vie. "
Si " ce débat " est matérialisé par le questionnaire contenu dans ce
document je ne vois pas qu’il y ait débat mais seulement quelques
questions qui n’engagent à rien, tandis qu’une étape très actuelle,
réelle, vitale du débat se trouve là : " Forte odeur d’incompréhension autour d’un projet de porcherie dans le Morbihan ".
Dans la seconde intervention, Jean François-Poncet, Ancien Ministre,
Président du comité de bassin Adour-Garonne, affirme : " Près de 40 ans
de politique de l’eau ont porté leurs fruits et les progrès sont
visibles et mesurables. ".
Heureusement il ajoute : " Les efforts qui restent à accomplir sont encore importants... ".
Car quelques études tout à fait sérieuses ont montré que l’état des
eaux souterraines et de surface est très préoccupant en France (qui est
régulièrement rappelée à l’ordre par les instances européennes) : on
trouvera écho de cela sur le site de l’IFEN par exemple : " Les publications de l’Ifen sur le thème "Eau" ".
Thèmes
Bonjour l’auteur, je me permet de résumer ce que j’ai compris de votre article fort intéressant et argumenté.
Sous couvert de participation citoyenne (c’est un concept web 2.0 je crois), il ne s’agit là que d’accréditer l’idée que l’augmentation des tarifs pour le traitement de l’eau est tout simplement inévitable. Il n’est évidemment pas question de dresser un constat véritable et sincère, ni même de fournir une quelconque information ou état des lieux détaillé. C’est donc sous une forme ultra-simpliste que nous est livré cette propagande.
En com, cela s’appelle fabriquer du consentement. On rabâche sans cesse un gros mensonge, et petit à petit il deviendra une vérité qu’il n’est même plus besoin de démontrer.
Bonjour, inconnu...
C’est très exactement ce que vous écrivez.
Avec en plus un manque de conscience professionnelle ahurissant de la part des graphistes et metteurs en page du document, un manque tout à fait égal de la part des commanditaires qui n’ont pas vérifié ce qu’on leur a livré...
Et en filigrane une sorte d’insulte au citoyen, probablement considéré comme un ignorant fruste qui saura se contenter de cet ensemble vide...
J’ai reçu cette ineptie et j’ai bien halluciné ! Vu que le timbre est prépayé je leur ai répondu en gros au marqueur rouge :
"Propagande ! Nous payons déjà très cher, surtout en terme de santé, une eau polluée de pesticides et autres saloperies."
Merci pour votre article ;-)
Nous assistons à une enfumade de plus . J’ai reçu cette magnifique plaquette tres respectueuse de l’environnement .
Tres vite , j’ai compris qu’il s’agissait de nous faire payer plus . Il faut signaler que dans ma region , l’eau est distribuée par un syndicat qui pratique des prix tres corrects . On peut dire que c’est un eldorado à conquerir et cela n’a pas echappé à certains requins , suivez mon regard .
Enquete ou pas les jeux sont faits , maintenant on va payer .Cette consultation n’est qu’un pretexte . C’est les copains de Little Big Man qui vont etre content .
Oui, JCM, dans ce pays la course au pognon est prioritaire, et gare à ceux qui tenteraient de la ralentir !
Tu as très bien décodé le site "aquacitoyen", sauf sur un point : sur le dessin, c’est pas des vaches, mais des moutons !
Une invitation au panurgisme de la part des auteurs ?
Bien à toi.
Désolé, il y a bel et bien des vaches, pas sur le fragment que j’ai sélectionné mais ailleurs sur la même page et sur la page précédente.
Vous trouverez le lien vers ce document dans l’article.
La lecture de cette enquête m’amène à quelques réflexions :
L’enquête est beaucoup trop générale pour être significative. Les questions du genre « faut-il prendre plus de mesures, même contraignantes, pour améliorer la qualité de l’eau en 2015 ? » est un non sens. Pour moi, l’eau du robinet est potable, en tout cas je la bois et je ne suis pas encore malade. Je la trouve donc de bonne qualité et ne comprend pas la partie "qualité" de la question. Ensuite, quand on parle de mesures contraignantes on n’explique absolument pas la direction visée. Je ne peux donc pas me prononcer sur le bien-fondé des mesures contraignantes. Peut-être que si on m’expliquait de quelle contrainte il s’agit je dirais Oui ou au contraire résolument Non.
Ma deuxième remarque est que le gouvernement est là pour gouverner. Le service des eaux est sensé être compétent pour définir les actions à mener et les moyens nécessaires à prendre pour distribuer une eau potable sur le réseau et maintenir notre paysage aquatique agréable à vivre. Je ne comprends pas pourquoi le citoyen devrait intervenir sur des questions techniques.
Tout ce passe comme si cette enquête ne servait que de faire-valoir à des politiciens en mal de reconnaissance publique. Si le résultat ne convient pas aux décisions à prendre (et peut-être déjà prises), on l’oubliera et s’il va dans le bon sens on s’en tissera une auréole.
les endroits où l’eau est chère sont ceux où il faut marcher 1 heure pour aller chercher 20 litres d’eau...
l’eau potable devient un produit rare, il va faloir s’y faire. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Ceci dit ce n’est pas une raison pour que Véolia et consorts se gavent. Il faut rester vigilant
@ Coatserho :
Vous écrivez : "l’eau potable devient un produit rare, il va faloir s’y faire".
C’est bien le sens plus ou moins dissimulé de ce questionnaire, et vous allez dans la même voie assez commune qui est celle d’une résignation à ce coût croissant.
Vous n’avez probablement pas visité le lien que je propose sur Münich, et comme la plupart des gens vous ne vous êtes pas documenté pour savoir s’il n’existait pas d’autres méthodes, voies, possibilités... de gestion des eaux (à tous points de vue : potabilisation, eaux usées, effluents agricoles, industriels etc...) qui mettraient à notre disposition des eaux de bien meilleure qualité à des coûts inférieurs.
J’espère que vous ne vous plaindrez pas si l’an prochain votre facture d’eau augmente subitement de 60 euros, comme l’évoque le questionnaire !
le cas de Munich est géographiquement particulier et certainement pas reproductible partout.
l’entretien et l’exploitation d’un réseau d’adduction ont un coût et quand l’on voit l’état de certain réseau il v a falloir mettre la main au portefeuille
vu la qualité des eaux de surface en France il est grand temps de réagir et de changer les mentalités (des distributeurs et des consommateurs)
de toute façon la réhabilitation des zones humides, l’incitation à la culture bio, les zones d’épuration naturelle etc... sont des investissements struturels qui auront un coût élévé et seulement ces investissement un fois réalisés et fonctionnels on pourra réduire les coûts (sous l’oeil vigilant des citoyens)
allez voir le questionnaire le l’agence de l’eau Loire-Bretagne, il me semble plus "abouti" que celui d’Aquitaine
bonne journée
Cette enquête superfétatoire financée par le contribuable... encore un truc de ouf (énarques !!) pour endormir la populace "dormez tranquille braves gens".
Si nous voulons retrouver de l’eau "pure" en quantité, il suffit d’arrêter dès demain de bombarder les sols de produits chimiques ! Réimplanter, arbres, haies, reconstituer les ruisseaux, arrêter de construire des lotissements paumés au milieu des champs !
Mais encore ? Ah, oui j’oublais l’essentiel ! Stopper la prolifération anarchique de l’espèce humaine ! 63 millions de Français, 300 millions en Europe, 7 milliards dans le monde ! Résultats : surpollution de l’environnement, raréfaction des sols cultivables, plus d’eau pure !!! Grenelle de l’environnement pour préserver la planète !
Au lieu de prendre le mal à sa racine : trop de bipèdes humains = solution de la politique de l’enfant unique sur toute la planète... On vous conseille de fermer le robinet lorsque vous vous brossez les dents, et la douche au lieu du bain !! ABSURDES
Ce questionnaire n’est pas tout à fait complet : je voudrais signifier que je souhaite une eau rare et polluée disponible uniquement en bouteilles (avec modèle préperforé spécial-douche), à un prix minimum de 15 euros la bouteille. Il me paraît urgent de mettre en oeuvre tous les moyens pour accélérer l’abrutissement de l’espèce humaine et il me semble que les Agences de l’eau pourraient y contribuer davantage. Mais je les remercie tout de même au nom de tous les écocitoyens français : ça fait toujours plaisir d’être pris pour un imbécile.










