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"Amendement Ollier" : un développement de retard

Article publié le 10 octobre 2008

Patrick Ollier, Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, a fait voter par la Commission des affaires économiques un amendement à la Loi Grenelle 1, favorable au chauffage électrique. Mais défavorable au développement durable, ainsi qu’à l’industrie du bâtiment. Un exemple parlant de l’influence du lobby électro-nucléaire en France. Et de l’obstination à prolonger un modèle économique français dépassé.

"L’amendement Ollier" à la proposition de Loi Grenelle 1 porte un sacré coup de canif à la recherche des économies d’énergie. Il envisage tout simplement de relever de 50 à 120 KWh par m2 et par an l’objectif de consommation énergétique des constructions neuves, à l’horizon 2012. A condition qu’elles soient équipées d’un chauffage électrique. Conséquence : une consommation d’énergie primaire deux fois plus élevée dans l’habitat que celle déterminée dans les objectifs du Grenelle. Levée de boucliers non seulement des "écolos", mais aussi, mais surtout de l’industrie de l’isolation, initiatrice de l’association "Isolons la Terre" et du Club "Construire durable" initié par le groupe de presse professionnel Le Moniteur. Sans parler des réserves de la Secrétaire d’Etat à l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui souligne l’aberration thermodynamique de la transformation de l’électricité en chaleur.


Un lobby fidèle au poste depuis 40 ans

N’en doutons pas, le lobby du nucléaire civil a frappé. Il y est accoutumé, lui qui domine notre politique énergétique depuis la fin des années 60. D’où la construction d’un parc nucléaire surdimensionné à partir des années 70, d’où une publicité effrénée pour le chauffage électrique par convecteur pendant deux décennies, dans des habitations peu ou pas isolées. "Pas grave, avec le nucléaire, on a l’énergie électrique pour 3 fois rien". Et puis, il fallait bien utiliser les capacités de production excédentaires. Après Tchernobyl et surtout les mensonges du gouvernement français sur ses retombées en France, l’aura du nucléaire a un peu pâli. "L’accident" du Tricastin, cet été, a attiré à nouveau l’attention sur le caractère "propre" et "sûr" du nucléaire. Mais le lobby nucléaire a trouvé un allié objectif de poids : le mouvement anti-réchauffement climatique mondial. Celui-ci a focalisé l’attention non seulement sur l’effet de serre, mais quasi-exclusivement sur les émissions de CO2, un des gaz fautifs. Soudain, le nucléaire est devenu "écolo", puisqu’il produit peu de CO2. Logique, il n’y a pas combustion de carburant fossile. S’y substituent des rejets liquides ou gazeux radioactifs, mais tout cela est rigoureusement contrôlé, cela va de soi. Pour Monsieur Ollier, c’est simple : l’électricité étant à 80 % d’origine nucléaire, elle ne produit pas ou peu de CO2. On peut donc la gaspiller. Un grand train de retard...

France : Un modèle économique de retard

Le mal français, relayé en l’occurrence par Patrick Ollier, c’est cette obstination à faire reposer notre développement économique sur de grands groupes privés ou parapublics qui fonctionnent en symbiose avec la structure politique et celle de l’Etat. Au détriment des PMI-PME, bien moins développées et puissantes que leurs consœurs allemandes. C’est aussi cette tendance à continuer à produire et à proposer au monde ce que nous savons déjà faire : le nucléaire civil, le TGV, la motorisation diesel, une agriculture 1ère utilisatrice de pesticides en Europe, etc. Pas forcément ce que les marchés extérieurs attendent, en particulier dans une perspective de développement durable. Ainsi, à l’occasion du sommet de Marseille, le 1er octobre dernier, Sudha Mahalingam, membre du Conseil indien de régulation du pétrole et du gaz naturel a déclaré : "On pourra augmenter notre capacité nucléaire, mais pas énormément... Quant à importer des réacteurs, qui coûtent 2 à 3 milliards de dollars chacun, c’est trop cher, nous ne pouvons pas nous le permettre".

Ce modèle français a 30 à 40 ans de retard et nous pénalise économiquement, sans parler de "l’écologiquement". Pendant ce temps, dans ce laboratoire du futur qu’est la Californie, l’état, les "business angels", les "start-up", les industriels misent à fond sur la recherche et le développement de technologies novatrices économes en énergie. L’Allemagne domine la marché des éoliennes. Le Japon caracole en tête sur le segment porteur des véhicules hybrides et électriques (ce dont profitera au moins Renault, allié à Nissan).

En France, il subsiste des hommes politiques influer pour sauvegarder... le convecteur électrique. On pourrait aussi relancer la production des DS et du Concorde.

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52 votes

commentaires
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par Daniel R (IP:xxx.xx8.5.20) le 10 octobre 2008 à 20H38

Les députés sont désignés par le chef de leur parti. Ils sont grassement payés, ont de nombreux privilèges et sont assurés de toucher leurs émoluments pendant 10 ans quoiqu’il arrive. Pensez vous qu’ils se préoccupent de l’intérêt collectif ou des électeurs qu’ils perçoivent comme des moutons à tondre. Non, seul leur intérêt personnel les guide.

Certains profitent de leur notoriété pour faire des ménages, d’autres de leur proximité avec le pouvoir pour faire des affaires. Olier n’est pas sot, il connait les risques du nucléaire mais il s’en fout tout simplement.

Olier est (ou était, peu importe) le compagnon d’Alliot Marie, l’ineffable ministre de l’intérieur. Cela peut aider pour trouver les sponsors.

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par Cassandre (IP:xxx.xx2.18.96) le 11 octobre 2008 à 09H56

Le défaut majeur du processus Grenelle est qu’il n’a pas désigné de priorité entre réduction des émissions de GES et réduction de la consommation d’énergie. Or ces 2 objectifs se rejoignent souvent, mais pas toujours !

Le cas le plus évident est celui de la séquestration du CO2 des centrales thermiques, qui fait dépenser plus d’énergie pour réduire les émissions de GES. Mais c’est aussi le cas dans l’habitat : remplacez un chauffage électrique par un chauffage au gaz, vous améliorez l’étiquette énergie en dégradant l’étiquette GES !

L’amendement Ollier tente de rendre la priorité à la lutte contre le changement climatique, ce en quoi il a mille fois raison.

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par hitherto75 (IP:xxx.xx2.87.188) le 11 octobre 2008 à 10H34

Je crains de ne pas être d’accord avec vous. Nous sommes dans une période de crise, favorable à l’évolution des comportements. Envoyer le signal "Si on CONTINUE à utiliser massivement l’électricité pour le chauffage, on pourra, à l’horizon 2012, construire des habitations 2 à 3 fois plus énergétivores que prévu, sans souci" est très négatif. C’est continuer sur la voie de la croissance continue et voulue de la consommation d’énergie. Sur cette lancée, d’ailleurs, pourquoi s’embêter à concevoir des appareils électroménagers moins gourmands en électricité ??? Pourquoi éteindre les lumières en sortant d’une pièce, acheter des ampoules à basse consommation, etc ? "On s’en moque, on a 58 réacteurs nucléaires !!!" Je suis désolé, mais, à mon avis, ça ne marche pas !

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par Marius d’Occitanie (IP:xxx.xx7.245.45) le 11 octobre 2008 à 18H35

Quid de la recherche sur le solaire ? Je propose de lancer une souscription pour payer le voyage par train Paris-Freiburg en Allemagne à Mr. Ollier (ainsi qu’à tous les ministres et parlementaires)pour qu’ils apprennent à gérer les problèmes d’énergie. Marius d’Occitanie

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 11 octobre 2008 à 18H43

Les filières du bâtiment sont organisées pour construire des maisons en maçonnerie (parpaing ou briques) avec une isolation intérieure.

Ce mode de construction ne permet pas si on souhaite rester dans des épaisseurs de parois raisonnables d’atteindre le seuil de 50 kWh/m²/an.

L’amendement Ollier aura donc l’avantage d’accorder une survie à un secteur qui sera rapidement mis à mal par la crise.

Un maison isolée pour 120 kWh/m²/an mais équipée d’un pompe à chaleur ne consommera selon le COP de la pompe que 30 ou 40 kWh/m²/an d’électricité.

La même maison chauffée au gaz consommera bien les 120 kWh/m²/an.

D’un point de vue consommation et rejet, prendre en compte uniquement le niveau d’isolation sans considérer le mode de chauffage est totalement absurde.

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par karva (IP:xxx.xx1.187.148) le 12 octobre 2008 à 22H32

Le Problème

On a proposé au Grenelle de mettre en place une norme d’isolation de 50KWh/an/m2. Excellent. Mais j’apprends récemment en discutant avec un collègue du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) qu’il s’agit en fait d’énergie PRIMAIRE !

Que veut dire : cela va exclure l’électricité, à cause du rendement de l’ordre de 33% des centrales nucléaires. Car en ce cas, des convecteurs électriques ne pourront délivrer que 17KWh/m2/an, ce qui est impossible, sauf grosse augementation de l’isolation. On peut évidemment envisager de développer pour cela des pompes à chaleur. Mais cela augmente beaucoup le coût de construction, et je n’imagine pas des projets HLM basés là dessus. Je vous rappelle que promoteur ou pas, le prix de la construction est un paramètre lourd pour le logement de nos compatriotes ! Le résultat de cette mesure sera alors de continuer à mettre en place des chauffages au gaz ou au fuel.

J’ai donc étudié cette loi, et j’y ai vu des choses bien pires : l’article 5 statue que l’état s’engage à diminuer les énergies dans l’ancien qu’il gère de 240KWh/m2 à 120 (de mémoire). Là encore, c’est de l’énergie PRIMAIRE ! Il y a une manière très simple de faire cette diminution : dans le cas où on utilise le chauffage électrique, il suffit de le remplacer par un chauffage au fuel : celui-ci consommera plus de deux fois moins d’énergie primaire ! Il y a pas mal de bâtiments publics, de HLM...qui sont dans ce cas. Beau résultat : on remplace un moyend de chauffage qui émet peu de CO2 par un moyen qui en émet 6-10 fois plus !

J’ai dans le passé vécu en HLM avec une bonne isolation et un chauffage électrique, et cela est très efficace, surtout si on sait gérer ses présences (ma femme et moi allions au travail, les enfants à la crèche et on arrêtait tout). Les associations de consommateurs, soumises à l’influence du militantisme anti-nucléaire, et surtout à cause du prix de l’énergie électrique (à l’époque du contre-choc pétrolier) ont plutôt fait campagne contre ce type de chauffage. Je les entends moins, et je pense que le marché de l’énergie explique cela. Je n’ai vu qu’un problème avec mes voisins en HLM : une maîtrise passe par une éducation, et celle-ci est difficile, quelque soit la source d’énergie d’ailleurs.

Belle écologie : au nom de la lutte contre l’effet de serre, on va investir dans des moyens de chauffage qui émettent du CO2, contre des moyens qui en émettent peu. C’est cela que j’imagine combattent nos élus, je n’ai pas bien compris comment, et ça n’est pas important.

Je pense que les lecteurs de "Naturavox" doivent réfléchir à cela avant de condamner. Dans la formulation de la loi, il y a de la poussière sous le tapis, probablement liée à l’infiltration d’éléments religieusement antinucléaires dans l’appareil d’état, et singulièrement dans ce minstère de l’écologie...Je prétends que l’opposition dogmatique au chauffage électrique est tout à fait opposée à la nécessité de lutter contre les émissions de CO2.

Karva

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(IP:xxx.xx2.87.188) le 13 octobre 2008 à 10H18

Cher Karva, j’avoue que le poids du lobby "religieusement anti-nucléaire" en France, depuis 40 ans, m’a échappé, dans la mesure où nous avons construit une des toutes premières industries électro-nucléaires au monde (58 réacteurs contre 104 aux Etats Unis, à mettre en rapport avec 64,4 millions d’habitants contre 305 millions). Mais aussi la première industrie de retraitement de déchets nucléaires mondiale. Si ce lobby religieux existe, il doit être composé de fervents masochistes. En fait, en France, "les écolos" servent de repoussoir commode dès qu’il s’agit de prendre des mesures "durables". S’ils sont pour, c’est que c’est une mauvaise solution, préjudiciable à l’économie ! Ils sont sans doute, peut-être, plus influents au niveau local, mais au niveau national, c’est juste un croquemitaine vert qu’agitent, si besoin, les tenants de la croissance "à l’ancienne"...


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