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A quoi ça sert ?

Article publié le 12 mai 2009

Le progrès[1] technique n’avance que s’il rencontre une demande sociale. Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée, encore faut-il que la société en comprenne l’utilité et l’adopte. On a parfois le sentiment que l’on nous force la main. L’intérêt d’une innovation ne semble pas évident pour tout le monde, mais une campagne d’opinion, une pression continue auprès d’intermédiaires, toutes sortes de manœuvres de lobbyistes tentent d’accréditer l’idée qu’elle est une des clés du futur. Le discours actuel sur l’énergie nucléaire, par exemple, mériterait un examen de ce type, mais intéressons nous aujourd’hui à l’agriculture[2].

Le développement durable a besoin d’innovation, et de la culture du risque[3] qui doit l’accompagner, nous l’avons répété maintes fois dans ce blog. Mais l’esprit critique doit s’exercer sur la nature de ces innovations, surtout quand elles comportent des risques, de manière à piloter le progrès, le maîtriser, et non en devenir l’esclave.

L’alimentation, de l’humanité est un enjeu majeur. La famine et la malnutrition sont encore trop présentes dans le monde, et nous aurons bientôt moitié plus de bouches à nourrir. Nous avons eu la révolution verte. Une aventure datée du XXe siècle, qui devait, grâce aux engrais et aux pesticides, permettre d’augmenter fortement la production agricole, notamment dans le tiers monde, comme on disait à l’époque.

A quoi ça a servi ? A concentrer la production agricole, mais pas à réduire les famines. Les sols sont pollués, dégradés, érodés ; les familles d’agriculteurs endettées, dépendantes d’intérêts puissants et lointains. La révolution verte a changé le paysage[4],

dans tous les sens du terme, mais par réglé le problème qui justifiait son existence. Et il en a posé bien d’autres, politiques, écologiques et sociaux notamment,

Aujourd’hui, ce sont les OGM qui sont proposés pour nourrir le monde. De grandes firmes internationales ont investi fortement dans cette innovation, présentée comme un progrès pour l’humanité. Même schéma que pour la révolution verte. Un progrès exogène, que les agriculteurs doivent adopter pour augmenter leurs rendements, mais qui les rend plus dépendants de l’industrie, et présente bien des inconnues vis-à-vis de la santé humaine, de l’environnement et de l’équilibre des milieux. Au-delà des débats sur les effets collatéraux de cette technique, la question A quoi ça sert ? revient en force. L’augmentation des rendements est remise en cause, récemment par des chercheurs de l’Union of Concerned Scientist (UCS), affilié au Massachusetts Institute of Technology (MIT), mais aussi dès 2006 au sein même du ministère américain de l’agriculture[5].

Il semble bien que les OGM, dans la continuité de la révolution verte, soit une machine à transformer une production industrielle en production agricole, alors que la logique voudrait l’inverse. Nous avons vu l’importance de la production gratuite[6],

offerte par la planète dans de nombreux domaines. Le PIB spontané des écosystèmes, de la photosynthèse, du soleil et des vents, des milieux humides et des océans, offre des bénéfices largement partagés. Il suscite l’ingéniosité et l’investissement personnel de millions d’acteurs, agriculteurs notamment, qui maîtrisent ainsi leur avenir. A l’inverse, les techniques inféodées au monde industriel concentrent les profits, et compliquent singulièrement l’’initiative individuelle.

La piste de progrès n’est certes pas de laisser les agriculteurs seuls face à la question des rendements, des dérèglements climatiques, des prédateurs de toutes sortes, et de l’alimentation de 9 milliards d’êtres humains. Ce serait plutôt de les associer très en amont aux recherches agronomiques, et à s’inspirer des innovations qui se manifestent chaque jour dans les exploitations. C’est un progrès endogène, fertilisé par des apports externes mais aisément assimilables, pour reprendre le vocabulaire consacré. Le savoir faire traditionnel, parfois oublié d’ailleurs, allié à la science moderne, à la connaissance fine des phénomènes biologiques, voilà l’avenir. Il reste à l’organiser, à rendre fécond le dialogue entre le producteur et le chercheur, entre l’analyse des pratiques du passé et les savoirs les plus récents. Plusieurs programmes de recherche misent sur ce dialogue[7].

A quoi ça sert ? La question de la finalité, du service rendu, est un must du développement durable. Les défis à relever, changement climatique, dégradation de la biodiversité, inégalités croissantes dans le monde, vieillissement de la population, et bien d’autres sont nombreux et exigent un formidable effort d’imagination et d’innovation à tous égards, techniques, sociétaux, politiques. De nombreux acteurs voudront détourner la réflexion à leur profit. Pourquoi pas s’ils répondent effectivement aux vrais problèmes, s’ils apportent de vraies solutions. Mais posons-nous toujours la question A quoi ça sert ?. Attention aux leurres, aux solutions miracle qui posent au moins autant de questions qu’elles en résolvent. L’énergie nécessaire pour relever ces défis ne doit pas être gaspillée sur de fausses pistes.

[1] Intensité, chronique du 08/05/2007

[2] Agriculture (08/05/2008)

[3] Risque (26/06/2006 et n°64 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )

[4] Paysage (16/04/2007)

[5] Voir notamment sur ce sujet OGM : la hausse des rendements contestée ( www.lemonde.fr du 16 avril 2009).

[6] Gratuit (30/04/2007)

[7] Voir à ce sujet L’agriculture intensive peut-elle être écolo ? (www.Actu-Environnement.com du 18/12/2008)

 

Thèmes

Développement durable

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commentaires
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par Adrien (IP:xxx.xx7.121.194) le 13 mai 2009 à 10H32

Innover pour plus consommer !

Les OGM sont imprévisibles, incontrôlables et irréversibles. C’est un scandale social (nombreux suicides en Inde), économique (brevetabilité du vivant) et environnemental.

La question à se poser est peut-être : de quoi a t-on besoin DE PLUS aujourd’hui ? Plus de R&D, plus de produits, plus de consommation, plus de PIB, on connaît la chanson : innover, c’est rentable, surtout quand c’est soit disant "vert".

Or,on a surtout besoin de moins et aussi de mieux.

Innover dans les Enr, pourquoi pas... mais c’est un leurre de penser qu’elles couvriront nos besoins en énergie : il faut radicalement consommer MOINS d’énergie.

Innover dans la médecine ? Pourquoi pas... mais pourquoi se demande-t-on si rarement les causes des maladies ? (plus de malformations à la naissance> on innove pour chercher le medoc’ ! c’est bien mais on commence pas par le début là !).

L’innovation technologique est la dernière blague du capitalisme qui se veut vert.

Pour moi, l’innovation passe au second plan.

Je pense être vraiment plus écolo depuis que j’ai viré ma voiture (innovation nécessaire ?), que je voyage moins loin et moins souvent (innovation nécessaire ?), que je fais mes courses au marché local (innovation nécessaire ?. Je changerai mon chauffage le moment venu (chauffage au bois : innovation nécessaire ? NON pas depuis 20 ans en Autriche).

((Après je balaie devant ma porte : 9 milliards de personnes ne peuvent pas avoir mon niveau de vie.))

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par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 13 mai 2009 à 22H09

Et c’est reparti pour un tour !

Avant de pérorer sur les OGM, faites quelques vérifications : Une rumeur qui a la peau dure

Les OGM sont déjà — alors que l’on est qu’au tout début — un grand succès économique et environnemental. Nonobstant la propagande verdâtre.

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par adrien (IP:xxx.xx7.121.194) le 14 mai 2009 à 11H25

Capitaine Poltron : à 11h19, l’action MONSANTO à +0,90%.

C’est de votre succès économique dont vous parlez, ou de la propagande verdâtre des semenciers ?

Et pourquoi croire vos sources, qui s’appuient en partie sur des revues internes et publiques pro-OGM ? (pas The Indhu ok) ?

Vous pensez sérieusement que les OGM sont un bienfait pour notre nature et ses habitants ??

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par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 14 mai 2009 à 14H18

Adrien,

Il y a des indiens de toutes les opinions, et on n’est pas obligé de croire quelque chose parce que c’est un indiens qui le dit. En plus, ce n’est pas un indien qui vous l’a dit, mais une ONG internationale qui le tenait d’une ONG locale dont les intérêts de boutiques peuvent différer de ceux des agriculteurs indiens. Enfin si un indien vous dit que les vaches sont sacrées, vous n’êtes pas obligé de le croire.

En plus, mes sources en l’occurence n’ont rien à voir avec les semenciers, mais avec RJ. Herring qui est un universitaire spécialiste de la question. Puisque vous maitrisez deux trois mots d’anglais, vous pourrez lire son œuvre

Pour finir, le plus important c’est encore le bon sens. La fable des suicides est proprement incroyable. Un agriculteur peut changer ses semences d’une année sur l’autre. Si le coton BT était vraiment la catastrophe dont nous parlent certaines ONG, comment se ferait-il que la culture de ce coton n’a cessé de s’étendre pendant 10 ans ? Vous prenez sans doute les agriculteurs indiens pour des demeurés qui se ruinent volontairement.

Concernant les OGM en général, je pense qu’il n’y a aucune raison de les diaboliser.Je pense qu’ils peuvent apporter beaucoup, et biens des préjugés à leur égard n’ont pas plus de fondement que la légende des suicides d’agriculteurs indiens.

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