NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Pesticides, amiante : Faut-il attendre la justice pour agir ?

Article publié le 26 février 2012

Les deux décisions de justice survenues le lundi 13 février 2012 méritent un rapprochement édifiant.

Agir pour l’environnement pose la question : "Qu’attendons-nous pour prendre les mesures qui s’imposent à l’échelle planétaire, et pour nous attaquer réellement au scandale des pesticides ?"

Pesticides, amiante : Faut-il attendre la justice pour agir ?

Deux décisions de justice survenues ce lundi 13 février méritent un rapprochement édifiant. Elles montrent à la fois que la justice finit par obliger à la reconnaissance des désastres sanitaires et environnementaux, et malheureusement que cette reconnaissance et les réparations demandent souvent des décennies et des multitudes de décès.

D’une part, le tribunal de Turin a condamné les deux chefs d’entreprises (et milliardaires) responsables du scandale de l’amiante de Casale Monferrato à 16 ans de prison et plusieurs dizaines de millions d’euros de dédommagements aux parties civiles. Plus de 40 ans après que le rôle de l’amiante dans le développement de cancers incurables a été formellement établi, les responsables d’entreprises ayant sciemment poursuivi son exploitation dans des conditions criminelles sont enfin condamnés. Hélas, ce verdict ne rendra pas la vie aux 3.000 morts ni la santé aux dizaines de milliers de malades de la petite ville italienne où les travailleurs manipulaient l’amiante à main nue et où les poussières imprégnaient l’atmosphère.

D’autre part, le tribunal de grande instance de Lyon a jugé la multinationale Monsanto responsable du préjudice subit par Paul François suite à l’inhalation du pesticide « Lasso ». Cet agriculteur avait été grièvement intoxiqué par les vapeurs de ce désherbant en 2004, et ne peut désormais plus travailler qu’à mi-temps en raison des troubles persistants, conséquence des dégâts occasionnés sur son système nerveux central.

Dans les deux cas, les entreprises en cause savaient. Le lien entre l’exposition à l’amiante et le cancer de la plèvre avait été identifié dès 1938, et reconnu dans de nombreux pays à partir des années 1970 ; pourtant, les deux propriétaires successifs de l’entreprise Eternit de Casale Monferrato avaient poursuivi son extraction sans même prendre la précaution d’en confiner les poussières. Le danger du Lasso était reconnu depuis les années 1980, et cet herbicide avait été interdit au Canada en 1985 et au Royaume-Uni en 1992 ; pourtant, Monsanto avait réussi à obtenir qu’il continue d’être utilisé en France, où son interdiction n’a été prononcée qu’en 2007.

Les deux jugements du 13 février sont encourageants, car ils montrent que la justice finit par rattraper les responsables des empoisonnements environnementaux. Mais ils sont également inquiétants, car ils témoignent de la désinvolture criminelle des entreprises multinationales, qui préfèrent exploiter un filon économique à n’importe quel prix, fût-il celui de la santé humaine et de la destruction de l’environnement. Le délai entre les faits incriminés et le jugement est par ailleurs choquant : pourquoi a-t-il fallu attendre 40 ans pour l’amiante italienne, et pourquoi le cas des usines françaises du groupe Eternit n’est-il toujours pas jugé ?

L’amiante est enfin strictement interdite dans l’Union européenne, mais elle continue à être utilisée dans une partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique Latine. Le Lasso est enfin interdit en France, mais les pays du Sud continuent généralement à recevoir pendant des années les stocks des pesticides interdits en Europe. Qu’attendons-nous pour prendre les mesures qui s’imposent à l’échelle planétaire, et pour nous attaquer réellement au scandale des pesticides ?

Source :

Source image : http://www.eplp.asso.nc

Thèmes

Pesticides Amiante

Bookmark and Share
0 vote

commentaires
votez :
(IP:xxx.xx3.72.134) le 26 février 2012 à 14H37

Pour l’amiante, je ne peux que prendre acte. Mais pour les pesticides, les anciens savaient et notre administration a permis la poursuite de ces crimes...et depuis 1938 !

Nous avons ici la preuve irréfutable de l’inutilité, sinon la nocivité, pour nous le petit peuple, de ces complices des industries que sont tous nos ministères et leurs agences. Dans un pays ruiné, il serait temps que nos responsables au plus haut niveau qui sont en campagne ( non ne rêver pas ...en campagne présidentielle !)se mettent enfin d’accord pour nous protéger des dangers des produits chimiques trop nocifs et faire des économies.

votez :
(IP:xxx.xx9.7.109) le 12 avril 2012 à 16H52

Mais pour les pesticides, les anciens savaient et notre administration a permis la poursuite de ces crimes...et depuis 1938 !

Et que s’est-il passé en 1938 ?

votez :
(IP:xxx.xx9.133.33) le 4 mai 2012 à 18H15

"Mais pour les pesticides, les anciens savaient et notre administration a permis la poursuite de ces crimes...et depuis 1938 !"

Vous avez très certainement des éléments pour étayer cette affirmation péremptoire ?


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deSanté
Sylvie Simon - 56 articles
insaecula - 9 articles
Marc Girard - 19 articles
Béatrice de Reynal - 205 articles
Koryneva - 1 articles
Biosphère Blog - 56 articles
La Nature dans la Peau - 6 articles
Denis Lebioda - 24 articles