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DU BISPHENOL DANS LE "BIB"

Article publié le 13 janvier 2010

Connaissez-vous le BISPHENOL A (BPA en abrégé) ? Probablement pas et pourtant il vaut mieux le reconnaitre car c’est un produit qui ne nous veut pas que du bien. Des doutes sérieux existent sur la dangerosité de ce corps chimique qui est contenu sous forme de polycarbonate dans les plastiques des emballages alimentaires et en particulier ceux de nombreux biberons. Ces derniers, parce qu’ils contiennent du lait chaud ou s’ils sont réchauffés au micro-onde, peuvent relarguer plus facilement le fameux BPA qui est alors absorbé par bébé.

Son utilisation dans l’industrie devrait donc être interdite, comme c’est déjà le cas au Canada (depuis avril 2008) où le BPA a été classé comme substance dangereuse. Cette molécule semble pouvoir en effet modifier le bon fonctionnement des systèmes hormonaux endocriniens. L’exposition des nourrissons et des enfants au BISPHENOL A devrait être réduite en priorité car cette population d’organismes en pleine croissance est parmi les plus sensibles, du fait de leur plus faible poids, aux perturbateurs endocriniens potentiels.

DU BISPHENOL DANS LE "BIB"

Il existe depuis plusieurs années des inquiétudes grandissantes concernant la toxicité, en particulier chez l'enfant et la femme enceinte, du BISPHENOL A (BPA), du fait de son rôle de perturbateur endocrinien à activité œstrogénique. Or cette molécule continue néanmoins d'être utilisée pour fabriquer le polycarbonate du plastique de la plupart des biberons ainsi que le revêtement en poly-époxy des boîtes de conserve et des canettes de boissons.

La Direction Générale de la Santé persiste, malgré les publications alarmantes qui s'accumulent, à considérer qu'il n'y a pas de risque à l'utilisation de ce produit. Elle reprend en cela les conclusions en date du 28 Octobre 2008 de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) qui a fixé de façon artificielle la dose journalière admissible (DJA) de BISPHENOL à 50 µg/kg/jour.

La Coordination nationale médicale santé environnement (CNMSE) est au contraire persuadée qu'il s'agit d'un problème environnemental primordial et facilement contournable si une volonté politique responsable s'en chargeait. C'est pourquoi la CNMSE qui regroupe des professionnels de santé de tous bords s'est engagée dans la campagne du Réseau Environnement Santé (RES) afin d' obtenir une décision de protection de la santé publique, et au premier chef, de celle des fœtus et des nourrissons, populations les plus exposées. En effet, les arguments scientifiques s'accumulent montrant que, durant la gestation, la fenêtre d'exposition au BISPHENOL A, comme aux autres perturbateurs endocriniens, serait un facteur important du développement ultérieur de certaines pathologies chez l'enfant mais aussi à l'âge adulte. On sait en effet à présent que le BPA peut parfois être retrouvé dans le sang du cordon des nouveau-nés, associé à d'autres molécules chimiques.

Quels sont les derniers éléments scientifiques dont nous disposons pour étayer ces craintes et ces inquiétudes ? Plus d'une quarantaine d'études sur ce sujet ont été publiées à cette date, consultable sur le site de la bibliothèque américaine de médecine "PubMed". Une seule de celles-ci ne retrouve pas d'effet délétère du BPA administré à faible dose. Les publications chez l'homme étaient jusqu'à présent encore rares. Or, ces deux derniers mois, plusieurs publications sont venues corroborer ce que l'expérimentation animale avait démontré ces dernières années.

L'institut des sciences de l'environnement américain a publié un article cherchant à étudier le retentissement chez l'enfant âgé de 2 ans d'une exposition pré-natale au BPA . Le comportement, mesuré par des échelles de développement standardisées, a retrouvé, surtout chez les filles, une augmentation des comportements hyperactifs et agressifs. Ceci a été encore plus net lorsque l'exposition au BPA avait été notable avant le terme de 16 semaines de gestation de leur mère. Cette étude est cohérente avec les résultats issus de l'expérimentation animale (rongeur et singe) qui ont montré ce type d'effets dans de nombreuses publications et ceci, pour la quasi-totalité, à des doses inférieures à la DJA européenne.

Une équipe chinoise a étudié une population d'ouvriers de sexe masculin exposés dans leur usine au BPA en comparant cet échantillon à un groupe témoin habitant la même ville. Les auteurs ont retrouvé chez les ouvriers exposés un risque accru de dysfonctions de la sexualité, troubles dépendant de la dose d'exposition au BPA qui avait été mesurée.

Une publication canadienne démontre la toxicité directe d'une exposition durant 24 heures de petites doses de BPA sur des cellules placentaires. Ces faits peuvent laisser à penser que cette molécule pourrait jouer un rôle dans des avortements, la prématurité, le retard de croissance fœtale ou la pré-éclampsie.

Chez l'animal, les études de toxicité sont de plus en plus nombreuses et cohérentes. Deux publications récentes sont démonstratives à cet égard.

La première a observé l'exposition au BPA en période périnatale de rates en gestation. Les rats descendants de cette portée ont une altération des récepteurs stéroïdiens testiculaires et ce sur trois générations. La détérioration de la fertilité est donc transmise ici de façon transgénérationnelle. Ce résultat est d'autant plus alarmant que la dose d'exposition des rates était entre 20 et 40 fois moindre que la DJA retenue par l'AFSSA.

L'autre publication récente émane d'une équipe de l'INRA de Toulouse. Les auteurs ont administré par voie orale de faibles doses de BPA à des rates, doses dix fois inférieures à la DJA. L'étude menée chez le rat et sur des cellules intestinales humaines en culture a montré que le BPA diminuait la perméabilité de l'épithélium intestinal. Les chercheurs ont également démontré chez des rats nouveau-nés qu'une exposition au BPA - in utero et pendant l'allaitement – augmentait le risque de développer une inflammation intestinale sévère à l'âge adulte. Ces travaux illustrent la très grande sensibilité de l'intestin au BISPHENOL A et ouvrent de nouvelles voies de recherche y compris en vue de définir de nouveaux seuils acceptables pour ces molécules, souligne l'INRA.

La CNMSE en lien avec le Réseau Environnement Santé (RES) demandent en conséquence que le principe de précaution s'applique et que le Ministère de la Santé interdise la commercialisation du BPA dans les plastiques alimentaires. En raison de sa toxicité, de son mode d'action et du niveau d'imprégnation de quasiment toute la population, de la transmission trans-générationnelle - toutes choses qui rappellent l'impact du Distilbène - le BPA représente un problème majeur de santé publique. Le principe de précaution trouve là une application évidente et il serait absurde d'attendre des dizaines d'années afin d'évaluer l'impact des expositions in utero avant d'agir.

La Dose Journalière Admissible (DJA) élaborée par l'Agence Européenne de Sécurité Alimentaire et reprise par l'Agence Française (AFSSA) apparaît inadaptée, car elle ignore les effets observés chez l'animal survenant à des doses d'exposition bien inférieures. De plus, cette sacro-sainte DJA ne prend pas du tout en compte les effets de la coexposition possible avec d'autres perturbateurs endocriniens. La Food and Drugs Administration (FDA) américaine adopte la même attitude en se basant sur des « good laboratory practices », c'est à dire en pratique des études animales réalisées par les industriels avec des techniques qui conviennent plus aux lobbys du monde du plastique qu'aux consommateurs.

En attendant que des mesures de bon sens soient enfin mises en place, notre responsabilité de professionnels de santé et de citoyens est de diffuser ces informations auprès des femmes enceintes ou susceptibles de le devenir ainsi que des conseils simples sur les précautions à prendre avec leurs nourrissons :

  • Éviter l'utilisation des biberons en plastiques au BPA (chiffre 7 au culot des biberons placé dans un triangle ou dans une moindre mesure les chiffres 3 et 6) ou leur préférer des biberons en verre. 
  • Éviter de chauffer au micro-ondes tout aliment contenu dans un récipient en plastique.
  • Éviter l'utilisation des bouilloires et cafetières électriques en plastique, qui sauf précision contraire, sont faites en polycarbonate.

Chacun de nous peut relayer auprès des autorités de santé les mesures demandées par le RES afin de bannir le BISPHENOL de nos matières plastiques, comme cela s'est fait au Canada. Ce geste citoyen viendra appuyer la "cyberaction" entreprise par l'association du Réseau environnement santé et permettra d'en accélérer le dénouement en combattant la frilosité et l'inertie des pouvoirs publics sur ce sujet.

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Bisphénol A

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