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Obésité : une épidémie qui menace de nous avaler

Le retrournement de la mortalité infantile aux USA sonne-t-elle le déclin de notre société ?

Article publié le 25 avril 2007

Obésité, malbouffe, déséquilibres alimentaires. Les maux de notre époque pressée et décousue sont largement étalés dans les média comme le Nutella sur la tranche de brioche trop épaisse de mon dernier fils. Malgré les mises en garde répétées, les conséquences sont encore mal mesurées. Mais les chiffres de la mortalité enfantile des états du sud commentés par le New York Times de ce week end sonnent comme un douloureux rappel que les voyants sont bien au rouge.

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Les maux se ressemblent dans leurs symptômes et leur expression. En matière d’alimentation comme d’environnement, on assiste hébétés depuis cinquante ans à la destruction foudroyante d’un équilibre naturel forgé par des millénaires de pratiques harmonieuses et compatibles avec la survie des espèces.
Malgré les incessantes mises en garde, preuves à l’appui, notre société dans son ensemble et chacun d’entre nous en particulier semble incapable de prendre les décisions qui s’imposent pour revenir à une vie simplement saine, écrasés que nous sommes par la dimension de l’engagement, anesthésiés par le confort de la continuité.

Voici l’événement. Les chiffres américains de la mortalité infantile commentés par le New York Times de Samedi resteront peut-être gravés dans l’histoire comme le premier signe de la décadence de notre civilisation [1].
Car pour la première fois depuis très longtemps, dans une partie des États-Unis, les courbes de la mortalité infantile se sont, semble t-il, inversées. L’augmentation est même carabinée au Mississipi où ce taux passe en un an de 9.7 à 11.4 pour mille. La hausse est moins importante dans les autres états du sud, quoiqu’également attestée.

Et alors ? Alors, ce chiffre cache un symbole d’une importance capitale. Du reste, s’il n’en était pas ainsi, pourquoi le très sérieux quotidien de Big Apple lui aurait-il consacré sa Une ?

Souvenons-nous de nos cours de géographie de CM2. La mortalité infantile, qui mesure le nombre d’enfants décédés durant leur première année de vie (en pour mille), est l’indicateur clé du niveau de développement d’un pays (accompagné du PIB par habitant pour le niveau de développement économique).

Dans nos grandes nations occidentales, ce taux a connu une décroissance continue au cours du XXe siècle, illustrant la progression combinée des découvertes médicales, du système de santé et de l’hygiène de vie. L’inversion de la courbe est donc d’autant plus inquiétante au pays de l’oncle Sam, première puissance économique mondiale, porte drapeau de la médecine moderne, mais aussi empire consacré de la folie alimentaire moderne.

L’autre fait marquant est que cette fois, le coupable est identifié. Même si les médecins du Mississipi, prudents, disent encore devoir chercher les causes exactes et certaines de cette augmentation soudaine, ils reconnaissent que « les mamans ne sont plus en aussi bonne santé qu’auparavant », exposant de ce fait leurs nourrissons à des risques sanitaires accrus dans les premiers mois pendant lesquels la vie est encore fragile. L’un d’eux ajoute concernant ces chiffres « je pense que l’augmentation est certaine, et cela va empirer ». Et de dénoncer comme responsable de façon formelle l’obésité et ses complications.

L’épidémie d’obésité est un fait établi. Oui, car aussi ironique que cela puisse paraître, depuis 1998, l’obésité est officiellement considérée comme une épidémie mondiale [2]. Aux États-Unis direz vous ? Facile de pointer d’un index accusateur et potelé le temple du « burger-frites-sodaburger-frites-soda », mais sachez qu’aucun pays n’est épargné.

En France, la toute récente enquête ObEpi-Roche 2006 [3] a montré une nouvelle augmentation de l’obésité de près de 10% en trois ans, pour atteindre 12,4% de la population, soit près de 6 millions de personnes obèses. Du haut de nos certitudes séculaires d’exception culinaire, nous ne voulons pas voir qu’au rythme annuel de 5% d’augmentation, le nombre d’obèses a doublé en France depuis 10 ans. Même la Chine, à peine ouverte et déjà initiée à nos pratiques alimentaires iniques, compte aujourd’hui 10 millions d’enfants obèses contre seulement 4 millions en 2000 [4].

La dérive de notre alimentation a des conséquences catastrophiques en matière de santé publique, mais on peine à reconnaître l’ampleur du phénomène, à désigner les coupables, et donc à prendre les mesures appropriées. Il est tellement plus facile d’en appeler à la responsabilité individuelle qui ne contraint précisément personne à une attitude responsable. Quand la liberté individuelle est contraire à l’intérêt collectif.

Ce que l’ont peut prédire à coup sûr, c’est que l’obésité et ses « sous-munitions » (syndrome métabolique, diabète, hypertension) seront à moyen terme la cause, comme disait Brassens, de la plus belle hécatombe de tous les temps.

On s’était habitué à l’augmentation régulière des maladies cardio-vasculaires, déjà couronnées tueuses n°1 des pays industrialisés. On avait presque digéré la perspective peu réjouissante d’une possible baisse de notre espérance de vie au cours du XXIe siècle, telle qu’envisagée dans un article récent du très prestigieux New England Journal of Medecine [5]. Là aussi à cause de l’obésité et de ses conséquences.
Mais que penser enfin d’une société qui, non contente de se mettre en péril, ne sait même plus faire l’effort de protéger ses bébés ? C’est difficile à admettre, mais cela ressemble fort à de l’auto destruction.

Pas si surprenant finalement que cette information nous vienne d’un pays où 5% des enfants de 3 ans sont obèses et où 190 000 d’entre eux pèsent plus de 20 kilos. Logique aussi, peut être, quand on sait à quel point les femmes sont vulnérables. A poids égal, une femme obèse a deux fois plus de chances qu’un homme de développer un diabète de type 2 [4].

Bien entendu, derrière la conséquence, avant même la cause, il y a des inégalités intolérables. Comme toujours, ce sont les milieux socialement défavorisés qui sont les plus touchés, là où les comportements alimentaires sont les plus subis, et l’accès aux soins le moins aisé. Mais cela ne fait que qualifier le problème sans y apporter de réponse. Il reste toujours à s’attaquer sérieusement a ses racines. Car quoi qu’on en dise, ces mêmes populations mangeaient autre chose, sinon autrement, il y a vingt ou trente ans. Et s’en portaient bigrement mieux.

L’inventaire critique de nos habitudes alimentaires est une autre histoire, mais il faudra le faire, et le plus tôt sera le mieux. Pourquoi ne pas prendre exemple sur le tabac pour diminuer un peu notre temps de réaction face à ces fléaux ?

Il y a gros à gagner à s’occuper un peu de ce que nous mangeons. Rien n’a une influence aussi déterminante sur notre santé. C’est un rituel quotidien qui devrait d’abord être synonyme de plaisir et de convivialité. Ne faudrait-il pas par principe se sentir mieux après un repas ? Au lieu de cela, et c’est regrettable, la soupe que nous sert l’information a plutôt tendance à nous donner la nausée.

[1] :http://www.nytimes.com
[2] : Obesity : preventing and managing the global Epidemic, OMS, Genève, 1998.
[3] : http://www.lesechos.fr/medias/2006/0919//300098332.pdf
[4] : Toxic, William Reymond, Flammarion 2007 (
www.toxicfood.org)
[5] : A Potential Decline in Life ExpectancyExpectancy in the United States in the 21st Century, OlshanskyOlshansky, Passaro et al., N Engl J Med, March 2005, 352 ;11

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25 votes

commentaires
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par bubulle (IP:xxx.xx7.105.24) le 25 avril 2007 à 18H42

Merci pour cet article ! Espérons une prise de conciensce rapide. Quand on voit tous les produits transformés, retransformés, plein de je-ne-sais-quoi dans les rayons des supermarchés (en tout cas ici au Québec), on comprend pourquoi ceux qui ne sont pas habitués à ’manger simple’ et ’cuisiner eux-mêmes’ ont du mal à sortir de l’engrenage de la mal-bouffe. Il y a pourtant tellement de bonnes choses à manger, saines et simples ! :-))

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par Hub55 (IP:xxx.xx0.103.69) le 25 avril 2007 à 20H58

Si l’article est pertinent dans sa globalité, je n’arrive pas à coller l’augmentation de la mortalité infantile qui apparait sur la carte avec l’épidémie d’obésité. Je ne remet rien en cause seulement qu’il me semble qu’avant un an un enfant n’est pas diversifié au point de se nourrir de sodas, fast food and co et de zapper devant la tv. Les causes de cette surmortalité infantile pourraient être ailleurs (suivi médical, couverture sociale ?)

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par bubulle (IP:xxx.xx7.105.24) le 25 avril 2007 à 22H26

D’après ce que j’ai compris, la mortalité infantile a augmenté à cause de l’état de santé des parents, à savoir ici l’obésité de la mère, la mal-bouffe, les soins etc. On peut imaginer que 1) si la mère allaite et qu’elle s’alimente mal, ce qui va à son enfant n’est pas très bon non plus... 2) si elle n’allaite pas, peut-être que ce qu’elle donne à son enfant n’est pas non plus de bonne qualité (mal-bouffe, pb de couverture sociale vu que cela touche les plus démunis, etc.).

Je pense donc que c’est l’environnement global qui va avec les pb d’obésité qui sont en cause.

Enfin, j’imagine que c’est de cet ordre là :/

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par simon ferniot (IP:xxx.xx7.60.115) le 26 avril 2007 à 09H55

Merci pour vos commentaires, voici quelques précisions. C’est bien l’état de santé des mamans qui est en cause, mettant à risque les nouveaux nés. les médecins expliquent dans l’article que l’obèsité diminue par exemple la fiabilité des examens prénataux, que les enfants sont souvent plus fragiles à la naissance, moins bien alimentés pendant la grossesse. Par ailleurs, et c’est exact, cela est accentué par le milieu social, la difficulté à accéder aux soins de qualité ou à intégrer le programme Medicaid. Mais les inégalités sociales, même si scandaleuses, ne sont pas nouvelles. La mise en cause de l’obésité comme facteur agravant majeur, si.


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