Le principe de précaution, si cher à bon nombre d’opposants aux OGM, inscrit dans la Constitution française, ne devrait-il pas s’appliquer au secteur des nanotechnologies ? C’est du moins l’impression que l’on ressent à la lecture du dernier rapport de l’INRS, consacré au sujet "Les nanoparticules : un enjeu majeur pour la santé au travail ?".
On ne les sent pas, on ne les voit pas, mais qu’est-ce qu’on en utilise ! Les quoi ? Les nanoparticules…
Crèmes antirides, pneus, microprocesseurs, MP3, peintures de carrosseries, raquettes de tennis, … Je vous invite à aller visiter le site Nanoshop où plus de 400 nanoproduits sont disponibles à l’usage des industriels. On trouve de tout, des pièces pour microinformatique à de l’outillage médical en passant par des huiles qui diminuent la cholestérolémie ou des textiles antibactériens. Mais cet inventaire à la Prévert ne doit pas faire oublier que "l’on sait et connaît peu de choses sur les nanoparticules, mais suffisamment pour préconiser l’application du principe de précaution" insiste Benoit Hervé-Bazin, chargé de mission et coordinateur de l’étude de l’INRS. Cette simple conclusion rejoint celles de plusieurs autres études issues de différents pays tout aussi avancé en matière de nanotechnologie que la France, si ce n’est plus.
Mais les silences industriels, y compris français, ne peuvent plus être acceptés ni acceptables.
Aux différentes enquêtes officielles, les entreprises françaises présentent un mur de silence en arguant le secret industriel. Ce comportement explique qu’aujourd’hui les autorités administratives ne disposent d’aucun registre des entreprises françaises utilisant des nanotechnologies, alors que si l’on consulte le site américain www. nanotechproject.org il apparaît 16 produits français qui intègrent des nanoparticules, principalement en cosmétologie et utilisés par des firmes du secteur du luxe.
C’est que les nanotechnologies et leurs nanoparticules ne sont pas sans effets nocifs sur la santé humaine. On sait que les nanoparticules ont une prédisposition particulière à pénétrer facilement les poumons et même qu’elles peuvent passer dans le cerveau, via le nerf olfactif. Bien entendu, les différentes études de toxicité menées dans différentes pays montrent qu’il existe des différences de toxicité et de dangers en fonction des types de molécules et de particules, mais toutes concordent vers un point : il est urgent de dresser un bilan des nanoparticules existantes et actuellement intégrées dans les produits. Une urgence d’autant plus grande que lors de la publication de la circulaire européenne REACH, qui recense et reclasse les produits chimiques, Bruxelles a refusé d’y intégré et adjoindre les nanoparticules.
Face à cette absence de communication, face aux dangers potentiels que les nanotechnologies et leurs nanoparticules peuvent faire peser sur les Hommes, le Comité de prévention et de précaution du Ministère de l’Écologie et du développement durable (si, si, ce comité existe bel et bien…) a pointé du doigt ce secteur, et ce depuis longtemps. Dans un rapport, ne préconisait-il pas "une traçabilité des produits susceptibles de disperser des nanoparticules, à toutes les étapes de la fabrication, de la mise en œuvre industrielle, de l’usage ou de la consommation, et du recyclage". Quant au groupe 3 du Grenelle de l’Environnement qui est en charge des questions des OGM, il ne consacre que quelques maigres lignes à ce sujet "le collège des OGM propose d’en interdire toute commercialisation dans les applications alimentaires, les produits d’hygiène corporelle, produits cosmétiques et vestimentaires. Le collège des employeurs préfère une approche au cas par cas".
Il est vrai que ce secteur industriel promet d’engranger, à terme, de substantiels bénéfices et une croissance démesurée : en 2008, on estime à 700 milliards d’euros les revenus industriels issus des nanotechnologies et à 1 000 milliards d’euros en 2010 ; sans compter les emplois qui sont estimés, eux, à plus de 2 millions !
Devant de tels chiffres, il est impossible que les industriels continuent à jouer "la grande muette" et le principe de précaution doit systématiquement s’appliquer ainsi que celui de la transparence, surtout si l’on ne souhaite pas se retrouver dans quelques dizaine d’années avec des procès comme pour l’amiante…
Comme quoi, l’histoire – même industrielle, même de santé publique – ne semble servir à rien, même pas à dire "plus jamais ça !".
Jeff a tout à fait raison.
Les investissements dans les nanotechnologies sont déjà colossaux et on attend des bouleversements technologiques dans des domaines aussi différents que l’électronique, l’énergie, la santé, les armes, et même l’agriculture !
Des milliers de brevets sont déjà déposés et quelques firmes cherchent déjà à contrôler et monopoliser les développements futurs de ces technologies et les bénéfices escomptés.
La convergence des sciences cognitives, des biotechnologies et des nanotechnologies fait craindre aussi des débordements qui porteraient atteinte aux libertés individuelles.
Des centaines de produits commerciaux utilisent déjà des nanoproduits par contre, comme pour les OGM, les études de risques ne suivent pas au même rythme. Les quelques rares études menées montrent pourtant que certaines de ces structures nanométriques peuvent avoir des effets très nocifs sur le cerveau ou le foie.
Les citoyens doivent être informés, protégés et c’est à eux de décider du bien fondé de tel ou tel développement technologique.
Voici deux liens qui donnent quelques infos sur les nanoproduits dans les cosmétiques et les aliments et le troisième lien vers une introduction aux nanotechnologies par le groupe canadien ETC qui les suit de près.
"Les ingrédients nanotechnologiques dans les produits de beauté posent de gros risques pour la santé" : http://www.amisdelaterre.org/Les-in...
"Après les OGM, les nanotechnologies rentrent dans les produits alimentaires" : http://www.amisdelaterre.org/Apres-...
"Nanotechnologies : guide d’introduction par ETC Group" http://www.amisdelaterre.org/Nanote...
Bonne lecture
MH
"Crèmes antirides, pneus, microprocesseurs, MP3, peintures de carrosseries, raquettes de tennis, ..."
N’y a-t-il pas des priorités ? D’abord ce qui est en contact direct avec le corps (crèmes), ensuite ce qui peut provoquer des éclats (pneus, raquettes) ou des ondes (?) (microprocesseurs, baladeurs MP3)...
Le principe de transparence est effectivement essentiel.
Am.
Le principe de précuation, comme le dit Claude Allègre et comme le confirme Jacques Attali n’est qu’un "piège à con" (sic).
"On sait que les nanoparticules ont une prédisposition particulière à pénétrer facilement les poumons et même qu’elles peuvent passer dans le cerveau, via le nerf olfactif."
Des sources seraient bienvenues :-)
Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur : http://www.inrs.fr/
Ci-joint une bibliographie documentaire de INRS : « Nanomonde : la nouvelle frontière de la prévention ». Réalité Prévention, n° 9, octobre 2005, 8 p. (format pdf)
BRASSEUR G., WITSCHGER O., DELMOTTE H. « Dossier. Le nanodéveloppement sous surveillance », Travail et Sécurité, n° 652, juin 2005, 10 p. (format pdf)
HERVE-BAZIN B. « Valeurs limites poussières totales et alvéolaires : nécessité d’une ré-évaluation » PR 16. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, n° 198, 2005, 10 p. (format pdf)
WITSCHGER O., FABRIES J.-F. « Particules ultra-fines et santé au travail. 1-Caractéristiques et effets potentiels sur la santé ». ND 2227. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, n° 199, 2005 (format pdf)
WITSCHGER O., FABRIES J.-F. « Particules ultra-fines et santé au travail. 2-Sources et caractérisation de l’émission ». ND 2228. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, n° 199, 2005 (format pdf)
HERVE-BAZIN B. « De la nécessité de faire le point sur les dangers des particules ultra-fines », PR 15. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, n° 197, 2004 (format pdf)
Autres références
« Les effets à la santé reliés aux nanoparticules ». Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRRST / Québec / Canada), 2006, 55 p. (fichier pdf) http://www.irsst.qc.ca/files/docume...
« Les nanoparticules - Connaissances actuelles sur les risques et les mesures de prévention en santé et en sécurité du travail ». Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRRST / Québec / Canada), 2006, 90 p. (fichier pdf) http://www.irsst.qc.ca/files/docume...
« Nanotechnologies – Nanoparticules : quels dangers, quels risques ? ». Ministère de l’Ecologie et du Développement durable, Comité de la prévention et de la précaution, 2006, 64 p. (fichier pdf) http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf...
« Les nanomatériaux. Effets sur la santé de l’homme et sur l’environnement ». Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFFSET), 2006, 253 p. (fichier pdf) http://www.afsset.fr/upload/bibliot...
HASSAN E., SHEEHAN J. « Les nanotechnologies changent d’échelle ». L’Observateur OCDE, 2003 http://www.observateurocde.org/news...
« Nanotechnologies et santé ». Dossier SagaScience. Centre national de recherche scientifique (CNRS) http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosnano/
Bonjour,
Merci de cet article. Il faut en effet faire du bruit sur ce sujet qui a du mal à parvenir jusqu’aux oreilles du grand public. Et quand bien même il y parviendrait, que peut-on faire contre les lacunes de la réglementation face aux caractères inédits des nano-objets ? Que penseriez-vous d’une extension aux nanoproduits du concept d’AMM (autorisation de mise sur le marché) pratiquée dans l’industrie pharmaceutique, comme proposé dans le lien ci-dessous ? http://www.sciences-et-democratie.n...











