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Le bonheur est dans le groupe

Article publié le 9 mai 2007

Le bonheur est dans le groupe

Je découvre un peu tardivement un dossier que m’a transmis la formatrice avec laquelle j’avais discuté, notamment de la non directivité, il y a quelques temps. Ce dossier contient plusieurs articles, dont le premier notamment me semble particulièrement intéressant. Il relève en effet, au terme d’une étude très sérieuse qui puise ses informations dans des données scientifiques, psychologiques et sociologiques bien étayées, quelques fondements majeurs sur lesquels s’appuyer pour construire son propre bonheur.

Il rapporte notamment de façon consolidée les résultats de plusieurs études sur la « life satisfaction », qui en gros fournissent une réponse statistique sur le sentiment de satisfaction qu’ont les personnes interrogées sur leur vie, et qui indiquent quels sont les éléments en corrélations avec leur bien-être.

On y découvre que des éléments comme le niveau d’éducation, ou encore le climat, ne présentent aucune corrélation avec la satisfaction des personnes. Concernant le climat, cela va sans doute à l’encontre d’une idée reçue qui veut que l’on soit plus heureux sous le soleil. La question du niveau d’éducation est un peu plus subtile puisque celui-ci a des conséquences sur plusieurs aspects de la vie, comme notamment la faculté à trouver un travail. Or, on remarque chez les chômeurs un niveau de bien-être inférieur à celui des autres. On pourrait donc s’attendre à une certaine corrélation entre niveau d’éducation et satisfaction de vie. Il semble que non.

D’autres éléments, comme le niveau de richesse ou la religion montrent eux une certaine corrélation avec le bonheur, mais celle-ci est faible. Concernant la richesse toutefois, et cela ne surprendra guère, la corrélation est plus importante chez les populations qui ne parviennent pas ou mal à répondre à leurs besoins de base. Mais globalement, les études indiquent que l’augmentation de niveau de vie se corrèle assez peu à l’augmentation du bien-être.

Ce point notamment a semble-t-il fait l’objet de plusieurs analyses économiques, qui ont montré que l’augmentation du niveau de vie d’un pays est très peu corrélé au bonheur de sa population. En effet, alors que le niveau de vie et de richesse des pays dits développés est aujourd’hui très largement supérieur à ce qu’il était il y a 50 ans, le niveau de bien-être des personnes ne suit pas. C’est ce qu’on appelle le paradoxe d’Easterlin, du nom d’un économiste américain qui étudia notamment le cas du Japon de 1958 à 1987 et qui a constaté qu’alors que le taux d’équipement des ménage augmentait de façon très forte, le bien-être subjectif ne bougeait pas.

Le dossier rapporte un intéressant débat d’économistes sur ce point, les uns évoquant ce qu’ils appellent un « hedonic threadmill » c’est-à-dire pour faire vite que les personnes s’adaptent à leur nouvelle situation et, après un événement très heureux ou très malheureux, retrouvent par ce comportement d’adaptation à leur nouvelle condition un état de neutralité. Les autres critiquent cette vision de neutralité et parlent plus de « set point » ou point de réglage, propre à chaque individu, et qui n’annule pas le gain ou la perte enregistrée précédemment.

Mais le plus intéressant évidemment, est de découvrir quels éléments sont eux corrélés de façon importante avec le bonheur. Et là, le diagnostic est aussi limpide qu’attendu pour ma part : les personnes les plus heureuses sont celles qui ont une vie sociale riche, des liens nombreux et forts avec les autres. L’article le dit mieux que moi :

« Parmi tous les facteurs qui contribuent au bien-être, le plus déterminant est celui de la richesse de la vie sociale. Dans toutes les enquêtes sur le bien-être, ce sont les personnes ou les sociétés qui privilégient les relations sociales plutôt que les biens matériels qui ont les meilleurs scores de satisfaction de vie. »

L’article relève également une enquête lors de laquelle on demande aux personnes de produire un relevé des étapes de leur quotidien et d’indiquer pour chacune si elle est satisfaisante ou pas. On y observe que ce sont tous les événements liés à la vie sociale qui reçoivent les plus hauts score de satisfaction.

Cela fait déjà longtemps que je rappelle ce point sur ce blog : l’importance du lien social dans notre construction personnelle. Les gens qui vivent dans des familles nombreuses unies savent bien le bonheur qu’elles ont aux retrouvailles familiales, et les jeunes lorsqu’ils évoquent leurs meilleurs moments évoquent toujours les vacances passées avec leurs amis, les fêtes qu’ils ont organisées ensemble, etc.

Le lien social, le lien social. Encore et toujours. Une société heureuse est une société qui favorise le lien social. Tout ce qui contribue à le détériorer est à éviter, autant que possible. Plus que de savoir si son pays est premier, dixième ou trentième de je ne sais quel classement économique, il faut se demander d’abord ce qu’il met en place pour construire et renforcer ce lien social.

Dossier paru dans le n° 171 du magasine Sciences Humaines, en mai 2006

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