Article publié le 29 décembre 2008
Jusqu’ici, lorsque quelque chose nous déplait, la méthode restait la
destruction totale. Notre espèce a tendance à la disproportion et
préfèrerait employer une bonne vielle bombe pour atomiser un trou de
rat plutôt que de se contenter d’éliminer les seuls rats en question.
Cette analogie malheureuse n’est pas exagérée lorsqu’on pense à la
lutte contre les ravageurs de cultures et plus encore contre les
vecteurs de maladie. Par exemple la lutte contre les nombreuses
maladies transmises par les moustiques a suscité des destructions
d’écosystèmes entiers avec l’empoisonnement des sources d’eau tuant
sans distinction tous les insectes et autres espèces sensibles aux
poisons répandus.
Une nouvelle technique en cours de déploiement devrait limiter les dégâts : le mâle stérile.
Les laboratoires de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA)
utilisent des spécimens pour tester la technique de l’insecte stérile
(TIS), déjà pratiquée depuis une trentaine d’années sur la mouche à
fruits. Appliquée aux populations d’anophèles du Soudan et d’aèdes de
La Réunion, elle a pour but d’éradiquer les vecteurs du paludisme et du
chikungunya.
Son principe est d’une extrême simplicité : lâchés en masse, les mâles
stériles ont pour mission de circonvenir les femelles locales. Leur
accouplement n’engendrant aucune descendance, à l’issue d’opérations
répétées, la population disparaît par extinction naturelle.
La technique est d’une plus grande complexité, puisqu’il faut d’abord
isoler les mâles - pas question de lâcher des femelles, responsables de
la propagation des virus -, puis les stériliser. Dans les deux cas, on
procède par irradiation, en recourant à l’usage du cobalt 60 ou bien
des rayons X.
Si cette technique est un mieux incontestable par rapport au bon vieux
DDT, on peut toutefois s’interroger sur la pertinence de l’organisation
de la disparition d’une espèce dont la niche écologique et la fonction
dans l’écosystème doivent bien être assumées. Aussi je ne vois aucune
étude ou information sur les conséquences éco systémiques de ces
disparitions. Quid de l’alimentation des insectivores par exemple ?
L’île de La Réunion, présente, par son isolement géographique, des
conditions d’expérimentation idéales pour l’application de la TIS.
Heureusement pour cette île dont la biodiversité est phénoménale.
L’AIEA et l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont signé
un accord de coopération le 30 septembre. Il prévoit d’associer
l’expertise des entomologistes de l’institut français, qui étudient
depuis, plusieurs années, les populations d’Aedes albopictus, vecteurs
du chikungunya et de la dengue, et d’Anopheles arabiensis, propagateurs
du paludisme, aux techniques de séparation des sexes et de
stérilisation développées par l’AIEA.
photographie : Olivier Martin Delange
En attendant, c’est l’homme qui est menacé de stérilité par les pesticides qu’il absorbe de gré ou de force. Et à terme, l’humanité ?
JL
Quels sont les dégâts collatéraux cachés ? (éventuels ?)
Il y a plusieurs années, une invasion de "white flies" ( Dialeurodes citri ) s’est produite dans les vergers de pamplemousses de Californie et de Floride. Le gouverneur de Californie, écolo pur et dur, avait refusé tout net de recourir aux moyens habituels de lutte, à savoir des pulvérisations de malathion, préférant la lutte "biologique", c’est à dire le recours à la technique des mâles stériles. Sauf que pour une raison "technique", cette approche a abouti à des résultats complètement opposés aux espérances. En effet, l’invasion a cru et embelli au point de rendre toute la récolte impropre à la commercialisation, les autres états refusant, avec l’accord du gouvernement fédéral, "d’importer" les agrumes contaminés, d’où une perte énorme pour l’économie californienne. Pendant, ce temps, la Floride ayant appliqué la bonne vieille méthode ayant fait ses preuves, a sauvé sa récolte et récupéré le marché de tous les états plus de gros marchés étrangers... Une enquête a été menée pour savoir d’où venait le flop biolo-écolo californien. On s’est rapidement aperçu qu’il restait dans les lots de mâles de white flies irradiés/stérilisés, quelques pourcents d’individus ayant passé à travers du processus et ayant par conséquent conservé toute leur vigueur... à la grande joie des femelles Dialeurodes citri ..... Les producteurs d’agrumes californiens ayant porté plainte contre l’état de Californie pour faire valoir leur préjudice ont gagné et c’est le gouverneur qui a été reconnu responsable par négligence pour ne pas avoir fait appliquer une technique sûre au profit d’une méthode "aléatoire" et l’état donc le contribuable californien a remboursé les producteurs de leur manque à gagner (je ne vous dis pas le paquet de millions de dollars)... Cette décision a coûté au gouverneur son job lors des élections suivantes où il était candidat à son renouvellement.....
Ah !! La bonne mère nature a toujours plus d’un tour dans son sac.....
L’auteur parle dans le même paragraphe de "technique nouvelle" [des mâles stériles] tout en disant qu’elle a été "pratiquée depuis 30 ans", ce qui prête à confusion.
En effet, la technique est tout sauf nouvelle. Elle a par exemple été utilisée avec succès pour éradiquer Cochliomyia hominivorax, un ver parasite carnivore, véritable fléau qui causaient d’atroces souffrances aux hommes et aux animaux en Amérique du Nord. Et c’était dans les années... 50 !
Ce qui est nouveau (les premières résultats en laboratoire datent du début 2000), c’est la technique des moustiques modifiés génétiquement. Plusieurs pistes existent, par exemple l’intégration du gène LA513. Ce gène rend les moustiques viables seulement en présence de tétracycline (un antibiotique courant), donc permet de les multiplier en laboratoire. Les moustiques ayant LA513 dans leur ADN meurent au bout d’une génération quand ils sont relâchés dans la nature (où la tétracycline est absente). Le gène LA513 étant dominant, les moustiques naturels ayant croisé avec les MGM (moustiques génétiquement modifiés) meurent également ce qui réduit rapidement la population de moustiques.
Au début de cette année, la Malaisie a démarré une campagne de lâcher d’anophèles GM pour combattre le parasite de la dengue, après énormément d’opposition de la part des anti-OGM d’ailleurs.
Pour illustrer par une image, l’éradication par la vaporisation d’insecticides, c’est le bulldozer, par les moustiques stérilisés par irradiation (technique en question dans l’article), c’est la massue, par les moustiques GM, c’est le scalpel. Pour l’instant, le scalpel coûte bien plus cher que le bulldozer et on ne sait pas encore si ça coupe bien. Mais vu l’enjeu en terme de vies humaines chaque année, le gouvernement malaisien a franchi le pas.
Au passage, précisons pour ceux qui s’inquiètent pour la survie des moustiques que ceux-ci sont tout sauf des espèces menacées. On a éradiqué la malaria en Europe seulement dans les années 60 en pulvérisant massivement le DDT et pourtant, aucune espèce d’insecte n’a disparu. Si les moustiques ne pullulent pas dans nos régions au point de devenir une menace pour la santé humaine (le cas du Chik à la Réunion est un contre-exemple parfait), c’est bien parce qu’on continue chaque année d’utiliser massivement des anti-moustiques.
Il ne faut pas se fier à leur petite taille, ces animaux sont parmi les plus résistants et adaptables. Parmi les quelques 800 espèces (plantes+animaux) éteintes depuis qu’on a commencé le recensement des extinctions modernes il y a plus de 500 ans, le nombre d’insectes disparus s’élève à moins de 20 et il n’y a aucune extinction de moustique !
Oui, mais les listes d’espèces disparues sont tout sauf exhaustive !
On considère qu’entre 75 et 90% des espèces animales existantes n’ont pas été recensées, et ce sont les insectes et la microfaune qui constitueraient le gros des espèces non recensées !
A partir de là, il est très périlleux d’affirmer qu’aucune espèce d’insecte n’aurait disparu de la main de l’homme...
@sobriquet
En effet, pour préciser ma pensée, je parlais "d’aucun insecte recensé disparu à cause du DDT". Ce serait vain de parler de disparition d’espèces non-recensées car chacun pourrait avancer les chiffres qu’il veut sur ce sujet, ce serait impossible à réfuter.
A mon avis, vouloir prendre des précautions pour préserver des espèces qu’on n’a pas encore recensées est un argument excessif et donc peu crédible. Tout comme celui de s’interroger sur l’éradication d’une espèce qui cause encore trop de souffrance inutiles et évitables pour l’homme. Je suis conscient que certains courants de pensée écologiste mettent toutes les espèces au même rang, l’Homme y compris (par exemple John Davis, du mouvement Earth First considère que l’éradication de la variole a été une erreur et Alexander King, fondateur malthusien du Club de Rome reproche au DDT d’avoir été trop efficace contre la malaria !). C’est sans doute même "in" dans certains cercles (que j’ai le déplaisir de fréquenter de temps à autre de part mon métier) de prétendre que l’Homme n’a pas plus de valeur que n’importe quelle espèce de moustique. Mais je suis de plus en plus convaincu que la défense de la biodiversité se passerait bien d’un tel romantisme qui ne fait que discréditer un combat nécessaire.
"Tout ce qui est excessif est insignifiant", Talleyrand
Je n’ai pas pour l’instant d’avis clair concernant une éventuelle préservation d’espèces nuisibles. Oui,c’est peut-être excessif, il faut voir les modalité de la préservation...
Mais je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous dites que vouloir préserver des espèces non recensées est excessif. Je considère les choses dans un cadre plus large : L’analyse scientifique a enrichi notre connaissance de notre monde d’une manière fabuleuse et nous a apporté de nombreux bénéfices. Si bien que parfois, certain en viennent à confondre le monde connu et analysé avec le monde réel. La recherche et la documentation de nouvelles espèces participe de cette démarche analytique.
La découverte de la philosophie de Mansanobu Fukuoka et un certain intérêt porté à l’étude de la formalisation des complexes biologiques m’ont amené à réviser lourdement mon point de vue sur la chose. Rassurez vous, je ne suis pas du tout branché ésotérisme ! Je crois juste qu’il faut revoir très fortement à la baisse nos espoirs concernant l’analysabilité des systèmes biologiques, et que cela nous oblige à beaucoup de réserve dans nos interactions avec l’environnement.
Je m’explique : un système ne peut donner de bons espoirs d’analysabilité (c’est à dire : d’être bien étudié par l’analyse) que si le nombre d’interactions entre ses éléments est du même ordre de grandeur que le nombre d’éléments (représentez-vous cela sous forme de graphe). Si c’est le cas, l’analyse fournira une documentation de taille raisonnable. Mais si le nombre d’interactions est significativement plus élevé que le nombre d’éléments, la documentation sera elle aussi d’une taille significativement plus élevée, et une étude exhaustive risque donc d’être longue et coûteuse.
Dans le cas des systèmes biologiques, le nombre d’interaction est susceptible de croître de manière exponentielle avec le nombre d’éléments ! On analyse couramment les interactions entre 4, 5 éléments d’un système pris isolément. Si l’on prend le cas des huile essentielles, il faudrait étudier les interactions entre 7, 8 éléments. A l’heure actuelle, cela est difficile, et leur fonctionnement dans l’organisme est mal connu. La bio-informatique n’y changera pas grand chose. Dans le cas de systèmes plus complexes, il faudrait prendre en compte plusieurs centaines d’éléments. Sans même parler d’écosystèmes !
Il me semble donc vain d’espérer comprendre le monde biologique de manière analytique. Adieu nomenclatures, encyclopédies, microscopes ! Cela ne les empêchera pas néanmoins de continuer à nous rendre de fiers services.
Je crois qu’il nous faudrait donc effectuer un changement complet de paradigme concernant la portée de la biologie et ses applications pratiques. Certaines approches, que l’on qualifie parfois d’"holistiques", me semblent bien plus pertinentes dans certains cas, même si elles ne sont pas toujours dénuées d’idéologie ou de religion.
Et voilà, j’ai encore fait un commentaire à rallonge ! Désolé, mais j’avais besoin de ça pour essayer de vous faire comprendre que, selon moi, dans les systèmes biologiques, ce que l’on connaît (comme le espèces) doit davantage être considéré comme l’exception que comme la règle, et que cela devrait suffire pour nous imposer la plus grande modération dans les moyens employés pour peser sur l’environnement.
Cordialement,
allez expliquer ça aux scientifiques c’est bien là le plus gros probléme .Cela plus le manque de respect que nous portons a notre environnement naturel et on obtient le résultat actuel !












