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La proximité : (ré)apprendre à toucher

Article publié le 8 juin 2007

La proximité : (ré)apprendre à toucher

Il y a quelques années déjà, j’avais lu une série de petits articles que j’avais bien aimé sur le site Internet du magasine Psychologies. Elle avait été conçue sur tout le mois de janvier, et constituait un petit vade mecum pour construire le changement dans nos comportements. Chaque jour une nouvelle idée était avancée, avec souvent un petit exercice concret à la clé pour la mettre en pratique. Je me souviens que j’avais alors enregistré l’intégralité des articles sur mon disque dur afin de les retrouver plus tard, lorsque j’en aurai envie.

Parmi les idées proposées, la première m’avait beaucoup plût, autant d’ailleurs qu’elle m’avait gêné au premier abord. Il s’agissait de toucher trois personnes dans la même journée. Sur le bras, l’épaule, dans le dos, ce qu’on voulait ; afin d’aborder les personnes de notre entourage quotidien d’une façon nouvelle, moins distante.

A première vue la chose semble un peu étrange, et difficile à réaliser, surtout pour les hommes. Etrange car c’est un mode d’approche personnelle qui me semble avoir été largement abandonné, les rapports interpersonnels s’en tenant de plus à plus à des comportements polis et distants. Difficile à réaliser du coup, car cela nous fait remettre en cause une habitude comportementale bien ancrée, qui veut que l’on ne touche pas les autres, tout contrevenant pouvant vite être assimilé à un drôle, surtout s’il est un homme et qu’il s’aventure à toucher un autre homme. N’est-ce pas ? Aaah, le sacro-saint besoin de montrer une image virile de soi… Un homme qui touche le bras d’un autre homme ? Mais que fait-il le bougre ? Voilà une autre revanche des femmes sur nos sociétés masculines. Bref.

J’avais fait l’exercice, comme cela était suggéré. Au travail j’avais saisi quelques occasions pour poser ma main sur le bras des personnes avec qui j’avais discuté, hommes ou femmes, ou sur leur épaule, voir dans le dos. Les femmes, comme je m’y attendais, ont immédiatement réagit positivement, sans exprimer cela à haute voix, mais plutôt par un large sourire. Les hommes furent un peu plus étonnés, et discrets dans leurs réactions, mais j’avais senti là aussi que d’une certaine façon, cette proximité leur plaisait aussi, dans la mesure où ils sentaient que cela provenait d’une démarche amicale.

Pour ceux qui ne se sentent pas le courage de faire cela, ils peuvent peut-être commencer par réfléchir à leur façon de dire bonjour le matin à leurs collègues. Font-ils la bise aux femmes ? Comment serrent-ils la main ? Sur ce dernier point, la façon de serrer la main aux personnes que l’on rencontre n’est pas tout à fait anodine. Une poignée de main franche et sincère donne de l’énergie à celui qui la reçoit. En général, c’est quelque chose que l’on apprécie pour soi-même. En revanche, quelqu’un qui donne des mains molles pompe l’énergie des autres, il prend sans donner. Et on a je crois tous un sentiment un peu désagréable lorsqu’on reçoit ce type de poignée de main.

Mais je trouve intéressant d’essayer d’aller au-delà de ces approches qui restent assez simples à réaliser. Le sens du toucher est un sens qu’on oublie un peu. Je crois, même si ce n’est là qu’une pure supposition sans vraiment d’informations objectives pour la fonder, que c’est en particulier vrai dans les milieux urbains, où l’on cherche plus à se recréer un espace vital mis en péril par le nombre de personnes autour de nous (c’est en particulier vrai dans le métro par exemple), qu’à entrer en contact avec les gens. Et ce réflexe s’étend à des situations où il n’est peut-être plus très adapté. Au final nous en devenons plus distants, moins chaleureux. Peut-être le toucher est-il un sens à redécouvrir ?

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commentaires
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par Marie (IP:xxx.xx4.66.159) le 11 juin 2007 à 01H01

Une des preuves visibles de la raréfaction du toucher dans notre société est la danse. La grande majorité des jeunes ne savent plus danser, ou quand ils se retrouvent sur une piste de danse ce ne sont que trémoussements en solo. Chacun pour soi dans son petit monde, personne ne se touche. Il n’y a plus que les générations précédentes qui sont encore capable de s’enlacer. Sauf dans quelques régions qui entretiennent encore leur patrimoine festif et humain, comme par exemple la Bretagne. Le Fest noz en est la preuve éclatante, cette "danse de la nuit" (ou du jour) qui réunit pendant des heures des centaines d’inconnus qui vont danser en rond, en duo ou en quartette, se tenant par la main ou le doigt, accrochés par le coude ou enlacés pour une scottish, toutes générations et toutes classes sociales confondues. Pendant des heures on va toucher l’autre en partageant le même bonheur, on va vibrer au ryhtme des musiciens en se cotoyant de très près, transpirant ensemble... Le toucher prend ici un sens très fort et naturel, sans méfiance ni pensée malsaine. C’est un des signes visibles de la société bretonne et de sa solidarité inter-générationnelle particulière, qu’on ne retrouve plus que dans de rares régions. Et si les bretons ont la réputation d’être accueillants et festifs, identitaires, ils aiment la danse et la musique, c’est qu’ils ont un autre sens des sens, et une autre façon de voir l’autre. De communiquer. Je pense que si dans les villes comme dans les campagnes on retrouvait le vrai sens de la fête ensemble, le sens du toucher retrouverait son chemin naturel qu’il n’aurait jamais dû perdre. Et on réapprendrait la communication.

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par Pikipoki (IP:xxx.xx5.24.250) le 16 juin 2007 à 13H25

Bonjour Marie,

J’aime beaucoup votre commentaire et l’observation que vous faites sur la danse. Merci.


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