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La légende des comportements : de l'innéité de l'agressivité et de l'agressivité prédatrice

Article publié le 25 avril 2007

La légende des comportements : de l'innéité de l'agressivité et de l'agressivité prédatrice

Pour entamer l’étude de l’agressivité, il me semble bon de tordre le cou à une idée qui reste trop répandue, et qui malheureusement conduit encore une grande part des réponses que les sociétés entendent donner à l’agressivité de certains de leurs citoyens : l’agressivité humaine n’a que peu à voir avec l’inné. Elle n’a rien de consubstantiel avec notre nature.

J’ai déjà indiqué dans mon introduction un élément qui permet de bien comprendre ce point. Je le reprends car il me semble important de bien l’intégrer : notre organisme est fondamentalement programmé pour sa propre survie, pour la conservation de son homéostasie, ou encore, pour reprendre l’expression chère à Freud, pour répondre autant qu’il le peut au principe de plaisir. Sa principale raison d’être, c’est de poursuivre dans son être, et ce que nous appelons convictions ou valeurs ne sont trop souvent que les modalités sucrées de notre prise de pouvoir sur les autres et sur notre environnement, afin de nous assurer l’accès aux gratifications qui nous permettent de répondre à ces besoins que nous avons.

Il en résulte que nos comportements, c’est-à-dire nos actions, ne sont rien d’autres que les réponses que nous apportons à ces besoins. Ils constituent les stratégies que nous mettons en œuvre pour nous assurer la possession, ou l’accès privilégié à nos gratifications, à nos objets de plaisir, à tout ce qui nous permet - eau, nourriture, partenaire sexuel, etc. – de nous sentir au sens propre du terme, comblés.

L’agressivité n’échappe nullement à cette analyse. Elle n’est pas un comportement à part, née d’elle-même pour aboutir à elle-même. Pas plus que le reste de nos comportements, elle n’est gratuite. Elle aussi est une réponse aux situations conjoncturelles dans lesquelles nous nous trouvons, réponse le plus souvent mise en œuvre « faute de mieux ». Comportement qui n’est qu’une réponse, avant peut-être, mais nous le verrons plus tard, d’être un appel.

Dés lors, on comprend sans mal que l’agressivité de l’homme a bien peu de chance de puiser ses causes dans l’inné. Car les besoins que nous avons, qu’en tout cas nous nous sentons avoir, n’ont eux que très peu de lien avec l’inné. Reprenez pour vous en convaincre la pyramide de Maslow, et demandez-vous dans les besoins qu’il identifie lesquels peuvent être liés à l’inné. Le besoin de reconnaissance ? Le besoin d’accomplissement ? Ceux-là sont très évidemment des besoins appris, hérités de notre environnement culturel, de l’histoire humaine dans laquelle nous nous inscrivons, mais en aucun cas ils ne résultent de quelque innéité que ce soit.

Mais vous avez sans doute le sourcil levé en songeant que la base de la pyramide de Maslow mentionne avant le reste, les besoins naturel, manger, boire, etc. et que ceux-ci sont probablement peu liés à la culture puisqu’ils sont à l’évidence présent chez chaque être vivant, qu’il soit grec, australien, loup, amibe, ou fougère. Vous avez raison sur ce point, ces besoins là, et l’agressivité qui peut en résulter pour y répondre à quelque chose à voir avec l’inné.

Oui mais voilà, cette agressivité, d’une certaine façon, n’en est pas une, ou pour être plus précis, elle n’a rien à voir avec l’agressivité comportementale telle qu’on la comprend généralement, celle qu’une société se donne pour but de juguler.

Il s’agit ici de l’agressivité prédatrice, celle notamment, qui donne au lion son repas de midi, par la mise à mort de la gracile antilope. Cette agressivité, si nous reprenons la définition que j’ai donné précédemment, porte bien son nom : elle détruit l’objet sur lequel elle se porte, et en ceci son action constitue bel et bien une agression. Mais ce qui ici est fondamentalement différent de l’agressivité humaine sur laquelle notre étude se penche, c’est que cette agressivité ne s’accompagne en rien d’affectivité. C’est une agressivité exercée en quelque sorte en tout oubli de l’objet sur lequel elle se porte, et en réponse pure au besoin du lion de se sustenter.

Je me souviens à cet égard d’un reportage télévisé, dont j’ai d’ailleurs déjà dû parer ici je ne sais plus quand, où l’on voyait lions, zèbres, zèbres et gazelles boire autour de la même mare, sans qu’aucun ne semble s’émouvoir de la présence de l’autre. Bien sûr les gazelles et les zèbres restaient sur leurs gardes, prêts à bondir au cas ou leur prédateur aurait retrouvé l’appétit, mais tout de même la scène était marquante, et tout à fait significative de ce que je souhaitais ici relever : l’agressivité de prédation n’est pas accompagnée d’affectivité, et lorsque la lionne abat ses crocs sur la gazelle, ce n’est pas après celle-ci qu’elle en veut réellement, pas plus que la ménagère n’en veut au bœuf lorsqu’elle va quérir chez le boucher ses entrecôtes.

On remarquera d’ailleurs que dans la très grande majorité des cas, cette agressivité est interspécifique, c’est-à-dire qu’un prédateur l’exerce toujours envers un individu d’une autre espèce que la sienne. Il n’attaque pas ses semblables. Il n’y a que pour conquérir une femelle que des animaux peuvent exercer une agressivité intra-spécifique. Hormis ce cas particulier sur lequel je reviendrai, il n’y a que chez l’homme que l’on trouve un exercice aussi répandu d’agressivité intra-spécifique. Ceci est dû en particulier à la façon dont nous construisons nos sociétés, dont nous nous assemblons, à ce besoin que nous manifestons si souvent d’être les individus dominants du groupe, et à l’usage malheureusement encore bien trop inconscient et mensonger que nous faisons du langage. Mais nous verrons tout cela une prochaine fois.

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