Article publié le 7 mai 2007
Dans cet article, on extrait, du « Psychology : Briefer Course » (1892, trad. 2003), de William James (1842-1910), quelques éléments de sa conception de l’estime de soi.
Le concept de soi accapare toujours la psychologie sociale et la psychologie de la personnalité. Pour s’en convaincre, il suffit de dresser un inventaire des études où le terme « concept de soi/ self-concept » paraît dans les titres. Dans la base de données PsycInfo par exemple, on répertorie 6897 titres à ce terme. Eric (Education Resources Information Center) quant à lui permet de repérer 2040 titres contenant le terme « self-concept ».
Plusieurs auteurs cependant confondent la définition du concept de soi avec celle de l’estime de soi. Alors que le concept de soi représente la description de soi (par ex., « Je suis diplomate »), l’estime de soi renvoie au critère évaluatif établi en fonction d’une norme idéale construite à l’aide de comparaisons avec les autres personnes (par ex. : « Je suis plus diplomate que la plupart des filles de ma classe »). Cette caractéristique évaluative a été utilisée et analysée pour la premier fois par le médecin, le psychologue et le philosophe émérite Williams James (1842-1910) dans son ouvrage Psychology Briefer Course (1892), traduit récemment en français, par Nathalie Ferron (2003).
William James, dans son chef-d’oeuvre, défini l’estime de soi en s’appuyant principalement sur la dynamique intrapsychique du sujet. Dans cette perspective, l’articulation entre le Moi actuel et les prétentions du sujet rempli une fonction indispensable.
L’estime de soi vue par William James (1842-1910)
Pour James, l’estime de soi est la conscience de la valeur du soi. Le poids de cette valeur repose sur l’importance que la personne accorde à ses différents types de Moi.
Les types de Moi
Selon l’auteur, une personne possède 3 types de Moi. Le premier, le plus marquant, est le Moi matériel ou physique. Il évoque le corps de la personne, les vêtements qui l’enveloppent, la famille (père, mère, frère, etc.) et les proches, la maison et d’autres biens matériels que la personne détient. Le deuxième type de Moi, est le Soi social. Il est le résultat de la considération reçue des autres personnes. D’après James, compte tenu que plusieurs personnes reconnaissent différemment un même individu, il n’y a pas qu’un seul Soi social, mais plusieurs Soi sociaux. Une personne a autant de Soi sociaux qu’il y a d’individus à le reconnaître et à se faire une opinion sur lui. Finalement, le troisième type de Moi avancé par James est le Moi spirituel ou le Moi mental. Il désigne l’ensemble de tous les états de conscience de l’individu, de ses tendances psychiques (dons ou aptitudes).
L’hiérarchie des Moi
En général, les divers types de Moi se classent le long d’une échelle hiérarchique dont le Moi physique, le plus fort, se situe au bas, les Soi sociaux, au centre, et le Moi spirituel, au haut de cette échelle. Selon James, la conscience s’attache d’abord au corps, ensuite aux autres personnes, et finalement aux facultés spirituelles.
James admet cependant qu’un individu est poussée d’instinct à opter pour un type de Moi, à l’exclusion des autres. Toutes les réalisations sont alors pour le Moi choisi, le Moi le plus fort, le plus vrai, et le plus profond. Par conséquent, les échecs à l’égard du Moi profond seront de vrais échecs et feront jaillir de vrais sentiments de honte. Au contraire, les réussites seront de réelles réussites qui provoqueront un vrai sentiment de fierté. C’est pourquoi, laisse entendre James, que la valeur du soi d’une personne résulte du rapport entre ses réussites et ses prétentions. Une personne s’estime exactement d’après ce qu’elle prétend être et prétend faire : elle prend ici pour mesure de sa valeur le rapport qu’il y a entre les résultats qu’elle obtient et ceux qu’elle pense pouvoir obtenir. Ce rapport lui donne une fraction dont ses ambitions expriment le dénominateur et ses succès le numérateur.
La formule de l’estime de soi
La formule que James propose pour définir l’estime de soi est la suivante :
Estime de soi = Réussites (réalisations) / Aspirations(prétentions)
James signale que la personne peut modifier le degré de son estime de soi en diminuant le dénominateur aussi bien qu’en augmentant le numérateur. En d’autres termes, une personne peut changer son degré d’estime de soi, en diminuant ses aspirations ou augmentant ses réussites. Cela signifie que plus les réussites d’une personne s’écartent de ses aspirations, plus son estime de soi est faible. A l’inverse, plus les réalisations d’un individu rejoignent ses ambitions, plus son estime de soi est forte.
Conclusion
Pour James, l’estime de soi est fondamentalement le produit d’une construction psychique. Dans sa définition, l’auteur privilégie surtout les processus internes du sujet. L’estime de soi selon l’approche de William James a cependant fait l’objet de nombreuses critiques. En autres, on lui reproche d’avoir négligé les éléments inter-sujets, les interactions sociales concrètes dans la conception de l’estime de soi. Pour les théoriciens contemporains, l’estime de soi est le résultat à la fois d’une construction psychique et d’une activité cognitive et sociale. Soulignons cependant que malgré l’évolution du développement théorique du concept d’estime de soi, le Précis de psychologie de Williams James se lit encore à l’époque actuelle avec agrément, bonheur et plaisir.
Auteure : Diane Lafond, Longueuil, Qc.
Références
William, James (1892). Psychology : Briefer Course. Havard University Press, Cambridge, MA, 1892 ; reprinted, with annotations (1984).
William, James (2003). Précis de psychologie, trad. Par Nathalie Ferron, éd. et prés. David Lapoujade. Paris : les Empêcheurs de penser en rond.
Thèmes
Bien-être Mieux-être Vie Développement personnel Estime de soi Homme Femme Réflexion Littérature Spiritualité
"Pour les théoriciens contemporains, l’estime de soi est le résultat à la fois d’une construction psychique et d’une activité cognitive et sociale."
Etonnant que les travaux de Freud, de Winnicot, de Ehrenberg plus récemment.., entre autres , ne soit pas évoqués ici.
Je ne comprends pas pourquoi cet article est classé dans Naturavox...
Il manque deux éléments dans votre descriptif :
1)celui qui lie l’estime de soi à celle des autres sur soi. les résultats sont d’abord jugés par les autres (proches ou instituions sociales : ex l’école,) et c’est en accord ou en discordance avec les jugements des autres que l’on peut apprécier positivement ou négativement ses résultats, mais même une discordance doit d’appuyer sur des valeurs susceptibles d’être reconnues par les autres et l’on peut toujours opérer une inversion des valeurs avec quelques succès si l’on peut se retrouver avec quelques autres dans ce renversement pour le valoriser et l’affirmer comme valorisant (cas du cancre, fier de l’être à l’école)
2) Les prétentions sont liées à une échelle des valeurs qui implique que ces valeurs sont reconnues comme, en droit et non pas en fait, devant valoir au moins pour plusieurs (donc générales), voire pour tous (universelles)..
Ainsi l’estime de soi met en scène en permanence nos relation aux autres dans notre désir de reconnaissance (Hegel) qui déborde le seul sentiment sur soi pour accorder à des valeurs générale le statut de critères universels en droit.
Nous sommes des animaux politique et/ou sociaux et relationnels (Aristote) , donc produit et plus ou moins auto-producteurs de soi et de l’image de soi dans et par la médiation d’une culture et des autres...












