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L'alimentation pour prévenir les cancers ?

Article publié le 20 avril 2007

Dans le monde, chaque année, 10 millions de personnes développent un cancer. En France, le risque de développer un cancer, indépendamment de l’évolution de l’âge, a augmenté de 35% en vingt ans, entre 1980 et 2000. De nombreux facteurs ont une incidence sur le risque de cette maladie. Mais regardons-nous toujours dans la bonne direction quand nous cherchons les responsables ?

L'alimentation pour prévenir les cancers ?

Souvent tenue comme principale facteur de risque des cancers dans l’opinion publique, l’hérédité. Bien que non négligeable (à l’origine d’environ 15% des cancers développés), ce facteur arriverait loin derrière nos habitudes alimentaires, en tête de liste aux côtés du tabagisme [7]. Mais si le tabagisme fait depuis plusieurs années l’objet de campagnes publiques puissantes et plus récemment d’interdictions radicales visant à réduire son impact sur la santé publique, l’influence de l’alimentation est encore mal connue et la législation dans ce domaine quasi nulle, même si les travaux scientifiques pointant sa responsabilité partielle sont de plus en plus nombreux et dans certains cas concordants.

Une certitude au moins, des effets importants sur notre santé sont liés à nos modes de vie, nos déséquilibres alimentaires, notre surcharge pondérale [11]. Certaines des dérives les plus inquiétantes de notre alimentation sont exposées en détails par William Reymond dans son dernier ouvrage, « Toxic » [8]. 30% des cancers seraient directement liés à la nature de notre régime alimentaire moderne [1]. Adopter au quotidien une alimentation équilibrée et diversifiée est plus facile à dire qu’à faire. C’est vrai.

Mais pour rendre les choses un peu plus simples, voici, piochés dans la littérature scientifique, une revue non exhaustive de quelques aliments qui pourraient être intéressants à inclure dans notre quotidien :

Les légumes de la famille du chou sont des crucifères qui contiennent des substances actives (glucosinolates, isothiocyanates). Les isothiocyanates, dont le plus puissant, le sulforaphane, particulièrement présents dans le brocoli, outre leurs propriétés détoxifiantes, agiraient directement sur les cellules cancéreuses [5]. Une étude réalisée aux Etats-Unis sur environ 50 000 patients pendant 10 ans (de 1986 à 1996) a montré que la consommation de choux diminue le risque de cancer dont les cancers gastro-intestinaux, de la vessie, des poumons et de la prostate.
Pour préserver toutes ces substances intéressantes pour notre santé, il est conseillé de cuire le chou le moins possible dans un minimum d’eau, idéalement à l’étuvée (à la vapeur).
Il est également préférable des les consommer frais et bio. Par ailleurs, la mastication de ces légumes est primordiale pour libérer et mélanger les différents composés actifs, les premiers (glucosinolates) permettant une bonne libération des seconds (isothiocyanates).

L’ail, l’oignon, le poireau, l’échalote, la ciboulette seraient intéressants dans la prévention des cancers du système digestif comme les cancers de l’œsophage, de l’estomac et du colon [1].
Une étude épidémiologique a démontré que les populations qui consomment 10g par jour (ce qui correspond à 2 gousses d’ail) d’un légume de la famille des allium présentent deux fois moins de cancer que la population qui n’en consomme que 2g [2].
La meilleure façon de conserver les propriétés de l’ail est d’écraser fraîchement la gousse.

Le miso, le tofu, le lait ou le kinako, le soja sont des aliments qui contiennent des substances actives appelées isoflavones.
Les isoflavones seraient intéressants dans la prévention du cancer du sein et de la prostate.

Les études ne sont cependant pas toutes positives : certaines révèlent que de faibles apports quotidiens en isoflavones (entre 2 et 3 mg) ne rapportent pas de corrélation entre les apports en soja et le cancer du sein. En revanche, les études apportant 25 mg par jour d’isoflavones (50 mg de fève nature) obtiennent des résultats positifs.

La tomate contient comme substance active le lycopène, pigment rouge responsable de la coloration du fruit. Les meilleures sources de lycopène se trouvent dans les produits fabriqués à partir des tomates cuites comme le concentré de tomate et le coulis de tomate. Son action anticancéreuse serait intéressante en prévention et traitement du cancer de la prostate [3].
Pour augmenter la biodisponibilité du lycopène, il est idéal de consommer les tomates cuites avec de l’huile (olive de préférence).

Un tour d’horizon du côté des fruits qui sont riches en propriétés bénéfiques pour la santé :
Les fruits de couleurs vives contiennent des anthocyanidines de la famille des polyphénols, antioxydants et anticancéreux puissants.

Les myrtilles ou bleuets, par exemple, en contiennent de grandes quantités : plus de 500mg par 100g de fruits. La canneberge, la mûre en contiennent également en quantité non négligeable.
La framboise, la fraise, les noisettes, les noix de pécan contiennent quant à eux de l’acide éllagique qui agirait contre la croissance des tumeurs et augmenteraient la résistance des cellules aux agressions extérieures.

Le raisin et ses produits dérivés sont connus pour lutter contre les maladies cardiovasculaires mais semble t-il également en prévention de certains cancers. Le resvératrol, substance active du raisin, limiterait la progression de certaines tumeurs en bloquant des étapes nécessaires à leur développement. Bien que contenu également dans le vin, il semble que les boissons alcoolisées ne puissent revendiquer ces mêmes vertus [4].

Les agrumes, bonne source de vitamine C, contiennent également des polyphénols et terpènes qui agissent en prévention des cancers dont les cancers de l’œsophage, de la bouche, du larynx, du pharynx et de l’estomac.
Une étude réalisée aux Etats-Unis a montré que la consommation d’orange entière ou en jus pendant les deux premières années de la vie permettrait de diminuer le risque de leucémie chez l’enfant [5].

La corrélation entre la consommation de poisson gras riches en acides gras oméga-3 et la diminution du risque de cancer du sein, de la prostate, du colon et du pancréas a été mise en évidence dans différentes études épidémiologiques [10] .
La consommation de poisson gras, 2 à 3 fois par semaine augmente nos apports alimentaires en oméga-3 acide gras essentiels mais permettrait également de diminuer nos apports en graisses saturées et oméga-6 qui peuvent favoriser l’apparition de certains cancers.

Les cancers colorectaux, premiers cancers tous sexes confondus en France, ont augmenté de de 10% chez les hommes et 13% chez les femmes entre 1980 et 2000 [9]. L’influence de l’alimentation, notamment d’un régime pauvre en fibres, riche et produits de salaison ou simplement trop calorique, semble particulièrement reconnue dans cette catégorie de cancers [12] [13]

Le curcuma ou safran des indes et plus spécifiquement la curcumine présente de nombreuses propriétés : antithrombotique, hypocholestérolémiantes, antioxydantes et anticancéreuses.
A ce jour, aucune étude clinique ne permet de démontrer de façon irréfutable que la consommation de curcuma (turmeric an anglais) diminue le risque cancéreux. En revanche, il est clairement établi que les populations indiennes dont la consommation de curcuma est élevée présentent nettement moins de cancer que les populations européennes ou américaines [6]. Par ailleurs, des études in-vitro ont démontré les effets du curcuma sur les cellules cancéreuses.

Il vous reste maintenant à l’aide des quelques références citées ci-dessous, des ouvrages disponibles et de votre Internet à approfondir vos connaissance sur ce sujet pour guider votre propre opinion et orienter favorablement vos habitudes alimentaires.

Au-delà des propriétés bénéfiques liées aux aliments eux-mêmes, il y a de très nombreux travaux scientifiques sur les risques liés aux « dérivés » de l’alimentation : méthodes de cuisson, agents de conservation, polluants issus de l’agriculture ou de l’industrie notamment.

A recommander particulièrement, la lecture du livre du Dr Beliveau [5], titulaire de la chaire en prévention et traitement du cancer à l’Université du Québec à Montréal et directeur du laboratoire de médecine moléculaire au centre de cancérologie de l’Hopital Sainte Justine (Montréal). Pour une opinion plus globale et une approche plus accusatrice sur les risques liés à note alimentation moderne, TOXIC de William Reymond [8] ainsi que « Santé, Mensonges et Propagande », de Thierry Souccar et Isabelle Robard (Seuil). Deux auteurs qui se sont largement plaints du quasi veto dont leur livre aurait fait l’objet dans les média, se considérant victimes de l’influence des puissants annonceurs de l’agro alimentaire.

[1] Galeone C, Pelucchi C, Levi F, Negri E, Franceschi S, Talamini R, Giacosa A, La Vecchia C. Onion and garlic use and human cancer. Am J Clin Nutr. 2006 Nov ;84(5):1027-32. PMID : 17093154
[2] Hsing AW, Chokkalingam AP, Gao YT, Madigan MP, Deng J, Gridley G, Fraumeni JF Jr.
Allium vegetables and risk of prostate cancer : a population-based study.
J Natl Cancer Inst. 2002 Nov 6 ;94(21):1648-51.
PMID : 12419792
[3] Campbell JK, Canene-Adams K, Lindshield BL, Boileau TW, Clinton SK, Erman JW Tomato phytochemicals and prostate cancer riskJ Nutr. 2004 Dec ;134(12 Suppl):3486S-3492S
[4] Velicer CM, Kristal A, White E. Alcohol Use and the Risk of Prostate Cancer : Results From the VITAL Cohort Study. Nutr Cancer. 2006 ;56(1):50-6.
[5] Kwan ML, Block G, Selvin S, Month S, Buffler PA Food consumption by children and the risk of childhood acute leukaemia Am J Epidemiol. 2004 Dec 1 ;160(11):1098-107
[6] Sinha R, Anderson DE, McDonald SS, Greenwald P. Cancer risk and diet in India.
J Postgrad Med. 2003 Jul-Sep ;49(3):222-8.
Review. PMID : 14597785
[7] Dr Richard Béliveau, Dr Denis Gingras ; Les aliments contre le cancer, Edition Solar (France), Editions du Trecarré (Quebec).
[8] William Reymond – « TOXIC Obésité, malbouffe, maladies : enquête sur les vrais coupables »– Flammarion 2007 http://www.toxicfood.org/
[9] http://www.chups.jussieu.fr/polys/cancero/POLY.Chp.16.html
[10] S.C. Larsson, M. Kumlin et al., Dietary long chain n-3 fatty acids for the prevention of cancer : a review of potential mechanisms. Am J. Clin. Nutr. 2004 ; 79 : 935-945
[11] E.E. Calle, R. Kaaks. Overweight, obesity & cancer : epidemiological evidence & proposed mechanisms. Nature Reviews on Cancer, 2004
[12] http://www.med.univ-rennes1.fr/,
[13] http://spiral.univ-lyon1.fr/polycops/Nutrition2/Nutrition-2.html

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commentaires
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par Diétimiam (IP:xxx.xx3.240.15) le 20 avril 2007 à 17H54

Très bon article :-)

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par Randall (IP:xxx.xx4.209.77) le 21 avril 2007 à 17H27

Plein de bonnes propositions. Il en est une supplémentaire qui manque de façon dommageable : manger moins !

Nous connaissons l’abondance sans toujours apprendre à limiter nos apports. Voir à ce titre l’ouvrage de Dominique Lanzmann-Petithory, qui est médecin : La diététique de la longévité (Odile Jacob), qui est une ode au manger moins. Le jeûne régulier, pratique ancestrale et commune chez les animaux, est aussi un moyen de prévenir le risque de cancer.

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par Actias (IP:xxx.xx8.117.34) le 23 avril 2007 à 13H51

Et la viande ? il parait que c’est indispensable à une bonne santé ? qu’est ce qu’elle apporte ? elle previent quel cancer ?

Enfin, continuez à vous posez des questions, c’est dejà un bon début.

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par mrbienetre (IP:xxx.xx2.15.44) le 7 février 2008 à 23H01

L’aliment étant un médicament, le fait que les bons aliments préviennent des cancers est une évidence ! L’homme est responsable de ses malheurs et des maladies qu’il provoque, mais il est aussi capable d’apprendre, de comprendre, de s’adapter, d’évoluer en écoutant dame nature et en la remerciant pour les trésors qu’elle nous offre... Très bon article.


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