Article publié le 10 septembre 2007
Il permet de surfer sans fil sur Internet et même, depuis peu, de téléphoner. En plein essor dans le monde, il s’invite même dans les écoles. « Il », c’est le WiFi. Et comme aucune étude scientifique ne prouve son innocuité, il relance le débat sur l’impact potentiel des champs électromagnétiques sur la santé.
Surfer sans fil sur Internet confortablement assis dans son canapé, son jardin, à la terrasse d’un café ou dans un aéroport : voilà la prouesse technologique que permettent les réseaux WiFi. Très pratiques et moins chers que leurs homologues câblés, ces réseaux qui exploitent les ondes hertziennes pour transmettre de l’information numérisée sont en plein essor à l’échelle planétaire. La ville de Singapour est déjà entièrement « wifisée » et plusieurs autres (Amsterdam, Paris, San Francisco, Chicago...) ont l’intention de le devenir pour combler la « fracture numérique ».
En Belgique, on n’en est pas encore là. Le
plus grand réseau sans fil gratuit – 78 antennes sur le campus de la
Plaine (ULB et VUB) à Bruxelles – ne fait encore que 0,5 km². Mais le
WiFi est déjà très présent chez les particuliers. Au sud du pays, plus
d’une connexion Internet sur trois est de ce type et 18% de tous les
ménages possèdent une antenne WiFi sous leur toit, d’après l’Agence
wallonne des télécommunications (AWT). Comme une antenne émet jusqu’à
30 mètres environ dans toutes les directions, il est plausible que plus
de la moitié de la population belge se trouve aujourd’hui sous
l’influence régulière des ondes WiFi.
L’Angleterre en émoi
Jusqu’ici, c’était essentiellement la nocivité potentielle des GSM et des antennes relais de téléphonie mobile qui posait question. Le débat s’élargit désormais aux réseaux WiFi. En Angleterre, un syndicat d’enseignants a ainsi réclamé fin avril au ministre de l’Enseignement britannique « une étude scientifique complète sur les effets sanitaires des réseaux WiFi dans les écoles, tant sur les élèves que les professeurs ». Des associations de parents ont embrayé, réclamant le démantèlement des réseaux WiFi scolaires.
Fin mai, la BBC enfonçait le clou en révélant, dans une enquête qui a fait couler beaucoup d’encre, que l’intensité des champs électromagnétiques (CEM) présents dans une classe « wifisée » était en moyenne trois fois plus grande que celle des CEM émis par une antenne relais de téléphonie mobile à 100 mètres, et en diffusant le témoignage du directeur de l’Agence de protection sanitaire du Royaume Uni incitant à la prudence. Il est vrai qu’outre-Manche, le WiFi se retrouve dans plus d’une école primaire sur deux et dans quelque 70% des établissements secondaires...
En Belgique, par contre, aucun chiffre officiel n’existe sur la proportion d’écoles « wifisées », mais il est probablement très faible. En effet, les connexions Internet fournies par les pouvoirs publics aux établissements scolaires sont câblées par défaut. L’installation éventuelle du WiFi se fait exclusivement à l’initiative des directeurs d’école, nous explique-t-on à l’AWT et au Centre d’informatique pour la Région bruxelloise (CIRB).
Les enfants physiquement plus vulnérables
Sur le plan scientifique, le flou règne. Il n’existe aucune étude épidémiologique sur d’éventuels effets néfastes du WiFi. Et quand bien même, on manque de recul. « Il faut savoir qu’il existe un certain nombre d’effets potentiels à long terme qu’il ne sera pas possible de détecter avant 2015 au plus tôt », commente André Vander Vorst, professeur émérite à la faculté des sciences appliquées de l’université catholique de Louvain et membre du Conseil fédéral de santé et d’hygiène (CSH). Face au boom actuel des technologies sans fil (lire encadré ci-dessous), ce spécialiste des CEM estime qu’avec le WiFi comme avec le banal téléphone sans fil DECT, hyper répandu mais beaucoup moins médiatisé, « on manque grandement de prudence car on ne fait jamais qu’augmenter le niveau global des émissions dans la même bande de fréquences – les micro-ondes – dont les effets biologiques, au premier ordre, sont similaires quelle que soit la fréquence. »
Si la « fronde anti-WiFi » a embrasé les écoles anglaises, c’est aussi parce que des enfants sont concernés au premier chef. Ils passent environ sept heures par jour en classe et seront plus exposés à des CEM au cours de leur vie que n’importe quelle autre génération qui les a précédés. « Il existe de bonnes raisons de penser que les cellules jeunes sont plus sensibles aux CEM que les cellules adultes, explique André Vander Vorst. On sait par ailleurs qu’une épaisseur d’environ 5 cm de corps humain est nécessaire pour “blinder” nos organes internes contre les CEM diffusés par un GSM émettant à 900 MHz. Si l’on considère un torse d’adulte de 40 cm de diamètre, les 30 cm à l’intérieur du torse seront donc protégés. Dans le cas d’un torse d’enfant de 20 cm de section, seuls 10 cm seront isolés. Leurs organes internes sont donc plus exposés que les nôtres. »
Inquiétudes de Salzbourg à San Francisco
Le Royaume Uni n’a pas le monopole de la méfiance à l’égard du WiFi. En Autriche, le Département de santé publique du land de Salzbourg recommande officiellement, depuis décembre 2005, « de ne pas installer de réseau WiFi et DECT dans les écoles et les crèches », au nom du principe de précaution. Car selon le Dr Gerd Oberfeld, à la tête de ce département, les premiers résultats d’études empiriques réalisées sur des personnes sensibles montrent que « les symptômes observés jusqu’ici sont les mêmes que ceux observés dans les études réalisées sur les antennes relais de téléphonie mobile : maux de tête, difficultés de concentration, nervosité, problèmes de mémoire, etc. »
Au Canada, le recteur de l’université de Lakehead (Ontario) a mis un frein à l’essor du WiFi sur le campus en février 2006, histoire de protéger les 15.000 étudiants sous sa tutelle d’éventuels risques à long terme. En Allemagne, soucieuse de ne pas réaliser une « expérimentation humaine à grande échelle », la responsable des services chargés de l’enseignement à Francfort a interdit, en juin 2006, le WiFi dans toutes les écoles « tant que l’innocuité des communications sans fil n’aura pas été démontrée ». Cet été, c’est carrément le gouvernement allemand qui a recommandé « de préférer autant que possible l’utilisation de solutions câblées traditionnelles plutôt que de connexions sans fil ». A San Francisco, des groupes de riverains s’opposent actuellement au projet du maire et de Google qui souhaitent « wifiser » la ville au moyen de 2.200 nouvelles antennes. Et en France, le CRIIREM (Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques) s’est inquiété, juste avant l’été, du boom commercial des nouveaux téléphones portables « hybrides », capables de conjuguer les signaux GSM et WiFi et donc de passer d’un réseau à l’autre sans rupture de conversation.
Craintes fondées ou largement exagérées ? Quoi qu’il en soit, il semble que, si les inquiétudes concernant les ondes GSM devaient un jour être confirmées, les autres technologies comme le WiFi, le WiMAX, l’UMTS et le DECT devront être balisées avec la même sévérité. Il va cependant falloir s’y résoudre : seul le temps qui passe nous donnera la réponse...
Ces ondes qui font débat GSM. Téléphonie mobile de 2e génération (2G). Fréquence : 900 et 1800 MHz (dualband). Les fréquences utilisées par ces différentes technologies appartiennent toutes à la famille des micro-ondes (qui s’étend grosso modo de 900 à 300 000 MHz). Pour André Vander Vorst, « il n’existe a priori aucune raison scientifique de penser que ces différentes fréquences peuvent avoir des effets distincts sur le vivant. Une variation de fréquence d’un facteur 2 ou 3 ne change pas grand chose. Par exemple, les fours à micro-ondes industriels qui cuisent le pain fonctionnent à 430 MHz ou à 960 MHz, alors que la norme pour les micro-ondes domestiques est fixée à 2450 MHz ». Ce qui compte avant tout, ce n’est pas la fréquence mais l’intensité cumulée de ces champs électromagnétiques sur le long terme. Or la norme fédérale en vigueur, jugée trop laxiste par le CSH (qui en préconise une 50 fois plus sévère...), repose sur l’exposition aiguë, pendant 30 minutes, d’un adulte en bonne santé. Cette norme ne protège que contre l’échauffement des tissus. Tout autre effet biologique est donc de facto ignoré... D.L. |
Cet article est disponible dans le numéro de septembre du mensuel belge Equilibre. S’il vous a plu, merci de bien vouloir envisager d’acheter le magazine en version papier, voire de vous y abonner.
J’ai lu qu’en ce qui concerne les appareils d’accessibilité à l’internet haut-débit sans fil genre "livebox", il était recommandé par certains de l’envelopper d’aluminium, et de l’utiliser avec le câble fourni :
http://img100.imageshack.us/img100/...
Auriez-vous des informations complémentaires à ce sujet ?
Sinon, un site intéressant notamment sur le principe de précaution concernant les technologies électromagnétiques :
Bonjour Aurélien, je n’ai pas d’information si ce n’est que certaines livebox (dont la mienne) permettent de désactiver le signal WiFi via l’interface de configuration (accessible via un navigateur internet). Je sais que certaines livebox sont verrouillées, notamment celles de Tele2 en Belgique (du moins il y a un an c’était le cas - je ne sais pas si cela a changé depuis...). En cas de verrouillage donc, la solution de l’aluminium semble être la seule disponible puisqu’effectivement l’alu fait écran au rayonnement électromagnétique... Par ailleurs, des petits malins utilisent également du papier alu pour... augmenter la puissance de leur antenne WiFi.
Très souvent le WiFi est en latence (quand personne ne s’en sert). L’intensité de la fréquence est-elle proportionnelle au volume de données transférées ?
Si oui, ce serait très faible en latence et beaucoup plus fort quand ça véhicule la télévision, par exemple.
Am.
Je suis très surpris qu’il n’y ait pas de réponse à ma question toute simple...
Ah, j’ai quand même trouvé un début de réponse en http://fr.wikipedia.org/wiki/Wi-Fi#... :
"Il est cependant intéressant de noter qu’en règle générale, un téléphone ne transmet un débit soutenu d’informations que pendant un appel, beaucoup moins en veille, alors qu’un point d’accès wifi ou des machines en ad hoc transmettent des trames de balise toutes les 125 ms, soit en permanence."
La réponse serait donc : oui c’est proportionnel aux informations échangées, sauf qu’il y un seuil minimum.
"trames de balise toutes les 125 ms" : donc 8 par seconde, on n’a tout de même pas besoin d’une telle réactivité ! 2 par seconde seraient suffisants et l’émission latente serait 4 fois moindre. L’utilisateur pourrait même le paramétrer...
J’ai l’impression qu’il y a là de quoi faire des progrès, si tant est que les décideurs aient envie d’en faire...
Am.
La question de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé humaine est très complexe, parce que peut étudiée, sauf pour les ondes de radiophonie, existant depuis des décennies.
Cependant, les études disponibles révèlent que les téléphones digitaux sans fil (DECT) émettent des ondes à pulsation beaucoup plus dangereuses potentiellement que les ondes Wifi. Voir à ce sujet l’appel de Fribourg : http://www.teslabel.be/appel_jmd.htm
Par ailleurs un an d’ondes Wifi = 20 minutes de téléphone portable. Il faudrait pouvoir se concentrer sur les vrais problèmes d’atteinte à la santé, ce qui n’est pas facile compte-tenu de l’inconscience des constructeurs.
Le monde publiait un article à ce sujet (le 06/09) et affichait en encart un petit tableau de puissances d’émission de certains équipements :
Satellite : 1 000 watts ; Relais de télévision : 1 000 watts ; Emetteur radio FM : 1 000 watts ; Four à micro-ondes : 1 000 watts ; Emetteur Wimax : 200 à 1 000 watts ; Antenne-relais GSM : 100 watts ; Récepteur Wimax : 20 watts ; Téléphone portable GSM : 2 watts ; Routeur Wi-Fi : 0,1 watt
Certes ce tableau ne signifie pas que le wifi est forcément moins dangereux que le satellite. On ne parle pas ici des fréquences qui sont dans le cas du wifi les mêmes que celles du micro onde, le fameux micro onde qui chauffe les particules d’eau des aliments... L’eau dont le corps humain est en grande partie constitué. D’où l’inquiétude de nombreuses personnes.
N’empêche que ce tableau permet aussi de se poser des questions sur d’autres réseaux qui sont, jusqu’à maintenant, passés aux travers des critiques. Si demain on découvre des risques au wifi, alors que penser des autres réseaux cités dans ce tableau (et même en dehors) ?
J’ai appris cette semaine que l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) allait être missionnée pour effectuer une étude sur ce sujet.
oui, elle est proportionnelle au volume de données échangées, ou autrement dit, au nombre d’utilisateurs connectés en même temps. Les opérateurs définissent d’ailleurs les plages horaires "de pointe" pour faire leurs délestages en cas de travaux d’entretien ou de nouvelle installation d’une station base ou de nécessité de coupure pour intervention par d’autres corps de métier -couvreurs, etc..- dans le lieu où elle est implantée (généralement une toiture).
Pour Paris, nous allons avoir un autre souci avec l’installation envisagée par Delanoe dans 400 kiosques de presse à travers la capitale. Compte tenu de la faible hauteur de ces "édicules", les kiosquiers, coincés sur place, vont s’en prendre plein pot toute la journée, si ce nouveau maillage wifi hystérique est réalisé. Prévu pour 2008.












