Article publié le 2 avril 2007
Mon précédent article ayant été tronqué pour des raisons techniques (indépendantes de la volonté de Naturavox), je soumets aux lecteurs cet article plus complet dans lequel j’expose mes arguments en faveur d’une expérimentation animale strictement contrôlée et je dénonce les thèses simplistes et les agissements violents des mouvements extrêmistes de la cause animale qui ne font pas progresser la cause qu’ils prétendent défendre.
Afin que les choses soient claires, je tiens à dire que l’expérimentation animale qui ne me satisfait pas pour des raisons éthiques et qu’on pourrait envisager, à l’issue d’un débat et d’un vote démocratique (référendum par exemple), de l’abolir.
Mais dans ce cas, il faudrait avoir l’honnêteté et le courage de dire la vérité aux patients et aux malades qu’une abolition totale (sachant que 80 % de expérimentations animales ont déjà pu être remplacées par d’autres méthodes) ne permet pas, dans l’état actuel de nos connaissances et de nos capacités de simulation informatique, de recréer le même niveau de complexité expérimentale et que cela aura inévitablement des conséquences sur la rapidité de mise au point et de mise sur le marché de nouveaux médicaments mais aussi sur l’adoption de nouvelles techniques chirurgicales qui sont systématiquement expérimentées sur l’animal avant de l’être sur l’homme.
Quand on parle d’expérimentation animale, il faut savoir de quoi l’on parle ! Le recours à l’expérimentation animale est d’autant plus fréquent que la loi exige qu’avant toute commercialisation les substances potentiellement dangereuses pour l’homme soient préalablement testées afin de prévenir tout risque pour l’homme.
En plus des médicaments, cette réglementation s’impose aussi aux cosmétiques, aux pesticides et aux produits ménagers. On voit là à quel point le sujet de l’expérimentation animale peut être sensible, puisqu’il touche à la fois au médicament - précieux auxiliaire de santé et souvent synonyme d’antidote à la mort, ou du moins à la souffrance - et à la fois à l’animal, sujet réduit à l’état d’objet sacrifié pour le bénéfice des hommes.
Car ce qui est en jeu quand on aborde la question de l’expérimentation animale, c’est bien avant tout le médicament, dont personne ne nie l’utilité, et qui, en tant que substance active, se doit d’être manipulé avec précaution, et ne peut faire l’objet d’un lancement « à l’aveugle », sans avoir été testé auparavant afin de s’assurer de son innocuité pour l’homme.
Or, il est médicalement, socialement et éthiquement impossible d’effectuer tous les tests, en particulier les premiers, directement sur l’homme. En attendant de pouvoir substituer l’ordinateur à des corps vivants, il faut donc en passer par des tests sur les animaux, qui ne laissent pas de poser problème.
Un double problème, d’ordre médical d’abord : qu’en est-il de la validité des tests effectués sur des animaux, leurs résultats sont-ils forcément transposables à l’homme ? - ce qui revient à poser la question de la pertinence du modèle expérimental, en particulier en raison des différences entre espèces : deux espèces animales développeront-elles les mêmes réactions face à un produit donné, ou encore des substances ne peuvent-elles pas s’avérer nocives pour certaines espèces, et pas pour d’autres, toutes les espèces font-elles preuve de la même endurance face à la toxicité... ? ; un second problème, d’ordre éthique : que penser de la souffrance infligée à des animaux, de manière que l’on peut considérer comme parfois abusive ou inutile ?
Heureusement, il existe des garde-fous pour éviter toute dérive : les réglementations et les travaux en amont se multiplient pour une meilleure prise en compte des conditions et de la souffrance animales. Ainsi, on limite de plus en plus la souffrance ou le stress des animaux en leur administrant des analgésiques ou même des anesthésiques ; afin de réduire aux maximum les modifications de physiologie ainsi que les comportements des animaux et des hommes soumis au stress, des critères tels que la lumière, la douleur, le bruit sont pris en considération, et une attention particulière est portée à la température, au degré d’humidité ou aux odeurs, afin de réduire l’anxiété des animaux et d’augmenter leur confort.
Les commissions d’éthique présentes au sein des établissements de recherche veillent aussi à l’amélioration de la qualité de l’hébergement des animaux, ainsi qu’à un équipement correct de leur cage. De plus, les différentes catégories de personnels en contact avec les animaux bénéficient de plus en plus souvent d’enseignements et de formations spécifiques et appropriés.
Car il semble admis par tous que les conditions des animaux en détention, en particulier le stress dont ils sont l’objet, peuvent avoir une influence sur les résultats des tests, de même que d’autres critères aussi divers que leur âge, leur sexe, la composition ou la qualité de leur alimentation... Pour y remédier, il existe des élevages spéciaux, contrôlés, qui répondent à des exigences génétiques et sanitaires spécifiques, afin de fournir des animaux aux caractéristiques les plus homogènes possible.
En outre, les laboratoires ont de plus en plus recours à des animaux transgéniques, c’est-à-dire dont le patrimoine génétique a été modifié à dessein, afin de répondre à des caractéristiques spécifiques de manière à reproduire de la façon la plus fidèle possible par exemple les différents symptômes d’une maladie humaine.
Dans ce cas on ne peut plus invoquer l’argument, souvent mis en avant par les extrémistes de la cause animale, qui consiste à dire que les symptômes de la maladie à combattre et les effets de la molécule sur cet animal sont différents.
De plus, afin de réduire le nombre des animaux sacrifiés, les chercheurs substituent, à chaque fois que cela est possible, les animaux par des cultures de cellules ou de tissus, ou encore se tournent vers d’autres techniques comme la modélisation par ordinateur ou les analyses biologiques moléculaires. Les avantages de telles substitutions résident dans un coût moindre, dans des paramètres expérimentaux plus faciles à contrôler, dans des résultats plus rapides, et surtout d’utilisation plus fiable, car ils proviennent d’applications directes au niveau cellulaire ou moléculaire.
Ce que ne disent jamais ceux qui sont, par principe, opposés à toute expérimentation animale, c’est que les méthodes alternatives n’apportent pas les moyens de résoudre tous les problèmes biologiques et médicaux : si les modèles cellulaires ou subcellulaires permettent l’analyse des mécanismes biochimiques du vivant, ils ne permettent pas d’extrapoler à l’organisme entier car un système vivant ne se comporte pas comme un simple empilement de cellules.
Ainsi, si l’ordinateur permet d’exploiter au mieux les données qui lui ont été confiées, actuellement aucune base de donnée n’est assez complète et aucun calculateur n’est assez puissant pour envisager de modéliser un organisme vivant pluricellulaire. En fait la plupart du temps, ces méthodes sont plus complémentaires qu’alternatives : elles apportent des outils à des travaux de recherche préliminaires et permettent ainsi de limiter le nombre d’animaux utilisés.
Mais in fine, le biologiste et le médecin ont toujours besoin d’étudier l’organisme soumis à l’ensemble des facteurs de contrôle nerveux, hormonaux et humoraux. La compréhension et la mise au point de traitements des grandes pathologies de ce siècle, comme les maladies neurodégénératives, les cancers ou les troubles du métabolisme, ne pourront se faire sans le recours à l’animal.
Pour autant, cette utilisation ne doit pas se faire en assimilant l’animal à un outil. Nos connaissances, et même tout simplement notre propre sensibilité, nous font percevoir l’animal comme un être sensible, capable de souffrir et de se souvenir de la douleur et du stress subis. Le chercheur doit constamment conserver ces notions à l’esprit lorsqu’il conçoit les conditions de détention et les protocoles expérimentaux.
Dans cette optique, Russel et Burch formulèrent en 1952 un ensemble de recommandations concernant les moyens à mettre en œuvre pour réduire l’utilisation des animaux : la règle des "3 R" : "Remplacer, Réduire et Raffiner"
Remplacer : chaque fois que cela est possible, remplacer les expériences sur animal par des expériences in vitro ou sur cellules ; remplacer les expériences sur des animaux "sensibles" (primates, chien, chat) par des expériences sur des animaux "moins sensibles" (rongeurs, poissons, insectes) ;
Réduire : par une planification rigoureuse des expériences, réduire au minimum indispensable le nombre d’animaux utilisés ; par exemple, en utilisant des lots d’animaux homogènes (animaux consanguins) ou en utilisant un animal comme son propre témoin, on réduira la variabilité interindividuelle et donc la taille du lot à étudier ;
Raffiner : par l’amélioration des techniques opératoires, réduire la souffrance et le stress de l’animal tout en obtenant des résultats de meilleure qualité qui n’auront pas à être répétés ; le développement des techniques d’exploration fonctionnelle in vivo (PETscan, scanner, IRM, mesures télémétriques), encore freiné par le coût des installations, devrait amener une réduction notable du nombre d’animaux utilisés, et de la pénibilité des expériences subies par l’animal de laboratoire.
On voit donc que l’expérimentation animale est une question bien plus complexe que ne veulent faire croire les affirmations simplistes et souvent réductrices de ceux qui s’opposent, par principe, contre toute forme d’expérimentation animale.
Personnellement, je souhaite qu’un jour un puisse se passer complètement de l’EA et je suis heureux qu’on soit parvenus (ce que les opposants ne disent pas) à réduire considérablement ces expérimentations et à réduire également la souffrance des animaux depuis une dizaine d’années. Je persiste cependant à penser, en toute honnêteté, comme l’immense majorité de la communauté scientifique, qu’il est impossible, pour l’instant, compte tenu de nos connaisances et de nos moyens techniques de simulation, de se passer complètement des expérimentations animales pour tester l’efficacité des nouvelles molécules et des nouvelles méthodes de chirurgie. Je ne me réjouis pas de cette situation mais je le constate.
Sur cette question difficile nous devons sortir de l’affrontement manichéen entre les "pro" et les "anti" car il existe aujourd’hui une majorité d’opinion qui ont une opinion intermédiaire et nuancée qui tient compte de la réalité et souhaite sincèrement concilier une double exigence : réduire au maximum la souffrance des animaux utilisés à chaque fois que l’expérimentation animale s’avère indispensable (c’est à dire heureusement de moins en moins souvent) et évaluer, avec le maximum de sécurité, les effets des nouvelles molécules sur des organismes complexes pour pouvoir les expérimenter ensuite sur l’homme, ce qui nécessite, qu’on le veuille ou non, une expérimentation sur l’animal.
Je ne crois pas que les mouvements extrémistes qui utilisent des méthodes violentes et vont, comme en Grande Bretagne, jusqu’à menacer de mort, les chercheurs qui pratiquent des expérimentations animales, fassent avancer la cause qu’ils prétendent défendre. Ils apportent malheureusement des fausses réponses, simplistes et dogmatiques, à de vraies questions.
Seule la voie de la concertation et de
l’information permanentes entre la communauté scientifique, les pouvoirs publics
et les associations peut permettre d’encadrer et de limiter l’expérimentation
animale en l’assortissant d’un cadre très strict et en mettant tout en oeuvre,
quand ces expérimentations sont indispensables, pour limiter au maximum les
souffrances des animaux utilisés.
:-) Je suis tout à fait d’accord avec cet article qui pose les bonnes bases pour permettre d’approfondir la réflexion en s’éloignant du "pour ou contre" trop simpliste. Merci pour cette argumentation ! SK
Personnellement, je suis antispéciste et estime que les animaux ne sont ni des choses ni du matériel à notre disposition ; je suis donc opposée à toutes les expériences sur les animaux, du moins à toutes celles qui sont nocives ou mortelles pour eux, ou peuvent leur faire courrir un risque physique ou mental (je précise cela car je ne suis pas forcément contre des expériences telles que celles faites sur le langage des perroquets ou des grands singes, dans la mesure où elles sont faites dans la douceur, avec des animaux vivants dans la chaleur d’un foyer, et n’occasionnent aucune souffrance ni peur au sujet concerné).
Rien ne nous oblige à utiliser les animaux, si ce n’est une habitude, un conditionnement de pensée ; on aurait peut-être de bons (de meilleurs) résultats scientifiques si on expérimentait sur des enfants ; ce n’est pas pour autant que l’on juge légitime de le faire. Pour les animaux, c’est la même chose ; leur corps leur appartient, et nous devons cesser de nous octroyer le droit de les enfermer, de les rendre malades, de les rendre fous, de les terroriser, de les opérer (quand ce n’est pas pour leur bien), de les tuer.
C’est mon droit le plus strict d’être opposée à ces pratiques odieuses pour des raisons éthiques. Avant de parler d’une minorité de militants anglo-saxons aux propos un peu musclés (qui entre nous, n’ont jamais tué personne, soit dit en passant), et dont je peux d’ailleurs comprendre la colère, vous devriez parler d’abord de toutes les personnes vivant ici, en France, qui sont révoltées par ce que subissent les animaux, sont anti-vivisection et n’utilisent que les moyens les plus pacifiques et légaux qui soient pour exprimer leurs idées...Mais il est plus facile d’évoquer seulement ces lointains supposés "extrêmistes", au lieu d’accepter le débat avec des citoyens français qui militent pour les droits des animaux.
Pour moi, les extrêmistes, ce sont ceux qui exploitent, qui terrorisent et qui tuent de pauvres êtres incapables de se défendre.












