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Du rififi du côté des panamás...

Article publié le 25 juin 2007

Du rififi du côté des panamás...

Choisit par des célébrités de tous horizons, porté avec style par Jane March dans « L’amant » (1991) et Marlon Brando dans « Le parrain » (1972), le panamá est plus qu’un chapeau. A la fois victime de son succès et de la mondialisation, sa production se trouve aujourd’hui menacée.

Comme son nom ne l’indique pas, ce couvre-chef appelé à l’origine sombrero fino de paja toquilla a été popularisé aux U.S.A et en Europe par les ouvriers creusant le Canal de Panama en 1881. D’où sa seconde appellation de panamá hat. Fabriqué en Equateur dans les provinces d’Azuay, Manabi et Canar depuis toujours, il fait partie du costume traditionnel des Amérindiens de cette région. Tissé à base de paille issue du Carludovica Palmata, il existe principalement en deux qualités. Le Cuenca, réalisé en une journée à une semaine est fait de paille d’un calibre plus épais que le Montecristi demandant jusqu’à six mois de tissage pour le Super Fino. Les premiers, ayant une durée de vie de deux ans, sont vendus en Europe autour de 60 € et les seconds, affichant une durée de vie de plus de vingt ans, dépassent parfois les 1.000 €. Et nous ne parlerons pas des pièces de collection pouvant coûter 6.000 € !

Si la matière première est peu onéreuse, le temps consacré à la confection d’un panamá peut expliquer son prix. Mais, comme dans beaucoup de pays dits tiers, la mondialisation aidant, les producteurs bénéficient d’une très faible part du prix de revente de leurs réalisations. Un Montecristi Superfino demandant 5 à 6 mois de tressage est acheté 5 à 6 $ à son fabriquant pour être vendu à l’étranger plus de 500 $. Quel artisan en Europe ou en Amérique du Nord accepterait que le fruit de 6 mois de travail soit acheté à un prix dérisoire et revendu au minimum cent fois plus cher ?

Nouvelle donne, les Chinois dévorent le marché du panama en produisant mécaniquement des chapeaux synthétiques vendus à bas prix et qui n’ont absolument rien à voir avec le sombrero fino de paja toquilla. Du coup, les équatoriens ne trouvent plus leur compte à tresser des panamás et le savoir-faire est de moins en moins transmis. Ainsi les nouvelles générations préfèrent tenter leur chance en immigrant. A Chiquindad, canton de Cuenca, neuf familles sur dix ont des parents à l’étranger. Une réelle menace pèse sur le panamá car toute la transmission des savoir-faire est orale. A supposer qu’il soit organisé un plan de sauvetage de cet artisanat en lui assurant des revenus corrects, en dessous d’un certain seuil de production il n’est pas possible de former correctement les nouvelles générations et les vieux ne sont pas éternels...

Ici comme ailleurs, le salut vient des femmes. Maria Rosa Auelia Salinas, presidente del Associacion de Toquillieras Maria Auxiliadora, soutenue par le Fond de Développement Canada-Equateur de l’ACDI, a poussé les femmes à innover en créant de nouveaux modèles et à chercher l’excellence en se donnant pour devise « La calidad esta en mis manos. ». Carola Ríos (coordinadora de la Corporación de Promoción des Exportaciones del Sombrero Panamá) pense qu’une façon d’éviter l’extinction du panamá consiste à miser sur le chapeau de collection et incite les jeunes à apprendre à le tresser. Les regroupements en coopératives permettent aux producteurs de négocier de meilleurs prix de vente.

Mais il n’en demeure pas moins que tout cela est bien fragile face aux enjeux de la mondialisation. Ainsi ne serait-il pas idiot, notamment en période de réchauffement climatique, d’accomplir un geste alter-mondialiste en investissant dans un sombrero fino de paja toquilla. Le cuenca vendu autour de 60 € pour une durée de vie annoncée de deux ans peut voir sa longévité doublée s’il est porté et conservé dans de bonnes conditions. Ce n’est évidemment pas un increvable Stetson, mais il est bien plus agréable à vivre et véhicule d’autres valeurs !

Azür

Cuenca : http://www.tv5.org/TV5Site/dotclear...

Chiquidad : http://chiquintad.com/contenido.aspx ?mid=1&sid=2

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commentaires
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par Pierre William Johnson (IP:xxx.xx5.174.7) le 6 septembre 2007 à 11H35

Merci, je vais de ce pas acheter un authentique panama. Pourquoi ces chapeaux ne sont-ils pas labellisés "commerce équitable" ?

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par yunhe (IP:xxx.xx7.72.42) le 10 novembre 2009 à 17H44

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