Article publié le 9 octobre 2007
Quelles sont les zones et les cultures concernées par la pollution par ce pesticide ? Quelles sont les catégories de la population considérées comme "à risque" : les agriculteurs en contact direct avec le produit, ou les consommateurs des produits issus des cultures locales ? Quels sont les risques sanitaires encourus aujourd’hui par les habitants de la Guadeloupe et de la Martinique, et par les consommateurs des produits agricoles antillais ?
Afin de mesurer l’ampleur du problème et la réalité des risques encourus, la Commission des Affaires sociales et la Commission des Affaires économiques auditionneront demain 9 octobre Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de l’Ecologie, et Christian Estrosi, secrétaire d’État chargé de l’Outre-Mer.
Belpomme nous a t-il pris pour des "poires" ?
Le cancérologue Dominique BELPOMME a créé son petit effet dans une interview au Parisien le 17 septembre dernier, la veille de la présentation à l’Assemblée Nationale d’un rapport sur la pollution des sols par les pesticides aux Antilles, connu en fait depuis plusieurs mois. Un ton a été donné, repris en choeur très (trop ?) rapidement par les politiques et les journalistes.
Belpomme déclarait au quotidien Le Parisien : "La situation y est extrêmement grave ! Les expertises scientifiques que nous avons menées sur les pesticides conduisent au constat d’un désastre sanitaire aux Antilles. Le mot n’est pas trop fort : il s’agit d’un véritable empoisonnement de la Martinique et de la Guadeloupe."
L’homme qui s’exprimait ainsi était-il le professeur de médecine, cancérologue réputé à l’Hôpital Georges POMPIDOU, ou le militant écologiste très engagé, Président de l’ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse), organisme de recherche contre le cancer connu pour ses travaux sur les causes environnementales de la maladie ?
Réactions immédiates du gouvernement : Michel Barnier, ministre de l’agriculture, parle de situation "très grave" et Roselyne Bachelot, Ministre de la santé invite à limiter la consommation des produits du jardin à "deux fois par semaine"...
Puis suivent de nombreux articles sur "les Antilles empoisonnées" et le "désastre écologique"...
Depuis, les ventes de bananes antillaises sont en chute, d’autres productions agricoles antillaises sont également concernées... Les antillais sont inquiets, et bien peu rassurés par des déclarations officielles obscures et confuses. Certains se servent de ce dossier sensible à des fins politiques, d’autres sont sur le point de perdre leur emploi, leurs ressources, leur santé...
L’institut de Veille
Sanitaire publie dès le 18 septembre un communiqué faisant le point sur
les vérités (certes toujours provisoires) scientifiques :
"Les
résultats des recherches effectuées chez l’animal, mais aussi, dans le
cas du chlordécone, chez l’homme dans une cohorte de personnes exposées
massivement à la suite d’un accident industriel survenu aux Etats-Unis,
ont révélé une toxicité principalement hépatique, neurologique et sur
la reproduction. Ces effets ont été observés pour des expositions
beaucoup plus importantes que celles enregistrées aux Antilles. A ce jour, aucun lien n’a été démontré entre l’exposition aux pesticides aux Antilles et les observations sanitaires qui y ont été effectuées : la
plus grande fréquence absolue du cancer de la prostate aux Antilles par
rapport à la métropole peut être expliquée par l’origine ethnique de la
population (facteur de risque bien documenté aux Etats-Unis). La
diminution du nombre d’enfants par femme est également non spécifique
et relève de bien d’autres causes que d’un impact sanitaire sur la
biologie de la reproduction".
Au cours de l’émission « Toutes les France » diffusée lundi 1er Octobre sur France Ô, Dominique Belpomme est revenu lui-même sur ses déclarations concernant le chlordécone et les pesticides aux Antilles.Sur France Ô, il a, à plusieurs reprises, répété qu’ « il n’y a pas de désastre sanitaire ». Celui-ci a affirmé que « le chlordécone n’est pas en cause » dans l’augmentation des cancers de la prostate en Martinique.
Réagissant à ce retournement de situation, l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), regrette dans un communiqué que « le Dr Belpomme ait utilisé, une fois de plus, un effet d’annonce et l’émotion pour faire la promotion de ses thèses personnelles, sans s’appuyer sur des éléments scientifiques sérieux". L’Union des Industries de la Protection des Plantes représente les fabricants de produits phytopharmaceutiques en France, appelés pesticides, destinés à protéger les cultures contre les insectes nuisibles, les maladies et les mauvaises herbes.
Si l’UIPP ne conteste pas l’existence d’un problème d’environnement lié à la présence de chlordécone dans les sols aux Antilles, elle se réfère à la déclaration de l’Institut de Veille Sanitaire : « À ce jour, aucun lien n’a été démontré entre l’exposition aux pesticides aux Antilles et les observations sanitaires qui y ont été effectuées ».
La lumière sur cette sombre affaire sera -t-elle faite par les scientifiques, les juges ou les politiques ?
Quatre ministres auditionnés le 9 octobre
Afin de mesurer l’ampleur du problème et la réalité des risques encourus, la Commission des Affaires sociales et la Commission des Affaires économiques auditionneront le 9 octobre Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de l’Ecologie, et Christian Estrosi, secrétaire d’État chargé de l’Outre-Mer.
La Cour de Cassation saisie au début du mois d’août la Cour d’Appel de Basse-Terre (Guadeloupe) a déclaré « recevable » une plainte pour « empoisonnement ». Le Parquet n’a pas suivi la décision de la cour d’appel, préférant saisir la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. C’est donc cette dernière qui aura la lourde responsabilité de dire si, compte tenu des nouveaux éléments sanitaires, l’instruction de l’affaire du chlordécone et des autres pesticides doit ou non aller jusqu’à son terme.
Le député et président du Conseil Régional de la Guadeloupe, Victorin LUREL, a demandé la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur les pollutions des sols antillais aux pesticides.
Victorin LUREL rappelle que la résolution qu’il a déposé le 31 juillet dernier avec groupe socialiste, radical et citoyen propose la création d’une commission d’enquête portant sur « l’utilisation du chlordécone, du paraquat et des autres pesticides dans l’agriculture martiniquaise, guadeloupéenne et guyanaise et ses conséquences sur les sols et la ressource en eau, sur les productions animales et végétales ainsi que sur la santé publique ». Cette commission d’enquête aurait donc une portée plus large que les actions en justice aujourd’hui en cours avec des moyens d’investigation renforcés.
La production antillaise de bananes est en moyenne de 260.000 tonnes par an (210.000 en Martinique et 50.000 en Guadeloupe). Le chiffre d’affaires de la filière, qui emploie 15.000 personnes, s’élève à 220 millions d’euros auquel s’ajoutent des aides européennes d’environ 130 millions.
Bananeraies après DEAN en Martinique
Le passage de l’ouragan Dean, le 17 août, a détruit la totalité de la production en cours de bananes en Martinique et de 50 à 60% en Guadeloupe.
Peau de banane médiatique ou révélation d’un scandale sanitaire sans précédent : les Antilles exigent que l’on tienne le plus rapidement possible le discours le moins ambigu, le plus franc et le plus responsable possible. A vous messieurs les politiques, les scientifiques, les juges et les journalistes...
Pour aller plus loin :
Le Rapport d’expertise et d’audit externe du Dr Belpomme concernant la pollution par les pesticides en Martinique.
http://www.artac.info/static/telechargement/Rapport%20Martinique.pdf
Le communiqué de L’institut de Veille Sanitaire du 18 septembre :
http://www.invs.sante.fr/display/?doc=presse/2007/communiques/chlordecone_180907/index.html
J’ai voté "interessant" pour cet article du courageux petit pompier de service qui vient au secours de l’industrie "phytopharmaceutique".
A propos, comment font les états latino-américains, pour récolter et vendre (cher) des bananes "bio" ?
Bien à vous !
le chloro déconne ! :-))
On notera que la France a mis vachement de temps à réagir , alors que le produit étatit interdit depuis longtemps ailleurs ! c’est comme dans les affaires concernant l’amiante ou le sang contaminé , certains freinent des quatres fers dans les ministères ... :-((
pourquoi la Republique Dominicaine fait de la banane bio et que Guadeloupe et Martinique n’en font pas !
je cherche à comprendre...
mon cher "greg " puisque le nom de l’auteur de l’article a changé.
ce n’est pas vrais la comm n’est pas confuse ; tout est là sur le net ; http://www.assemblee-nationale.fr/1...
c’est officiel et publié .
ne pas oublier de lire les annexes !!!sur le chlorodecone .
très très instructif . on ne pourras pas dire on ne sait pas après .
Roumi..SEIK...(IP:xxx.x5.74.206) langue bretonne...c’est le même ?
Intéressant, le Grenelle commençant à chauffer, de plus en plus de publications putassières manifestement anti-écologiques —rassurez-vous, la votre reste soft— envahissent nos médias...
Pour les bananes, on arrête les subventions et on fait de la qualité, comme ça tout le monde est content, nan ?
Enfin tout le monde sauf l’UIPP hein...Et oui, que serait l’UIPP sans les subventions versées aux agriculteurs ?
Pour ce qui est des pesticides dans les îles, l’association des internes de martinique n’a pas attendu Belpomme :
http://internat.martinique.free.fr/...
http://internat.martinique.free.fr/ (plus bas dans la page pour le deuxième lien)
Dans l’hebdomadaire LE POINT, N° 1828 du 27 septembre 2007 ; un article de Jean GUISNEL pose le problème suivant : " (...) si personne ne conteste les effets catastrophiques du Chlordécone, plusieurs scientifiques travaillant sur le sujet ont vigoureusement pris le contrepied de Dominique BELPOMME, notamment quatre médecins de l’INSERM dirigés par Luc Multignier qui ont eu connaissance du rapport BELPOMME durant l’été et ont écrit au directeur général de la santé le 16 août. Leur lettre dit que "ce rapport témoigne, outre des connaissances scientifiques limitées, d’une volonté de manipulation et de dissimulation de la vérité, voire, dans le meilleur des cas, d’une ignorance délibérée (...) Une telle approche est fort éloignée de toute procédure intègre d’évaluation scientifique".
le mal est fait des milliers d’hectares ont été contaminés ,bien apres l’interdiction de ce produit racheté aux américains qui eux memes ont interdit son utilisation pour sa toxicité’( les ouvriers de l’usine de fabrication développaient des cancers) un bémol a tout ce qui est dit : les fruits hors sol sont sans danger pour l’homme seln les déclarations d’un pharmacien chercheur guadeloupéen le docteur joseph , banane, aubergine, tomate, christophine , tous ces produits peuvent donc etre consommes sans modération
@l’auteur
certe , certe LE POINT doit vendre son journal et une polémique ne nuit pas au chiffre de vente . !!
mais pourquoi donc l’Assemblée Nationnale crée t’elle une commission qui enquete et publie un rapport ( que vous avez omis dans vos notes "pour aller plus loin" ? )
appuyons nous sur un ensemble de preuves pas sur un article , cela ferait plus sérieux .
merci de la lire .












