Article publié le 18 octobre 2007
Voilà un fait qui a de quoi choquer. C’est la directrice du Fonds des Nations Unies pour la population, Thoraya Ahmed Obaid, qui le rappelle à la veille de la conférence mondiale Les femmes donnent la Vie. (Londres, du 18 au 20 Octobre). Ne vous précipitez pas sur votre calculatrice ; il y a 525600 minutes dans une année.
Si vous tenez absolument à faire un calcul, voici un petit problème à résoudre : plus de quatre millions de nouveaux nés meurent chaque année. Combien cela donne-t-il chaque minute ? Trop facile ? La présidente à titre honorifique de la conférence, Mary Robinson, présidente de Realizing Rights et ancienne présidente de la République d’Irlande, a déclaré : « cela fait dix millions de femmes perdues pour chaque génération. » À combien d’années équivaut une génération ?
Presque tous ces décès sont évitables. L’UNFPA estime même que les mesures permettant de les éviter sont peu coûteuses. Alors, pourquoi tant de femmes continuent-elles à mourir en donnant la naissance ? Qui a entendu parler d’un père mort à la naissance de son enfant ? N’y a-t-il pas là le commencement d’une réponse ?
Vous dites que c’est plutôt une question de développement ? Selon vous, les pays riches ont mis fin au décès des mères parce qu’ils en ont les moyens et les pays pauvres en feront autant le jour où ils seront plus riches ? Alors comment expliquez-vous cette statistique : une mère sur 2500 meurt chaque année aux États-Unis, alors que les données sont d’une sur 29800 en Suède ?
En 1996, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) publiait Le Dossier mère-enfant : Guide pour une maternité sans risque. L’OMS y précisait que « le Dossier mère-enfant s’inscrit dans le cadre de l’Initiative élargie pour la maternité sans risque, laquelle a, depuis ses débuts en1987, véritablement réussi à alerter le monde sur l’ampleur et la nature de la mortalité maternelle. » L’initiative que soulignait l’OMS marquait un tournant parce qu’elle allait au-delà des facteurs biologiques et qu’elle faisait intervenir des facteurs sociaux.
D’ailleurs, l’OMS identifiait, dans le Dossier mère-enfant, la toute première condition pour réussir à diminuer la mortalité des mères et des enfants à la naissance comme étant « la volonté nationale de s’attaquer au problème ».
Si les mères meurent en si grand nombre à la naissance de leur enfant, c’est parce qu’elles sont victimes de discrimination. D’ailleurs dans un pays comme l’Afghanistan, un des endroits au monde où la discrimination envers les femmes est la plus forte, le nombre de mères qui meurent à la naissance est une sur six.
En corollaire, le facteur le plus susceptible d’améliorer le sort des mères est l’égalité entre les hommes et les femmes. Tant que les pays donateurs et les organismes d’aide n’auront pas intériorisé ce corollaire, comme semble l’avoir fait un pays comme le Danemark, des tragédies tel le lourd tribut que paient les femmes pour donner la vie vont se poursuivre.
Dans son communiqué annonçant la conférence Les femmes donnent la vie, l’UNFPA déplore que « la santé maternelle et néonatale ne bénéficient pas d’une attention et d’un financement adaptés ».
Normal, ce sont les hommes qui décident en matière d’aide au développement.
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On voit au nombre de lecteurs de l’article et à ses nombreux commentaires,qu’effectivement le sujet passionne les foules ! :-(
Je n’avais pas pensà à cette comparaison avec la population de la France. Ici au Québec, nous sommes sept millions. Dix millions ça peut sembler jouer sur le sensationalisme. Mais il faut bien comprendre deux choses :
c’est madame Robinson qui a mentionné cette statistique ;
la très grande majorité de ces décès est tout à fait évitable.
Parfois je me demande si ce n’est pas la peur d’être submergé par les autres qui nous fait réagir ainsi. Quelques personnes meurent dans un pays riches alors que leur mort aurait pu être évitée, et on met prompto sur pied une commission d’enquête. Quelques centaines de milliers de femmes meurent dans les pays pauvres alors que leur mort aurait pu être tout à fait évitées, Bof ! Qui s’en plaindra. Nous avons une drôle de morale, ne trouvez-vous pas ?
Je persiste et signe : ce sont des femmes et des pauvres qui meurent, pas Lady Diana, donc on ne s’en émeut pas. Pourtant le scandale de leur mort est pire.
Vous avez des amis orphelins par hasard ?
Petite précision : mon commentaire s’adressait à plus robert que redford.
bravo pour cet article.
dommage qu’il ait si peu de succès.
mais après tout, ce ne sont que des femmes, et de pays lointains qui plus est...
il en est de même pour le paludisme qui aurait depuis longtemps dû être éradiqué...
ah... les mystères des arcanes des grands groupes pharmaceutiques...
J’aime beaucoup les articles de Michel Monette, et je reconnais bien son humanisme dans celui-ci
Mais !
Il y a une certaine malhonnêteté intellectuelle à trifouiller les chiffres de cette façon.
C’est sûr, automatiquement, si on compare le chiffre de 10 milions de femmes manquantes par génération à une échelle qui nous dit quelque chose, par exemple la population française (63 milions) ou canadienne (31 milions), c’est tout de suite énorme, voire totalement insupportable...
Mais nous sommes plus de 6 miliards sur terre, dont grosso modo moitié (trois miliards) de femmes. Bon, mettons que la moitié soit en âge de se reproduire, ça ramène la proportion à 0,8% de génitrices retirées du circuit...
Je sais, c’est cynique, mais on tripote des chiffres, alors...
C’est sûr, s’il manquait la moitié des mecs, le restant pouvoirait sans aucun problème à la survie de l’espèce, à 3 miliards de spermatozoïdes par éjac, y a du stock !!
Et puis, comme nous sommes une espèce particulièrement néfaste, qui se plaindra d’une baisse de la population ?












