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Pour un moratoire européen sur les gaz non conventionnels

Article publié le 21 janvier 2011

De nombreux acteurs industriels, en particulier de la filière du pétrole, s’intéressent de près à l’exploration-production des ressources de gaz non conventionnels dispersées dans le monde (gaz de schistes, gaz de houille, gaz de réservoirs compacts), contribuant à une redistribution de la géostratégie énergétique internationale. Le gaz de schiste est ainsi devenu la seconde source énergétique des Etats-Unis, permet de chauffer plus de la moitié des foyers et relance l’idée de propulser au gaz les véhicules des ménages américains. L’Europe -dont la France- suscite actuellement de nombreuses convoitises. De nombreuses voix commencent cependant à s’élever aux Etats-Unis en raison des conséquences écologiques désastreuses de l’exploitation sur la ressource en eau, la qualité de l’air et des sols et du mitage du paysage. Des villes votent pour l’instauration de moratoires comme à New York, les associations canadiennes qui voient les projets de multiplier sur leur territoire se mobilisent à leur tour. Avant que cette aventure industrielle hasardeuse et risquée ne s’exporte sur le Vieux Continent, CAP21 ouvre le débat sur un site dédié "www.deleaudanslegaz.com" et demande l’instauration d’un moratoire sur l’exploration et l’extraction à l’échelle de l’Europe dans l’attente d’une expertise scientifique indépendante sur les risques environnementaux liés à cette industrie.

Pour un moratoire européen sur les gaz non conventionnels

La transition énergétique qui substitue les énergies renouvelables aux combustibles fossiles est en marche. Le gaz naturel va probablement occuper une place importante dans les décennies à venir pour accompagner cette transition. On estime ainsi que la consommation mondiale de gaz devrait passer de 3 téramètres cubes en 2007 à 4,4 téramètres cubes en 2030.

Alors que les réserves de gaz naturel conventionnel décroissent (estimation à 60 ans de consommation), un certain nombre de pays se tournent de plus en plus vers l’extraction de gaz non conventionnels nichés dans le charbon, les schistes et des réservoirs particulièrement difficiles à exploiter car ils permettent de réévaluer les réserves mondiales de gaz de 60 à 250 % selon Petroleum Economist.

Pour certains c’est la promesse d’un nouvel eldorado économique d’autant plus que les gisements sont disséminés dans de nombreux bassins sédimentaires dans le monde notamment aux Etats-Unis et en Europe, de quoi s’affranchir de contextes géopolitiques parfois instables.

Avec les gaz non conventionnels, la Russie a perdu en 2009 son statut de premier producteur mondial de gaz au profit des Etats-Unis où la production a progressé de 4% pour atteindre 601 Gm3 contre 575 Gm3 pour la Russie. La Chine, dernière entrée dans la course au développement des gaz non conventionnels, devrait voir sa consommation de gaz naturel croître de 6% par an en moyenne entre 2008 et 2035. L’économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie Fatih Birol estime ainsi que l’on pourrait assister dans les prochaines années à un « âge d’or du gaz ».

Ce nouvel eldorado risque pourtant de devenir une véritable bombe à retardement sur le plan écologique en raison des techniques d’extraction auxquelles on est obligé de recourir. Pour éviter que ces évolutions technologiques ne se traduisent par un désastre environnemental, CAP21 a décidé d’ouvrir le dossier, de mener l’enquête et de tirer la sonnette d’alarme en demandant un moratoire européen.

Les gaz non conventionnels

A la différence du gaz conventionnel, ces gaz se trouvent répartis de manière diffuse dans différentes couches géologiques. On en distingue trois catégories : les gaz de schistes, les gaz de houille et les gaz de réservoir ultracompacts (tight gas) selon qu’ils sont enfermés dans une roche mère argileuse (schistes), des filons de charbon (houille) ou des réservoirs de très faible perméabilité, difficiles à exploiter (tight gas). Les progrès techniques permettent aujourd’hui leur exploitation dans des conditions économiques rentables. Deux techniques sont ainsi employées :

- le forage horizontal à partir d’un puits vertical qui permet de recouper sur de grandes distances (1 à 3 kms) la formation productrice de gaz

- la fracturation hydraulique qui permet de créer des fractures artificielles pour extraire le gaz. Cette fracturation se fait par injection d’eau sous forte pression avec du sable fin et des produits chimiques destinés à empêcher les fractures de se refermer.

Ces techniques ne sont pas sans poser de lourds inconvénients pour l’environnement.

Un risque majeur pour l’environnement et la santé publique

La fracturation hydraulique requiert en premier lieu d’importantes quantités d’eau. Elle utilise de nombreux produits chimiques dont on ne connaît d’ailleurs par la liste exhaustive car les industriels refusent la communiquer. Selon le Département de la Protection de l’Environnement en Pennsylvanie, c’est un véritable cocktail chimique qui est utilisé par l’industrie avec des composés souvent hautement cancérogènes, reprotoxiques et toxiques pour les milieux aquatiques. Ont été identifiés entre autres le benzène et ses dérivés, les éthers de glycol, des acides, du formaldéhyde, du toluène, du xylène, du naphtalène, des amides et amines….. Une partie seulement de l’eau utilisée est récupérée (50à 90 % selon les sources) dans de vastes bassins de récupération et nécessite d’être traitée. Les stations d’épuration urbaines ne savent pas traiter ces effluents.

Avec l’évaporation des émissions de COV entrent en contact dans l’air avec les émissions de diesel des camions et des génératrices présentes sur le site produisant de l’ozone troposphérique pouvant se déplacer sur des centaines de kilomètres. Outre les émissions toxiques dans l’atmosphère liées au torchage (CO2, NOx, particules fines, etc…), l’extraction génère des risques réels d’émissions fugitives de méthane et de fuites de sulfure d’hydrogène, un gaz toxique et explosif. En outre, les équipements d'extraction du gaz de schiste fonctionnent de façon continue et constituent une source importante de bruit sans compter les transports sur route liées à l’activité.

A ce titre l’expérience américaine doit nous éviter d’importer en Europe ce qui s’apparente de plus en plus à une catastrophe environnementale.

L’expérience des Etats Unis

Le gaz de schiste est exploité depuis plusieurs années aux Etats Unis. On y compte près de 500 000 puits d’exploitation dans 31 Etats. En 2009, le gaz non conventionnel a ainsi représenté la moitié de la production gazière américaine, et il en assurerait 60 % en 2030, selon les dernières projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Mais la question de leur impact environnemental fait de plus en plus débat avec la multiplication des histoires de puits contaminés, notamment en Pennsylvanie, Colorado, Ohio et Wyoming.

En mars 2009, l’Agence américaine de Protection de l’Environnement, l’EPA, enquêtait sur l’origine de la contamination chimique de puits dans le village de Pavilion, Wyoming où on exploite les gaz non conventionnels. Son rapport déposé en août 2010 a révélé que l’eau de 11 des 17 puits des résidents contenaient entre autres du 2-butoxyéthanol, un composé hautement cancérogène ainsi que de l’arsenic, du cuivre et d’autres métaux. En février dernier, un comité du Congrès américain révélait que deux géants de l’industrie avaient utilisé dans leurs opérations de fracturation du benzène et autres hydrocarbures entre 2005 et 2007.

A Dish, petite cité dortoir du Texas, les habitants s’inquiètent de l’air pollué par l’industrie gazière. Une quinzaine de forages existent dans les limites communales mais le territoire est quadrillé d’environ 12 000 puits. Des concentrations importantes de benzène, hautement cancérogène , ont été relevées l’année dernière dans l’air de la ville.

 La ville de New York a diligenté une étude d’impact de l’extraction des gaz non conventionnels pour la ressource en eau qu’elle exploite. Il a été estimé que 3000 à 6000 puits étaient susceptibles d’être réalisés en finalité pour exploiter les gisements et que les risques cumulatifs devenaient alors significatifs. Le rapport souligne que les opérations de fracturation en plus d’utiliser des quantités astronomiques d’eau utiliseraient chaque jour plusieurs centaines de tonnes de produits chimiques dont plusieurs « sont toxiques pour l’environnement et la santé humaine » et menaceraient l’approvisionnement en eau potable de New York. Un article paru dans la revue Scientific American souligne aussi des contaminations radioactives à partir de données du Department of Environmental Conservation (DEC) de New York qui aurait analysé 13 prélèvements d'eaux usées de forage à des centaines de pieds de profondeur.

 La ville de New York a voté en août dernier un moratoire temporaire sur toute exploitation qui combine forage horizontal et fracturation hydraulique dans le bassin versant de 4000 km2 qui approvisionne son aqueduc municipal. Le conseil municipal de Pittsburgh a pris récemment la même décision pour éviter la contamination de l’eau, de l’air, des sols du territoire.

Une série d’enquêtes menée par le média ProPublica estime que la fracturation hydraulique est un dénominateur commun de plus d’un millier de cas de contamination de l’eau dans 7 Etats des USA. Le 18 mars dernier, l’Agence gouvernementale de Protection de l’Environnement (EPA) s’est lancée dans une étude approfondie qui durera près de deux ans en mobilisant notamment ses bureaux régionaux au Colorado, Texas, New York et Pennsylvanie. Ce sont près de 2 millions de dollars qui seront consacrés en 2010 à cette expertise.

Les voix qui s’élèvent aux Etats-Unis, au Canada, au Québec sont de plus en plus nombreuses pour demander un moratoire : une voie à suivre en Europe et en France ?

Convoitises sur l’Europe

L’industrie pétrolière et gazière s’intéresse actuellement de près au continent européen, notamment à la Pologne, la Hongrie, l’Ukraine et l’Allemagne. Certains estiment que l’Europe pourrait renfermer dans son sous-sol 36 000 milliards de mètres cube de gaz non conventionnels (jusqu’à une profondeur de 1000 mètres). La faculté de diminuer sa dépendance des importations, notamment de gaz russe intensifie la pression. Les compagnies pétrolières (ExxonMobil, Shell, BP, Total, ENI, PetroChina, Statoil, Talisman...), qui ont du mal à reconstituer leurs réserves d'hydrocarbures, y voient de nouveaux relais de croissance.

Le potentiel français en matière de gaz non conventionnel se concentre dans le sud-est dans un triangle formé par Valence, Montpellier et Nice, particulièrement en Ardèche, dans la Drôme et les Hautes-Alpes. Et potentiellement dans le Bassin parisien et en Aquitaine. Total prépare la fin de l’exploitation du gisement de Lacq (Pyrénées Atlantiques) et prévoit d’investir 37,8 millions d’euros dans la Drôme et l’Ardèche pour explorer le sous-sol et rechercher les gaz de schistes. Le groupe a obtenu le 31 mars dernier un permis exclusif de recherche valable pour 5 ans et couvrant une surface de 4327 km2 entre Montélimar et Montpellier. De petites compagnies prospectent également et ont déjà obtenu des autorisations.

Eurenergy Resource a obtenu ainsi une concession de 5000 m2 en Moselle. La compagnie australienne EGL (European Gas Limited) entend exploiter en France le gaz de houille. Cette entreprise a racheté en 2008 Gazonor, l’ex-filiale des Charbonnages de France spécialisée dans la valorisation du grisou. Elle exploite ainsi le gaz de mine dans d’anciennes houillères du Nord Pas de Calais. EGL a repéré du gaz de houille dans le Valenciennois et a obtenu un permis d’exploration pour ce gisement estimé à 65 milliards de mètres cube. Ce permis s’ajoute à cinq autres : deux en Lorraine, un dans le Jura, un près de Saint-Etienne (Loire) et un à Gardanne (Bouches-du-Rhône).

GDF Suez s’intéresse aussi au dossier et devrait mener des explorations en Ardèche.

Une cartographie détaillée des ressources européennes en gaz de schiste a par ailleurs été confiée à un consortium (GASH) auquel participent l'IFP Energies Nouvelles, Total, GDF Suez, Schlumberger, ExxonMobil, Wintershall, Repsol, Marathon et Statoil qui devrait aboutir, d'ici deux ans, à une connaissance beaucoup plus fine des ressources.

Avant que cette aventure industrielle hasardeuse et risquée ne s’exporte sur le Vieux Continent, il faut proposer l’instauration d’un moratoire sur l’exploration et l’extraction à l’échelle de l’Europe dans l’attente d’une expertise scientifique indépendante sur les risques environnementaux liés à cette industrie.

Retrouvez toutes les informations utiles sur : www.deleaudanslegaz.com

 

Source image : http://cache.daylife.com

Thèmes

Europe Energies renouvelables Gaz Energies fossiles

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commentaires
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par Indianagrenoble (IP:xxx.xx0.222.216) le 21 janvier 2011 à 18H08

Bonjour à tous,

Il devient urgent de voir le documentaire d’une jeune Américain, qui caméra au poing, nous fait découvrir un monde où l’argent du pétrole et du gaz empoisonne délibérément les nappes phréatiques !

Vous pouvez télécharger ce documentaire ici :

http://www.fileserve.com/file/EDuUGC6

" Les plus importantes recherches de gisements de gaz naturel sont en ce moment entreprises à travers tous les États-Unis. La société Halliburton a développé une technologie de forage, la fracturation hydraulique, qui va permettre aux États-Unis de devenir « l’Arabie Saoudite du gaz naturel ». Mais cette technique est-elle sans danger ? Lorsque le cinéaste Josh Fox reçoit une lettre l’invitant à louer ses terres pour y faire un forage, il va sillonner le pays et découvrir en chemin des secrets bien gardés, des mensonges et des toxines ? "

De la part de Bebedoo

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par France (IP:xxx.xx2.49.207) le 29 janvier 2011 à 20H54

Quand les ressources naturelles s’épuisent, la solution n’est pas de violer la Terre, et de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, la solution, c’est la décroissance : décroissance de la consommation (la sobriété heureuse de Pierre Rabhi), et décroissance de la population, corollaire indispensable, car avec une croissance exponentielle (doublement tous les 50 ans), tout progrès de sobriété sera rapidement balayé par la croissance démographique. La solution à nos problèmes de pollution, d’épuisement des ressources et de pollution passe nécessairement par la réduction de la natalité partout dans le monde. Cette réduction doit être obtenue par la mise à disposition gratuite et universelle des moyens de contraception, par l’éducation, par l’égalité des sexes, la promotion de la femme, la fin des incitations fiscales et financières aux familles nombreuses, la fin de la mise à l’honneur "de la mère de famille nombreuse et méritante". Par ces moyens, la réduction de la natalité peut être obtenue sans mesures coercitives (types chinoises), car elle correspond à ce que désirent la plupart des femmes dès qu’elle ont de l’instruction et l’autonomie financière par le travail. Une jeune association se bat pour faire évoluer les mentalités sur ce sujet tabou : http://www.demographie-responsable.org/

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