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"On ne peut pas sortir du nucléaire"

Article publié le 16 mars 2011

Discussion en arrivant au bureau ce matin : "Tu as vu le Japon, c’est terrible, hein !?" "Oui, et en plus, le nucléaire, on ne peut pas s’en passer à moins de revenir à la bougie" Dans les médias, dans les interventions du personnel politique et des experts, on retrouve la même dualité entre les pro ("le nucléaire est sûr et indispensable") et les anti ("c’est dangereux et on peut passer à autre chose"). Et si on prenait un peu de hauteur pour comprendre que tout cela est plus compliqué et un peu moins manichéen ?

"On ne peut pas sortir du nucléaire"

 

1-Les "anciennes" énergies :

S' il fallait caractériser les énergies que nous utilisons pour produire de l'électricité, on peut dire que le nucléaire est la plus récente et la plus sophistiquée des sources d'énergies que l'on peut qualifier d'"anciennes énergies". Celles-ci se caractérisent par trois aspects :

-il s'agit de centrales, d'usines compactes produisant une grande quantité d'électricité sur une petite surface. L'électricité est diffusée de manière centralisée sur l'ensemble du réseau.

-ces centrales dégagent de la pollution, pollution instantanée de l'air dans le cas des centrales thermiques ayant des conséquences immédiates sur l'atmosphère, pollution à long terme par la radioactivité pour les centrales nucléaires.

-ces centrales nécessitent un combustible qui est, par définition, limité en ressources.

 

Pour le cas spécifique du nucléaire, notons quelques particularités :

-les centrales compactes, fonctionnant à l'énergie atomique, sont d'une très grande puissance

-la pollution à long terme nécessite une organisation particulièrement rigoureuse pour gérer le risque, le confiner, prévenir les fuites et accidents, gérer les déchets à très long terme, assumer les éventuels accidents aux conséquences catastrophiques et coûteuses comme le démontre l'actualité japonaise. Le coût de ces protections est très important et surtout difficile à contingenter à cause du risque d'accident et de l'avenir des déchets. Le coût apparent du nucléaire n'est pas le coût final pour l'Humanité, impossible à quantifier.

-le combustible, l'uranium, est limité et devrait, d'après la plupart des estimations, disparaître d'ici la fin du siècle. Il va devenir rare et cher au fur à et mesure que les pays vont s'équiper en centrale nucléaire. Sans compter le coût géopolitique, comme le démontre l'affaire des otages au Mali.

 

Il faut comprendre la part toute particulière de l'atome dans la culture française. L'origine de cette industrie, dans les années 50, doit être cherchée dans l'alliance entre les milieux scientifiques et politiques français, dans une tradition colbertiste caractéristique de notre pays. Je recommande à ce propos la lecture de l'excellent ouvrage de mon ami Alain Leridon : "L'Atome hexagonal, histoire de la relation de la France avec le nucléaire" publié aux éditions Aléas, en 2009.

 

Enfin, pour conclure, dans la situation actuelle de la France, nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire parce que notre système de production est majoritairement d'origine atomique. Mais rien ne nous oblige, dans les années et décennies à venir, à continuer à investir dans une énergie qui possède autant de défauts.

 

2-Les énergies alternatives :

Pour la majorité des citoyens de notre pays, leur opinion est faite : il n'existe pas d'alternatives viables. Pourant, quand on creuse la question, on s'aperçoit que les solutions existent, même si elles sont mal connues et souvent déconsidérées.

L'alternative consiste dans un système qui possèdent les caractéristiques suivantes :

-l'énergie est récupérée sur les productions naturelles de la planète : les déplacements de masse d'air (les vents, les vagues), de masse d'eau (les chutes d'eau, les courants), la chaleur produite par le soleil (panneaux solaires). Pour pouvoir exploiter l'ensemble de ces forces, les capteurs doivent être dispersés et variés. On est donc dans l'opposition aux anciennes énergies qui étaient concentrés dans quelques centrales. Ici, on utilise et exploite de multipes unités. Cela présente un avantage : l'installation et la gestion de ces multiples capteurs d'énergies nécessitent une main d'oeuvre importante. Contrairement aux "anciennes" centrales, c'est une économie créatrice d'emplois.

-ces capteurs multiples sont parfaitement au point techniquement. Le seul reproche qu'on a pu leur faire était l'intermitence de la production d'énergie par la nature. Mais les systèmes de production alternative comprennent deséléments de régulation : pompage-turbinage, batteries, pile à combustible, ... C'est un véritable progrés par rapport au XXéme siècle : on sait maintenant parfaitement produire et gérer de manière décentralisée et intelligente l'électricité (système smart grid). On passe d'une logique de centrale à une logique de système décentralisé.

-ces systèmes de captures ont un énorme avantage : ils ne dépendent plus de ressources du sous-sol limitées, pour lesquelles la concurrence ne va faire que s'exacerber. On a seulement besoin de ces ressources pour construire ces différents capteurs. Le coût de ces systèmes va passer essentiellement dans la main d'oeuvre pour les construire, les installer et les entretenir. c'est donc un coût qui a des répercussions positives sur l'emploi et donc l'économie. 

-enfin, contrairement aux idées reçues, on peut largement produire toute l'électricité dont nous avons besoin avec ces technologies.

 

Si vous doutez de l'existence de ces technologies, de leur fiabilité et de leur cohérence, je vous conseille vivement d'aller surfer sur le site Objectif Terre de mon collègue Olivier Danielo : son blog recense et décrit l'ensemble des technologies et de leurs possibilités d'organisation et de développement économiques : il y plus de 3500 articles, c'est un monument !

 Aller voir les articles de ce site consacré à cette question ou aller voir le blog Objectif Terre .

 

Si vous doutez encore, c'est sans doute que vous vous trouvez en quelque sorte dans la situation de ces personnes qui, à la fin du XIXéme siècle, préféraient la machine à vapeur au moteur électrique. La première était sale et polluante mais on la connaissait bien, on l'avait adoptée. Le moteur électrique paraissait compliqué et cher, il était trop nouveau et mal connu, il était déconsidéré.


3-Passer d'un monde à l'autre :

Nous avons donc actuellement besoin du nucléaire pour produire notre électricité. J'espère vous avoir convaincu qu'il fallait passer à autre chose. Mais comment réaliser cette transition en deux décennies ?

La méthode est simple : taxer de manière très légère (quelques dizaines de centimes sur une facture les premières années) toute l'électricité produite à partir de sources non renouvelables. Utiliser entièrement cette taxe pour financer les investissements nécessaires pour acheter et installer des capteurs (éolienne, solaire, hydraulique). Augmenter cette taxation au fur et à mesure que le potentiel du renouvelable prend de l'importance. Cette méthode, dite des contributions incitatives, permet de réaliser cette transition tout en stimulant l'économie du pays qui réalise cette révolution énergétique.

 

Le nucléaire, nécessaire aujourd'hui, va devenir de plus en plus coûteux demain pour deux raisons : parce la pollution cumulée va coûter de plus en plus cher et parce le combustible va augmenter de façon exponentiel. Sur une planète où la concurrence pour l'accès aux ressources se développe, disposer de ressources renouvelables à l'infini sera, à l'avenir, un atout essentiel.


Thèmes

Energies renouvelables Nucléaire Electricité Energies fossiles uranium Radioactivité

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commentaires
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(IP:xxx.xx3.28.73) le 16 mars 2011 à 22H17

Et bien-sûr on va pouvoir continuer à consommer comme avant hein ? Sûr qu’on ne sera pas obligé d’abandonner quoi que ce soit ? Allez vous le savez bien, la mutation énergétique n’a de chance que si elle s’accompagne d’une mutation de notre modèle économique (et ça ne concerne pas que mon voisin...).

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 17 mars 2011 à 19H44

Pensez vous que le développement des véhicules électriques pourra se faire sans électricité d’origine nucléaire. Que la France pourra se passer des revenus générés par la filière nucléaire. L’avenir proche c’est l’EPR, et plus loin les réacteurs à fusion d’Helium 3. Que vous le vouliez ou non. Le changement de notre modèle économique ne suffirait pas à inverser la tendance. Il faudrait réprimer la boulimie d’énergie à laquelle nous pousse notre feignantise. Et ralentir la démographie. Mais personne ne veut de ces solutions. Il va simplement falloir que la population et surtout les industriels prennent en compte le fait que l’accident est possible. Et des solutions seront trouvées. De quels équipements les Japonais auraient-il eu besoin pour juguler l’accident. Des canalisations, des pompes, et des sources d’énergie fiables permettant de les faire fonctionner en toutes condition pour reffroidir la centrale. Mais personne n’a jamais envisagé d’installer tout cela en prévision d’un éventuel accident, alors que la principale faille de toutes les centrales se situe à ce niveau. Mais quel ingénieur quel responsable de l’AIEA pourrait tirer des honneurs d’une telle idée. Aucun. La production d’énergie nucléaire manque cruellement... de bon sens.

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(IP:xxx.xx5.153.99) le 17 mars 2011 à 21H35

On donne la radioactivité aux Hommes et ils font une bombe avec puis jouent à tout faire sauter.

Ce ne serait pas dans le choix que fait nos instances éducatrices que le problème existe. En effet, ils sélectionnent soit disant les meilleurs cerveaux possibles pour mettre aux postes de directions et..rien ne va convenablement. De la finance à l’énergie, tout est en train de s’écrouler. Le mental concret sélectionné est-il vraiment destiné à ces postes de HAUTE direction ? N’importe quelle mère de famille sait bien que le début de l’endettement est le début des emmerdements et que l’on a de très grandes difficultés à remonter la pente. Nous savons aussi que l’on ne doit jamais séparer ce que la Nature a uni...NOUS, mais pas les incompétents qui ont mis très bêtement en action la fission nucléaire.

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par ADAGIO (IP:xxx.xx4.133.239) le 2 avril 2011 à 15H33

Le nucléaire, c’est 2,5 % de l’énergie finale mondiale.C’est donc absolument marginal ! Et à en croire les pronucléaires, il serait impossible de s’en passer ? Une simple politique de maitrise de l’énergie le permettrait aisément.Il est certain que le problème serait un peu plus difficile dans le cas de la France compte tenu de l’importance du nucléaire, qui fournit 16% de l’énergie finale du pays et environ 75 % de l’électricité.En France, l’éolien est peu developpé ; il a pourtant fourni en 2010 pas loin de 9 Twh c’est à dire la production d’un réacteur nucléaire.Bien entendu cela ne veut pas dire que l’éolien à lui tout seul pourrait remplacer le nucléaire ce qu’il ne fera jamais mais montre que les renouvelables sont loin de se cantonner dans la marginalité.

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