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Nucléaire : Le scénario Négawatt est-il plausible ?

Article publié le 29 mars 2011

Alors que la catastrophe japonaise entraîne un renouveau du débat sur le Nucléaire, on parle beaucoup du scénario Négawatt. Ceux qui veulent en sortir essaient de montrer que cela est possible, alors que les partisans du nucléaire continuent d’affirmer que cette sortie n’est pas réaliste. Le regroupement de professionnels à l’origine du scénario Négawatt veut montrer, de manière concrète, que l’on peut en sortir. Mais leur scénario est-il crédible ?

Nucléaire : Le scénario Négawatt est-il plausible ?


1-Comment fonctionne le scénario Négawatt ?

La démarche des concepteurs de Négawatt consiste à imaginer un scénario qui cumule trois méthodes complémentaires pour sortir du nucléaire et diminuer nos consommations électriques :

-la sobriété énergétique qu'ils opposent à notre "ébriété" énergétique actuelle. Cela consiste à diminuer nos consommations en changeant nos pratiques et nos modes de vie. Il s'agit donc de démarches individuelles, de mutations culturelles qui vont s'installer progressivement et qui seront favorisés par l'augmentation inévitable du coût de l'énergie électrique. 

-l'efficacité énergétique qui vise à réduire les pertes et les utilisations inutiles d'énergies. La diminution de nos consommations provient alors des mutations technologiques et de l'évolution des équipements. Elle dépendra surtout de notre capacité à faire évoluer les parcs d'appareils, de moyens de transports et de nos bâtiments.

-le recours croissant aux énergies renouvelables, "par définition inépuisables" permet alors en complément de la réduction de la consommation de remplacer progressivement le nucléaire.

 

Le scénario étudié par Négawatt consiste à imaginer une sortie en quarante ans combinant ces trois méthodes. Techniquement, leur démarche paraît solide et crédible.

 

Séduisante, la démarche Négawatt a cependant une véritable faiblesse. Elle imagine une évolution des curseurs de chaque énergie : "augmenter l'éolien", "recourir à la géothermie profonde", "renouveler les équipements" ...

Mais elle n'explique pas comment nous allons faire bouger ces curseurs. Autrement dit, les experts de Négawatt, chercheurs et ingénieurs, n'ont pas forcément réfléchis aux outils politiques indispensables pour mettre en place leur scénario. Leur démarche, technique, oublie que les réformes ne se décident pas d'un coup de baguette magique mais nécessitent des méthodes pour les faire approuver par l'opinion publique et pour les mettre concrètement en pratique. L'évolution énergétique d'un pays ne se décrète pas. Il serait naïf de le croire. Il faut alors envisager des outils concrets pour agir.

On n'insistera pas ici sur la sobriété qui dépendra de l'évolution conjointe des mentalités et des prix pour s'intéresser à la mise en place de l'efficacité et des renouvelables.

 

2-Comment mettre en place politiquement l'efficacité énergétique ?

 

L'évolution de nos équipements dépend en grande partie de la rapidité de leur renouvellement. Plus le renouvellement est rapide, plus nous aurons des équipements économes en énergies. Ce principe se heurte, d'ailleurs, à la nécessité de ne pas multiplier les consommations d'équipements neufs coûteux en matières premières.

Il paraît relativement facile d'agir sur le neuf en agissant sur la réglementation : la mise en place de normes plus exigeantes, des prescriptions de consommation énergétiques de plus en plus faibles sont efficaces dans le bâtiment neuf ou dans l'achat d'électro-ménager. Cependant, l'évolution des réglementations sera freiné par les professionnels du secteur qui résisteront car cela remet en question leur démarches habituelles et leurs marges.

En agissant uniquement sur le neuf, le levier réglementaire ne permet pas à l'efficacité énergétique de s'améliorer de manière significative. C'est particulièrement vrai dans le bâtiment. Le renouvellement du parc immobilier est très lent et, sans actions concrètes, nous allons traîner des "passoires" thermiques pendant des décennies. 

L'obligation d'isoler ces bâtiments ne peut se faire par des méthodes coercitives d'une part parce qu'elles se heurteraient à la liberté de propriété, d'autre part parce que cela nécessite des moyens financiers dont ne dispose pas forcément les possesseurs des bâtiments.

Comment faire alors ? En utilisant des méthodes plus douces, incitatives et contributives à la fois, qui vont entraîner fermement les propriétaires dans la direction de l'efficacité énergétique.

Le levier que l'on peut utiliser est celui de la taxe foncière. On propose de lui adjoindre une contribution faible -dix centimes d'euro par mètre carré, par exemple- qui va augmenter progressivement et inexorablement. Seuls les bâtiments à énergie positive seront exempté de cette contribution.

Le produit de cette contribution sera redistribué aux propriétaires sous la forme de subventions quand ils feront les travaux nécessaires pour transformer leur bâtiment et leur faire atteindre cette norme.

Ainsi, on pourra faire bouger le curseur de la consommation des bâtiments, en dépassant le frein énorme que constitue la forte inertie du parc immobilier. On travaillera à la fois sur l'incitation financière et l'augmentation des tarifs tout en provisionnant les investissements nécessaires.

 

3-Comment développer politiquement les énergies renouvelables ?

Contrairement aux idées reçues, courantes en France, le renouvelable est techniquement au point. Il est parfaitement possible de constituer un réseau électrique permettant d'alimenter l'ensemble du territoire.

Par contre, on a encore du mal à produire du kilowatt en renouvelable qui soit concurrentiel avec le kilowatt nucléaire (hors gestion à long terme des déchets). La difficulté est donc bien d"amorcer la pompe" de l'investissement pour des infrastructures qui ne sont pas rentables pour l'instant. Les incitations fiscales dans le photovoltaïque, comme la CSPE, ayant démontré leur inefficacité, il nous faut trouver d'autres outils politiques, d'autres leviers incitatifs dans un contexte de raréfaction budgétaire qui interdit le recours à l'argent public pour aider à la généralisation des ENR.

 

On peut alors imaginer de taxer légèrement, mais inexorablement de manière croissante, la production d'électricité reposant sur des combustibles fossiles (hydrocarbures, uranium) et d'utiliser ces contributions pour subventionner les investissements dans l'éolien, le soleil et l'eau.

 

Conclusion :

Aujourd'hui, réaliser en quelques décennies la transition d'une production électrique d'origine nucléaire vers une production davantage maîtrisée et reconductible à l'infini est possible.  L'outillage technologique et systémique est en place. Ce qui manque, c'est la création des mécanismes incitatifs politiques et financiers qui rendront possible cette transition. Il nous faut les inventer maintenant.

 

 


Thèmes

Nucléaire Electricité

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commentaires
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(IP:xxx.xx1.179.18) le 29 mars 2011 à 12H44

"""Ce qui manque, c’est la création des mécanismes incitatifs politiques et financiers qui rendront possible cette transition. Il nous faut les inventer maintenant."""

Et bien, les preuves arrivent. Il nous faut modifier notre façon d’aborder ce que l’on nous donne. Il est honteux d’avoir fait deux bombes et d’avoir occasionné des fuites radioactives quand on nous a donné la radioactivité. La Nature va savoir remettre de l’ordre et remettre en place ces êtres qui osent utiliser leur mental pour leur avantage personnel...

Tout va plus vite, alors...les preuves arriveront plus vite. Il n’y a plus à créer de mécanismes aussi foireux les uns que les autres ! Nous devons faire une prise de Conscience et nous ferons très bientôt une Prise de Conscience. Le bien pour soi tout seul, c’est fini ! Le Bien de l’Ensemble doit être privilégié, c’est quand même pas trop difficile à comprendre.

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 30 mars 2011 à 22H55

Vous voulez baser une politique fiscale douteuse sur un impôt reposant déjà sur une base totalement foireuse favorisant outrageusement les propriétaires d’habitations immenses et de résidences secondaires. Contribuables qui devraient en ces temps de pénurie de logement être lourdement imposés. Je vous propose de distribuer chaque année un quotta de kWh (pas de kW, vous faites bien la différence) à chaque français (avec une pondération géographique, il fait plus froid à Strasbourg qu’à Nice). Et ensuite un système de tickets de rationnement. Et le quotta est décrémenté avec une pondération prenant en compte l’origine de l’énergie consommée. Une bourse dans laquelle ceux qui préfèrent se cailler et rouler en vélo vendent leurs quottas au gros bobbos crados en 4x4. Le tour est joué, l’état et les producteurs prennent leur pourcentage, tout le monde y trouve son compte et on peut envisager de supprimer le nucléaire dans un ou deux siècles comme cela sera probablement le cas....

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(IP:xxx.xx3.223.113) le 4 avril 2011 à 16H30

"....favorisant outrageusement les propriétaires d’habitations immenses et de résidences secondaires."

- Qu’ils ont acquis par leur travail ou celui de leurs parents et qui paient pour vivre comme bon leur semble.

"....Contribuables qui devraient en ces temps de pénurie de logement être lourdement imposés..."

- Ils le sont déjà lourdement imposés. Renseignez-vous, vous verrez Pourquoi voulez-vous les imposer encore plus lourdement pour compenser la carence, l’incurie et l’impéritie des gouvernements successifs qui n’ont pas fait le nécessaire pour construire suffisamment de logements sociaux pour lesquels ils ont néanmoins perçu l’impôt et les taxes qui en principe étaient destinés à çà mais ont préféré distribuer l’argent pour acheter des électeurs ?

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 4 avril 2011 à 17H58

Je persiste et je signe. Est il tolérable dans une démocratie, qu’un retraité vivant seul dans une maison de 500 m² ou une famille propriétaire de son logement et de plusieurs résidences secondaires ne contribue pas à l’aide au logement, alors que de jeunes salariés dont le salaire ne permet pas de prendre une location dorment dans leur bagnole. "Il vaut mieux, après tout, taxer le vice que rançonner la vertu comme on le fait dans les sociétés républicaines." (Albert Camus)

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(IP:xxx.xx3.223.113) le 5 avril 2011 à 15H13

"qu’un retraité vivant seul dans une maison de 500 m² ou une famille propriétaire de son logement et de plusieurs résidences secondaires ne contribue pas à l’aide au logement"

- Et alors ? Le retraité ou la famille en question est-ce qu’ils ont volé leur(s) maison(s) ? Non je pense ! Ils ont travaillé pour se les payer ! Ils ont payé toutes sortes d’impôts et de taxes sur leurs revenus et sur leurs biens. Taxes et impôts que l’état de droite comme de gauche n’a pas utilisés pour aider ceux qui en ont besoin comme c’est son devoir. Vous avez un raisonnement marxiste léniniste de confiscation et de redistribution. On a vu où celà les avait menés.C’est çà que vous voulez chez nous ?

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