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Maîtriser l'Energie : à propos du rapport de Terra Nova

Article publié le 9 novembre 2011

Le rapport de Terra Nova consacré à la maîtrise de l’Energie, rédigé par un groupe de travail présidé par Alain Grandjean est pertinent et intéressant. Faisons-en une lecture critique.

Maîtriser l'Energie : à propos du rapport de Terra Nova

Relevons les points sur lesquels nous sommes en accord. Tout d'abord, la nécessité de revoir la loi NOME pour sortir le nucléaire des règles de marché. C'est un des principaux enseignements de Fukushima : la libéralisation du nucléaire ne peut être totale car elle met en péril la sécurité des centrales. Il faut disposer d'un financement pérenne et sûr qui permette d'assurer cette sécurité.

 

Autre point d'accord : les contributions, relèvements de tarifs et autres taxes doivent servir deux objectifs :

-venir en aide aux plus démunis qui vont subir, davantage que d'autres, les hausses des tarifs de l'énergie

-et surtout, financer les investissements nécessaires pour construire une politique durable de maîtrise de l'énergie.

 

 

Relevons une imprécision du rapport : il est fait plusieurs fois (pour l'automobile, le bâtiment) la proposition de mettre en place des systèmes de bonus-malus "rénovés". Au regard du bilan mitigé du bonus-malus auto actuel, on aimerait en savoir plus sur ces propositions de rénovation de ce système.

Pour ma part, dès avril 2008, j'avais analysé les faiblesses du système de bonus-malus et proposé des modifications.

 

 

Venons-en d'abord aux points de divergences. Passons rapidement sur nos positions sur le nucléaire qui sont, par principe, différentes. Celle de Grandjean et de son équipe est de défendre le nucléaire "jusqu'en 2025" au nom du réalisme (les ENR ne peuvent répondre à la demande et le risque est grand de voir les énergies fossiles compenser l'abandon du nucléaire). Je crains fort, pour ma part, que cette position engage notre pays dans de nouvelles tranches nucléaires, qui auront un double inconvénient. D'abord, de nécessiter de nouveaux investissements qui ne pourront se faire, par arbitrage, qu'au détriment des ENR. Ensuite, on sait que le nucléaire a un coût croissant (souvent non chiffré) en fin de vie et après fermeture des centrales. Relancer de nouvelles tranches signifie donc faire payer à nos descendants le maintien de cette politique.

Je préfère donc le scénario Negawatt qui préfère "mettre le paquet" sur les ENR et organiser la sortie raisonnée du nucléaire au fur et à mesure de leur montée en charge.

Pour que cela marche, il faut organiser la montée en puissance de la sobriété énergétique. Or, Grandjean prévoit pour cela essentiellement une politique d'augmentation du prix de l'énergie qui "pousseraient" le consommateur à limiter ses consommations.

On se doute bien de l'insuffisance de cette politique : les hausses seront supportées par les classes moyennes qui n'auront pas les moyens de changer leur mode de vie et qui vivront cela comme une nouvelle injustice. Par effet ricochet, cette politique va créer une tension énorme autour du seuil entre les populations défavorisés qui vont bénéficier d'une baisse de leur tarif énergétique (et donc qui seront loin de la sobriété !) et les classes moyennes qui vont en être victime. Il faudra mieux être sous le seuil qu'immédiatement au-dessus !

 

Cette proposition souffre donc du même défaut que la taxe carbone : elle sera très impopulaire. Dès lors, dans nos sociétés démocratiques, il est probable que le politique n'osera pas prendre ce risque. 

 

Autre désaccord : le rapport propose le développement et la généralisation d'une contribution au service public de l'énergie qui remplacerait la CSPE actuelle réservée à l'électricité. Cela permettrait de financer les investissements nécessaires. C'est une bonne chose de rentrer dans cette logique de contributions incitatives, mais une CSPE généralisée deviendrait un enjeu financier énorme pour les grands groupes. On peut leur faire confiance pour organiser, par le lobbying, la captation de cette manne au profit de leur propre développement. Le risque est donc grand de voir une taxation des ménages profiter à des grands entreprises. Même si cela est fait pour "la bonne cause énergétique", est-ce une politique efficace socialement ? Il est permis d'en douter.

 

Enfin dernier point : sur les mobilités, le rapport insiste essentiellement sur le développement des véhicules à très basse consommation (en-dessous de 2 litres). C'est là encore une bonne chose, mais une vision parcellaire de nos problèmes de mobilité. Continuer à penser que la voiture individuelle restera la principale solution à nos problèmes de transport est un non-sens à l'échelle des 30 ans à venir. Le développement de la mobilité2.0 doit amener à sortir de ce schéma qui n'est pas tenable à long terme car on ne peut envisager une planète avec plusieurs milliards de voitures individuelles. La voiture basse consommation doit être vu comme une solution de transition ... à condition d'envisager et de préparer le financement de la suite.

 

Conclusion : ce rapport représente un vrai progrès par rapport aux anciennes approches de cette question essentiellement parce qu'il voit la taxation environnementale, sous différentes formes, comme le seul moyen de financer la transition énergétique. Il s'agit d'une véritable innovation cruciale en cette période d'endettement généralisé. Mais les modalités d'actions choisies restent trop traditionnelles pour répondre aux enjeux qui nous attendent. La lecture du rapport est d'ailleurs, sur ce point, décevant par son classicisme par rapport à la synthèse. 

Dans un prochain article, nous proposerons d'autres démarches davantage innovantes pour permettre cette transition, des contre-propositions. Cette démarche a pour souci d'alimenter le débat sur cette question cruciale de la maîtrise de l'énergie. 

 

Deux interrogations pour finir :

-Finalement, le rapport ne fait-il pas la part trop belle aux grandes entreprises au détriment du consommateur et du citoyen ?

-les deux tiers des membres du groupe de travail ayant rédigé le rapport se présentent sous un pseudonyme. Si cette démarche peut se comprendre pour un haut-fonctionnaire ou un cadre du privé, elle interroge pour un professeur d'université ou un ingénieur indépendant. Que cache cette (fausse) pudeur ?

 

Lien vers Le rapport de Terra Nova 

Lien vers des compléments de  lecture critique.

Thèmes

Energie Taxe Carbone

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commentaires
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(IP:xxx.xx3.223.131) le 10 novembre 2011 à 16H08

Deux interrogations pour finir :

- Finalement, le rapport ne fait-il pas la part trop belle aux grandes entreprises au détriment du consommateur et du citoyen ?

- Ce n’est pas sorcier de" trouver la réponse à cette question !===> Wikipedia tout simplement !! Bravo pour votre perspicacité et votre travail de recherche monsieur le principal formateur d’enseignants (on connait la raison du niveau pitoyable de l’enseignement français !) :

Terra Nova est financée à 80% par le mécénat d’entreprise et par la cotisation des adhérents.

Liste des mécènes ayant effectué un don à Terra Nova :

· Acticall8

· Areva8

· BPI8

· Caisse des Dépôts et des Consignations8

· Cap Gemini8

· EADS8

· EDF8

· Euro RSCG8

· Fred & Farid8

· German Marshall Fund of the United States8

· La Netscouade8

· Microsoft9

· Publicis9

· RTE

· SAP AG8

· SNCF8

· Total8

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(IP:xxx.xx3.223.131) le 10 novembre 2011 à 16H27

- les deux tiers des membres du groupe de travail ayant rédigé le rapport se présentent sous un pseudonyme. Si cette démarche peut se comprendre pour un haut-fonctionnaire ou un cadre du privé, elle interroge pour un professeur d’université ou un ingénieur indépendant. Que cache cette (fausse) pudeur ?

- Je vous le demande !

Il s’agit d’une bien curieuse pratique ! Ou bien ces gens là sont compétents pour émettre des avis sur les sujets traités ou bien ils ne le sont pas et n’ont donc rien à faire dans ce genre d’activité, sachant que de nombreuses idées seront officiellement reprises dans l’élaboration des politiques officielles compte tenu de la notoriété de Terra nova. Je ne vois pas bien la raison de votre traitement différent concernant les haut-fonctionnaires ou les cadres du privé et des professeurs d’université ou des ingénieurs indépendants. Pourquoi ceratins participéraient sous leur propre nom (professeur d’université et cadre indépendant) et d’autres se sentiraient obligés d’agir clandestinement sous le couvert d’un pseudonyme (fonctionnaire ou un cadre du privé). On peut imaginer que certains défendent certaines idées dans le cadre de ce rapport et défendent des idées totalement opposées dans le cadre de leurs activités officielles. Ce la dénote si c’est le cas d’une belle mentalité en tout cas.

On peut raisonnablement penser que tous les membres ayant participé aux travaux de ce groupe l’a fait avec l’approbation de son organisme de tutelle quel qu’il soit comme c’est le cas habituellement.

Cette façon de faire est à elle seule suffisante pour entacher le rapport en question d’une très forte suspicion sur sa crédibilité.

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 11 novembre 2011 à 19H18

@ L’auteur.

Quittez l’éducation nationale, allez aux finances.

Dans chaque article, vous nous inventez une nouvelle taxe.

Curieux comportement.

Je pense que vous ne devez pas payer assez d’impôts, pour faire une telle fixation.

votez :
par Croa (IP:xxx.xx4.145.66) le 14 novembre 2011 à 09H23

Le lien vert le rapport pointe vers un communiqué de presse. Par ailleurs il n’est plus à la une de leur page d’acceuil.

Avez-vous le bon lien ?

Par ailleurs cette discrétion, ou cette gêne, est suspecte. Terra-Nova n’est peut être pas aussi indépendante qu’elle le prétend !

votez :
(IP:xxx.xx9.4.157) le 14 novembre 2011 à 09H32

@ Croa

"Par ailleurs cette discrétion, ou cette gêne, est suspecte. Terra-Nova n’est peut être pas aussi indépendante qu’elle le prétend !"

- Wikipédia :

Terra Nova est financée à 80% par le mécénat d’entreprise et par la cotisation des adhérents.

Liste des mécènes ayant effectué un don à Terra Nova :

· Acticall

· Areva

· BPI

· Caisse des Dépôts et des Consignations

· Cap Gemini

· EADS

· EDF

· Euro RSCG

· Fred & Farid

· German Marshall Fund of the United States

· La Netscouade

· Microsoft

· Publicis

· RTE

· SAP AG

· SNCF

· Total

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par Croa (IP:xxx.xx4.145.66) le 14 novembre 2011 à 13H06

MERCI !  ;-) c’est assez clair ;-)

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par Croa (IP:xxx.xx4.145.66) le 14 novembre 2011 à 13H21

Sinon,

- Concernant les "Bonus-malus", il ont suffisamment confirmé leur inefficacité, voire leur contre-productivité pour qu’on insiste encore ! Ces mesures, ni réformables ni modifiables, ne sauraient remplacer les bonnes mesures tel que TIPP et autres taxes carbones, potentiellement bien meilleures à conditions de les appliquer sans exonérer personne (ce qui n’est hélas pas le cas pour la TIPP et n’aurait pas été le cas pour la taxe carbone !)

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(IP:xxx.xx9.7.98) le 29 novembre 2011 à 17H34

Olivier Ferrand Président-fondateur du think tank progressiste Terra Nova

Diplômé d’HEC, ancien élève de Sciences Po et de l’ENA, administrateur civil au ministère de l’Economie et des Finances, il a débuté sa carrière en 1997 à la direction du Trésor, où il s’est occupé de négociations financières internationales (G7, FMI, OMC, OCDE), puis de négociations européennes. Il a ensuite été conseiller technique pour les affaires européennes du Premier ministre Lionel Jospin, conseiller du Représentant de la France à la Convention sur l’avenir de l’Europe Pierre Moscovici, membre du groupe des conseillers politiques du Président de la Commission européenne Romano Prodi, puis conseiller de Dominique Strauss-Kahn pendant les primaires socialistes et délégué général du think tank « A gauche, en Europe », fondé par DSK et Michel Rocard.

.....Il a écrit plusieurs essais : Pour une primaire à la française (avec Olivier Duhamel, Terra Nova, août 2008), L’Europe contre l’Europe (Hachette, avril 2009), Primaire : comment sauver la gauche (avec Arnaud Montebourg, Seuil, septembre 2009), Réforme des retraites : quelles solutions progressistes ? (avec Fabrice Lenseigne, Terra Nova, juin 2010). Il a dirigé l’ouvrage collectif L’Etat pyromane (Editions Delavilla, janvier 2010).

.....Olivier Ferrand est membre du parti socialiste. Il a été responsable du PS pour les questions européennes et internationales.

- Comme quoi on peut être à gauche toute et ne pas quand même cracher sur le pognon des salauds de capitalistes affameurs du prolétaire.....

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(IP:xxx.xx9.7.98) le 30 novembre 2011 à 11H42

"Pour ma part, dès avril 2008, j’avais analysé les faiblesses du système de bonus-malus et proposé des modifications." (Rodrigue Coutouly)

- Et le gouvernement n’a pas même suivi vos analyses et vos conseils ? Cà n’est pas étonnant que la France soit dans un tel état de décrépitude. Si le gouvernement ne suit même pas les avis de nos plus grands spécialistes alors comment voulez-vous que çà s’arrange ? Quelle pitié de voir çà ! Quel gachis de matière grise !

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