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"Le renouvelable, cela ne marche pas à cause de l'intermittence"

Article publié le 31 mars 2011

Dans les débats sur le Nucléaire, dans les médias, les dîners en ville ou au bureau, c’est l’argument qui vient clore la discussion, celui qui laisse sans voix l’écologiste de service : "le renouvelable n’est pas crédible car quand le vent ou le soleil s’arrête, il n’y a plus d’électricité." Et tout le monde imagine facilement l’alternateur qui s’arrête et l’ampoule qui s’éteint. Mais est-ce si simple ?

"Le renouvelable, cela ne marche pas à cause de l'intermittence"

Cet argument est esquivé par la plupart des leaders écologistes incapables d'y répondre. Yannick Jadeau, par exemple, a éludé le problème dans plusieurs débats, ces derniers temps, renforçant les convictions des partenaires du Nucléaire.

 

1-L'"intermittence" des énergies renouvelables :

Reprenons l'argumentaire des anti-renouvelables :

 

"Sans parler de l'impact visuel, il faut aussi rappeler qu'un parc éolien, à l'échelle nationale ne peut se concevoir qu'appuyé sur un parc équivalent de centrales THERMIQUES ! Horresco referens ! En effet, pendant les moments où le vent est en berne, pendant de grands froids anticycloniques par exemple, on ne peut compter sur ces joujous pour élus locaux en mal de marquage écolo.

 Idem en cas de tempête : les éoliennes sont arrêtées pour cause de risque de casse !"

 

L'"intermittence" semble donc un double problème : le vent s'arrête puis on remplace sa puissance par des centrales polluantes. 

Cet argumentaire mérite d'être analysé et décortiqué :

-l'image de l'éolienne qui s'arrête est une représentation fausse, une simplification abusive. Les partisans des énergies renouvelables savent très bien que pour capter les énergies naturelles, il faut construire un mix, où l'éolien sera associé au solaire mais aussi à la géothermie profonde, à la biomasse, aux énergies marines, à l'hydraulique ... 

-Si on veut en rester à l'éolien, l'interconnexion des réseaux, au niveau européen, permet de construire une complémentarité qui fait que "le vent ne s'arrête jamais" en Europe. Même si l'éolienne devant chez moi est en berne aujourd'hui, d'autres régions répondent et compensent.

- l'intermittence n'est pas uniquement le problème de l'éolien, il est partagé par tous les réseaux électriques : quand un consommateur appuie sur un interrupteur, il créé de l'intermittence qui se répercute sur la production électrique. Aujourd'hui, le réseau électrique français doit déjà gérer cette intermittence et utilisent essentiellement pour cela l'hydraulique.

En conclusion, la notion d'intermittence n'est pas adaptée en réalité : elle signifie en effet que la production a des interruptions périodiques, catastrophiques pour le réseau. Il serait préférable de la remplacer par la notion de variabilité qui décrit, de manière plus exact, ce qui se passe.

Les partisans du nucléaire comparent leur grosse centrale à une petite éolienne. L'image à l'avantage de présenter l'éolienne comme plus archaïque que la centrale nucléaire.

Il faudrait plutôt confronter cette centrale atomique à un système complexe combinant des sources de production électrique variées, connectant des réseaux intelligents optimisant la production et la distribution sur un territoire donné, possédant ces propres moyens de régulations et de stockage. Alors, on comprend immédiatement que l'archaïsme se situe plutôt du côté de la centrale qui n'est, finalement, qu'une centrale, comparable à la centrale thermique mais d'un modèle plus élaboré.

 

2- "Tant que nous ne saurons pas stocker l'électricité"

"Que faire, les nuits sans vent ?", pour reprendre la belle expression d' Alain Leridon. Comment stocker l'électricité dans ce cas ?

Une représentation courante est celle qui consiste à croire que l'électricité produite doit être consommée immédiatement. A l'échelle nationale, cela n'est pas possible et le réseau français utilise la part hydraulique de son parc pour gérer ces variations. 

En réalité, nous savons donc parfaitement stocker l'électricité sous la forme d'eau en hauteur : tous les lacs de barrage ont cette capacité. 

Mais le lac de barrage a ses limites : il utilise l'eau accumulé en aval par les pluies saisonnières. Cela nécessite des capacités de stockage énormes car il faut accumuler des quantités gigantesques pour tenir sur l'année.

Une autre technologie se développe : celle du pompage-turbinage. Celle-ci consiste à faire remonter l'eau lors des périodes de sous-consommation (les nuits ventés par exemple) pour produire de l'électricité lors des périodes de sur-consommation. On a alors besoin de moyens de stockage plus limité car il suffit de quelques jours de stock et non d'une année entière !

Contrairement aux affirmations mensongères de JM Jancovici, il ne s'agit pas de quintupler ou sextupler les barrages dans les Alpes, mais de se donner les moyens de stocker quelques jours de consommation : Olivier Daniélo estime qu'il faudrait ajouter l'équivalent de 8 km2 de stockage au réseau de barrage français pour couvrir l'intermittence de l'éolien (Serre-Ponçon : 12 km2). On peut, bien entendu, répartir cette charge sur plusieurs lieux.

Un autre argument entendu l'autre jour par "un expert" : produire un watt nécessite 70 grammes de pétrole ou 4 tonnes d'eau installées à 100 mètres de hauteur. Dis de cette façon l'écart semble tellement énorme que la messe semble définitivement dite. Mais c'est comparer deux choses qui n'ont rien à voir : les 70 grammes de pétrole, une fois brûlés, seront définitivement perdues pour l'Humanité. Par contre, les 4 tonnes d'eau seront toujours là et ils ont bien d'autres fonctions : on peut l'utiliser comme eau potable, pour irriguer, faire des loisirs nautiques sur un plan d'eau, ...

 

3-les autres possibilités de stockage :

Mais le pompage-turbinage ne sera pas, à l'avenir, la seule possibilité de stockage, citons aussi :

-l'utilisation des batteries des voitures électriques au garage (pendant la nuit) avec restitution partielle dans la journée

-l'utilisation de pile à combustible et de réservoirs d'hydrogène

-l'utilisation de réservoirs souterrains de stockage de l'énergie sous forme d'air comprimé. 

 

Conclusion : Contrairement aux discours et aux représentations courantes, la gestion de "l'intermittence" et du stockage est donc possible. En réalité, cette gestion existe déjà et elle pourra, à l'avenir, répondre à nos besoins. Il suffit seulement de trouver la volonté politique pour la développer.

 


Thèmes

Energies renouvelables Eolienne Electricité

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commentaires
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(IP:xxx.xx1.226.124) le 31 mars 2011 à 13H05

Il est aussi possible de compresser de l’air, de décomposer de l’eau. Il suffit de mettre les ingénieurs au travail.

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(IP:xxx.xx1.226.124) le 31 mars 2011 à 13H08

Désolé, je n’avais pas lu la fin de l’article... mea culpa !

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par Nyme (IP:xxx.xx0.11.9) le 2 avril 2011 à 15H28

« Car, malheureusement, l’électricité ne se stocke pas ! »

C’est le genre de propos simpliste écrit par... UN AUTEUR DE NATURAVOX dans http://www.naturavox.fr/energies/ar...

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 3 avril 2011 à 22H16

@ l’auteur. Le stockage turbinage, quelle vieille bonne idée. Regardez la tendance outre atlantique. Tout nous viendra des Étasuniens pour longtemps encore. Le stockage sur réseau est en plein développement. Il permet de stocker au plus près des consommateurs la production intermittente issue du photovoltaïque et de l’éolien, et de lisser les pics de consommation en faisant une injection d’énergie massive mais de courte durée. Comment s’effectue le stockage ? Par batteries LiOn ou volants d’inertie, moyens dont la réactivité n’a rien à voir avec le pompage turbinage nécessitant un délai de mise en route et peu modulable pour lisser les pointes. Il y a un gros vide dans votre inventaire des moyens de stockage possible. Sortez un peu de chez vous....

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(IP:xxx.xx3.223.113) le 4 avril 2011 à 09H03

@ (IP:xxx.xx3.65.100) le 3 avril 2011 à 22H16

"..... Il y a un gros vide dans votre inventaire des moyens de stockage possible. Sortez un peu de chez vous...."

- Comment osez-vous vous en prendre de cette manière à un expert de la question (parmi d’autres questions d’ailleurs !!).....

Rodrigue Coutouly, né en 1961, est actuellement principal de collège, formateur d’enseignants et de personnels d’encadrement au sein de l’Education nationale. Il s’intéresse depuis longtemps aux problèmes environnementaux. En effet il a d’abord été technicien forestier, dans le privé puis à l’O.N.F, avant de reprendre des études de géographie et d’urbanisme. Il s’est longtemps intéressé aux problèmes de désertification au Sahel, région du monde où il a travaillé. Il a ensuite été enseignant. Instituteur puis agrégé d’histoire-géographie, il s’intéresse aux problèmes de fiscalité environnementale depuis de nombreuses années.

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 4 avril 2011 à 17H37

Malgré son statut d’expert, le rédacteur a eu un propos ’simpliste’ selon les termes d’un autre commentaire. Le problème n’est pas de stocker l’énergie provenant de l’éolien, mais d’intégrer cette production à celle des poids lourds que sont les centrales nucléaires. L’avenir des sources d’énergie renouvelable se situera, tant qu’elles ne seront pas rentables, dans l’aide qu’elles pourront apporter à la production électrique classique en lui permettant de faire face aux pointes de consommation, par une injection rapide, massive et ciblée d’énergie sur le réseau. Les dispositifs de stockage réseau présentent également une aide à la régulation de fréquence. Mais ces systèmes novateurs peuvent uniquement fonctionner en partenariat avec un très gros distributeur d’électricité, ce qui ne pousse pas les écolos à promouvoir ce style de solution.

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(IP:xxx.xx3.223.113) le 5 avril 2011 à 08H55

"Malgré son statut d’expert"

- Expert ? Expert auto-proclamé ! Lisez donc son cursus ! Si celui-là est expert en énergies (parmi plusieurs autres domaines...), moi je suis archevêque de Paris....

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(IP:xxx.xx1.182.179) le 6 avril 2011 à 10H31

Et bien, l’article et les propos sur l’article nous prouvent encore une fois que le mensonge s’est inséré dans le niveau de l’étude de l’énergie comme dans de nombreux autres domaines.

Ce qui est arrivé à la science physique devrait faire réfléchir les êtres qui osent se déclarer "rationnels et cartésiens" puisqu’ils n’ont pas été capables de détecter les erreurs qui remplissent le contenu de leurs études.

Ce ne sont pas les scandales financiers, bancaires, médicaux qui se succèdent plus gros les uns que les autres,et énergétiques avec un prix de l’électricité le moins cher comme le disaient nos ’z-experts d’EDF’ il y a encore peu de temps qui vont nous faire changer d’avis.

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(IP:xxx.xx4.32.4) le 2 mai 2011 à 19H19

vous avez oublie la meilleure solution pour le stockage, et qui est deja utilisee en Espagne depuis des annes : la stockage de la vapeur......... he oui c est con comme la lune mais on en parle jamais. Les panneaux solaires, la geothermie, les eoliennes (ou autre) donnent de la vapeur et donc on peut utiliser l electricite la nuit ou le lendemain.

Imagionons une meme centrale qui utilise plusieurs modes de production et qui stocke la vapeur, et on obtient un production continue malgre les aleas du climat.

c est archi simple, donc cela derange certains, et donc on n en parle jamais.

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par JFL (IP:xxx.xx4.23.2) le 28 mai 2011 à 12H57

Le stockage-pompage est déjà une réalité en Suisse mais dans un but purement mercantile et économique en remontant la nuit lorsque l’électricité est peu onéreuse, l’eau des barrages pour produire à nouveau de l’électricité et pour la revendre à d’autres pays européens limitrophe au moment des pics de forte consommation le matin par exemple.

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par Hervé (IP:xxx.xx7.228.17) le 30 mai 2011 à 21H54

Certes, il est inexact de dire que l’électrécité ne se stocke pas, car comme vous le citez, beaucoup de moyens existent pour le faire.

Cependant, le probleme c’est la quantitée gigantesque d’énergie qu’il faut soit pouvoir stocker soit pouvoir vehiculer d’un bout à l’autre de l’europe (si l’option d’une grille géante est choisie). Dans les deux cas, les installations seront colossales et coûteront cher.

Vous citez Olivier Danielo, il est pour moi l’opposé de JMJancovici. Il exagére dans l’autre sens, ses documents sont toujours trés optimistes (sur-estimation des performances, sous-estimation des coûts...). La vérité se situe certainement entre les deux.

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