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Irak : le pétrole repart !

Article publié le 1er décembre 2009

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L'Irak dont les revenus pétroliers sont clé à son redémarrage économique, avait lancé un appel d'offre général pour relancer l'exploration pétrolière sur son territoire et développer à nouveau la production. Un premier appel d'offre qui fut infructueux tellement les conditions mises au développement de ces champs étaient contraignantes et peu rémunératrices pour les compagnies internationales, y compris chinoises, qui sont censées amener financement (très lourd) et savoir faire technologique.

Ceci dit, ces conditions traduisent la reprise en main par les pays producteurs de l'exploitation de leurs ressources que l'on a pu constater en Russie, au Vénézuela et dans d'autres pays producteurs avec la substitution des contrats de partage de production par des contrats de pure fourniture de service comme celui que Total a signé pour le développement du champ de Chtockman en Russie. Dans cette bataille pour l'énergie, nous, pays sans ressources énergétiques (France) ou sans ressources suffisantes pour alimenter leur économie, sommes les grands perdants de cette redistribution des cartes qui nous rend dépendants économiquement et peut être un jour politiquement (Cf la Géorgie plus ou moins sacrifiée au gaz russe) sans que nos gouvernements ne semblent s'en émouvoir. 

L'Irak y était simplement allé un peu trop loin. Son second appel d'offre ou plutôt son appel d'offre modifié à la baisse en terme de fiscalité pétrolière ou d'obligation d'investissement s'est révelé plus fructueux avec des accords signés récemment pour la mise en production de l'énorme champ de Roumeila dans le sud-est par une association nouvelle, BP( récemment rebaptisé Beyond Pétroléum, au delà du pétrole !) et le Chinois CNPC qui y investiront 15 milliards de dollars pour en tripler la production à 2.85 millions de barils/jours, l'équivalent de la production totale du Koweit ! Un gisement dont les réserves dépassent celle de l'Algérie toute entière et destiné, à maturité, à devenir le deuxième site de production de la planète.

Même approche pour le gisement de Zoubaït qui, grâce à un investissement de 10 milliards de dollars par un consortium regroupant l'italien ENI, chef de file,le coréen Kogas, l'américain Occidental Pétroleum et le chinois Sinopec va passer d'une production de 200 000 barils/jour à 1.1 millions. Idem pour l'association de Shell et d'ExxonMobil sur le gisement de Qourna Ouest, toujours dans le sud du pays, pour lequel le consortium s'est engagé à multiplier la production par 8 d'ici 2017 à 2.1 millions de barils/jours.

La bonne nouvelle, pour le peuple irakien , c'est que l'arrivée de revenus très importants pour l'état irakien va sans aucun doute aider au redécollage de l'économie et à la reconstruction du pays.Par contre cette production additionnelle massive va sans nul doute créer quelques bisbilles avec les autres pays producteurs qui devront laisser un peu de place dans les quotas de production à ce nouvel arrivant dont le production était considérée jusqu'à présent comme hors quota. La poursuite sans signe d'essoufflement de la hausse de la consommation mondiale comme l'annonce l'AIE, Agence Internationale de l'Energie,devrait permettre, heureusement pour les irakiens, d'absorber sans difficulté l'arrivée du pétrole irakien sur le marché.

Dernier commentaire. Cet appel d'offre marque une dégradation sensible de la valorisation du savoir faire technique des compagnies pétrolières internationales puisque ce service dans l'offre BP/CNPC est désormais valorisé seulement 2 dollars du baril là ou il était valorisé le double il y a peu de temps encore....   

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Pétrole ressources

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par floyd (IP:xxx.xx7.222.4) le 1er décembre 2009 à 12H16

Voici un extrait du livre ’Le Nouvel Ordre du Pétrole’ (page 52-55) :

AVB :...Ensuite, j’aimerais que vous expliquiez pourquoi ces réserves peuvent être produites à des coûts supportables. Il faudra bien sûr examiner les défis environnementaux posés par l’exploitation de ces nouvelles réserves non conventionnelles. Donc quelles sont les raisons de croire que les réserves sont disponibles et qu’il y aura une production à coût économique sans causer des dommages disproportionnés à l’environnement ? Pouvez-vous démontrer qu’il y a assez de pétrole en utilisant les chiffres récents ?

PMW : Le centre de gravité géographique des ressources et de la production s’éloigne du Golfe Persique. Ce déplacement est une conséquence de l’émergence de technologies qui permettent l’exploitation des ressources non conventionnelles, en particulier les sables et schistes bitumineux. La meilleure illustration de ce changement est la province de l’Alberta dans l’Ouest du Canada. Fin 2003, l’Alberta avait 5 milliards de barils de réserves de pétrole. Puis, ses réserves de sables bitumineux ont été certifiées et auditées à hauteur de 174 milliards de barils. Il y a donc eu une augmentation de 5 à 179 milliards de barils du jour au lendemain des réserves de l’Alberta. Cette province s’est trouvée catapultée au rang de « premier détenteur de réserves auditées du monde ». A comparer avec la première place traditionnelle de l’Arabie Saoudite dont les 262 milliards de barils revendiqués n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante. Voici un changement tangible du centre de gravité. Un changement qui résulte de l’évolution de technologies innovantes dont le public, les politiciens, les officiels des gouvernements et les media ne savent pas grand-chose, du fait de l’échec de l’industrie pétrolière à promouvoir le développement et l’application de ces technologies, dont certaines peuvent être qualifiées de percées technologiques. Ce déplacement symbolise le passage de l’ancien au nouvel ordre du pétrole. Décembre 2003, date à laquelle l’Alberta a considéré comme prouvées ses réserves de sables bitumineux, marque la naissance de cette nouvelle ère. Le pivot géographique en est le bassin sédimentaire Ouest Canadien qui couvre 1,4 million de kilomètres carrés. Il est situé à cheval sur l’Alberta et le Saskatchewan. Et le pivot quantitatif en est la montée des ressources non conventionnelles : sables bitumineux, schistes bitumineux, GNL, méthane issu des couches charbonneuses. De façon similaire, au Venezuela vous verrez des réserves qui seront certifiées à 236 milliards de barils en 2010. En ajoutant les réserves de pétrole extra lourd de la ceinture de l’Orénoque au Venezuela, qui est légèrement moins épais que les sables bitumineux de l’Alberta, à celles de cette province canadienne, vous obtenez 400 milliards de barils prouvés, certifiés, audités, tous situés dans l’hémisphère Nord. Ces 400 milliards de barils équivalent à 6o % des réserves que le Golfe persique prétend avoir. Soit la somme des réserves de l’Iran, de l’Irak, du Koweït et des Emirats Arabes Unis. La grande différence étant que ces 400 milliards sont audités, transparents. Ces nouvelles réserves ont un impact sur les décisions prises par les grands investisseurs. En prenant par ailleurs en compte la sécurité et un environnement politique sans risque au Canada, on comprend que des sociétés européennes comme Total, Shell, Statoil et BP aient investi massivement au cours des deux dernières années en Alberta et bientôt dans la province voisine du Saskatchewan. Et ceci au fur et à mesure qu’elles quittent des pays moins prometteurs et à haut risque. L’Alberta Economic Forum qui se tiendra à Genève en mai 2009 avec la participation du Premier d’Alberta Ed Stelmach sera l’occasion de réaffirmer le potentiel et les opportunités d’investissement de l’Alberta.

SR : Mais ces technologies sont-elles suffisamment matures ?

PMW : Ces technologies très sophistiquées doivent être conformes à certaines réglementations environnementales et cette évolution prend du temps. Elles n’ont commencé à être appliquées que depuis 10 ou 15 ans. Mais au cours de la prochaine décennie, elles deviendront standard. Et naturellement, elles permettront d’accroître le volume et la qualité de la production. Le Ministère américain de l’Energie a documenté en détail ces technologies émergentes. Nous savons donc qu’il y a une nouvelle offre pétrolière, qui n’est donc pas du brut conventionnel léger, qui arrive. Ce à quoi nous sommes en train d’assister, c’est à une révolution qui modifiera profondément le marché global du pétrole, mais une révolution qui n’a pas encore été pleinement reconnue par Washington. Il n’y a pas eu de compréhension de la façon dont le marché est en train de changer ni de la façon dont ces nouvelles offres arrivent sur le marché et ou de la façon dont elles vont avoir un effet sur les prix. Ces nouvelles offres vont pouvoir satisfaire toute la demande de pétrole projetée au cours du XXIe siècle. Les Américains ont d’importantes réserves de schistes bitumineux à l’Ouest des Etats-Unis, que le Ministère de l’Energie estime à 1200 milliards de barils. Ily a 32 milliards de barils de sables bitumineux, principalement en Utah. Le domaine de la Green River, d’une surface de 16000 miles carrés, à cheval sur l’Utah, le Colorado et le Wyoming, contient le plus grand gisement de schistes bitumineux au monde. Le Ministère de l’Energie estime qu’il y en a 750 milliards de barils à l’Ouest des Etats-Unis avec une densité de 25 gallons ou plus par tonne, qui peuvent être produits avec la technologie actuellement disponible (15 gallons par tonne est le minimum requis pour que l’extraction soit rentable). Selon le Ministère, un effort coordonné de l’industrie et du gouvernement permettrait de lancer une nouvelle vague d’exploitation dès 2011 qui permettrait de produire 2 mbpj en 2020 avec une capacité de production maximale de 10 mbpj (donc dépassant le niveau de production de l’Arabie Saoudite et égal à 50 % de la consommation américaine journalière). Le secteur privé est très intéressé à exploiter cette ressource. Les schistes bitumineux peuvent être produits avec un minimum d’impact sur l’environnement grâce aux nouvelles technologies. Par exemple, Raytheon, un fournisseur américain dans le domaine de la défense, et CF Technologies, ont développé une méthode d’extraction à partir de micro ondes de fréquence radio utilisée pour les missiles intercontinentaux pendant la Guerre Froide. Cette méthode consiste à chauffer la couche, à faire fondre les schistes et à en extraire le pétrole liquide. Les avantages sont : moins de consommation d’électricité, moins de dommages en surface et une meilleure protection des eaux souterraines. Selon Raytheon, cette technologie permet de récupérer 4 à 5 barils de pétrole pour chaque baril consommé au lieu de 1,5à 3 barils dans d’autres procédés in situ. Le délai de production pourrait n’être que de 4 mois alors que les technologies avancées d’extraction prennent un à deux ans pour chauffer et extraire la matière. Cette nouvelle technologie est révolutionnaire. Début 2008, Raytheon a annoncé avoir vendu cette technologie à Schlumberger. La révolution dont je parle ne se limite pas aux pétroles non conventionnels. De nouvelles sources massives de pétroles conventionnels arriveront sur le marché dans un avenir proche. Un exemple : le Golfe de Guinée. Le Nigeria, selon des estimations internes, détient jusqu’à 160 milliards de barils de réserves conventionnelles (soit plus que les réserves prouvées additionnées du Venezuela et du Koweït) alors que les estimations officielles sont aujourd’hui de 35 à 36 milliards de barils. Et ces réserves sont probablement de la meilleure des qualités de brut du monde. Aujourd’hui, le Nigeria est en train de rénover et de restructurer son secteur énergétique en créant une nouvelle compagnie pétrolière nationale et en établissant des méthodes transparentes. Les institutions financières auront confiance dans les investissements au Nigeria et permettront aux opérateurs locaux - par opposition aux grandes multinationales -d’opérer sur le continent. L’essentiel de ces réserves ne sont pas offshore mais situées à l’intérieur des terres, dans le delta du Niger et ses environs, où le pétrole est très facile et peu coûteux à exploiter. Pour l’heure, les conditions de sécurité ne sont pas suffisantes, des problèmes de financement subsistent et les Nigérians doivent encore moderniser leur compagnie nationale.

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par floyd (IP:xxx.xx7.222.4) le 1er décembre 2009 à 12H27

Dernier extrait (page 120-122) :

LE PÉTROLE NON CONVENTIONNEL ET LES PRÉOCCUPATIONS ENVIRONNEMENTALES

SR : Avec les pétroles non conventionnels n’y a-t-il pas tout de même un sérieux problème environnemental ? L’opinion publique pense que le pétrole lourd et les sables bitumineux sont sales. Et il est probable que les gouvernements n’iront pas contre l’opinion de leur population. Pensez-vous que cela pourrait empêcher le développement de la production de pétrole non conventionnel ?

PMW : La même chose était dite au sujet des forages offshore. Les préoccupations environnementales furent exprimées à propos de la contamination des zones environnantes. Mais la technologie et la gestion des puits ont réduit ces préoccupations à tel point que les populations sensibles à l’environnement en Floride et en Californie sont maintenant favorables au forage offshore. Actuellement certains ont intérêt à promouvoir les énergies alternatives. D’autres voudraient éliminer tous les carburants fossiles. En Allemagne par exemple il y a eu un débat pour savoir si ce pays devrait avoir un objectif de réduction de 40 % de ses émissions de gaz carbonique en 2020. Mais au même moment l’Allemagne projetait de construire 26 nouvelles centrales électriques à charbon et de fermer ses centrales nucléaires. En effet, on ne peut pas se débarrasser purement et simplement des carburants fossiles. Par exemple l’éthanol à base de maïs n’est pas un substitut viable pour l’essence pour un certain nombre de raisons incluant les prix, les besoins de surface agricole et ses propres émissions de gaz carbonique, qui sont importantes. Une approche réaliste devrait employer toutes les sources d’énergie : pétrole, gaz naturel, charbon, nucléaire, éolien et énergie solaire selon les circonstances. Tous les nouveaux camions diesel aux Etats-Unis depuis 2007 ont des moteurs qui éliminent pratiquement totalement l’émission de particules polluantes. La nouvelle technologie a clairement permis au diesel d’être utilisé comme carburant propre. Audi estime que ses voitures diesel propres attireront les consommateurs plus que les véhicules hybrides. La technologie est vraiment la clef ainsi que l’acceptation de l’idée que nous avons des quantités de pétrole suffisamment abondantes, différents types de fournisseurs et de ressources. On est largement revenu en Europe de l’idéalisme de la réduction des émissions de 50 % parce que ce n’est pas un objectif réaliste et atteignable dans un espace de temps aussi court. On ne peut pas éliminer les carburants à base de pétrole du jour au lendemain. Il devrait y avoir une approche réaliste qui combine toutes les sources d’énergie. Il y a un rôle pour le pétrole, il y a un rôle pour le nucléaire, il y a un rôle pour le solaire selon les circonstances et les besoins des différents consommateurs. Mais simplement déclarer comme l’a fait George Bush que l’on peut détacher l’économie américaine du pétrole de façon relativement facile et remplacer le pétrole par l’éthanol et d’autres biocarburants n’est pas réaliste.

AVB : Mais l’électricité peut aussi être utilisée pour les transports, n’est-ce pas ? On peut mettre de l’électricité dans sa voiture, électricité qui peut avoir été produite à partir d’énergie solaire, éolienne, nucléaire...

PMW : Il y a beaucoup de problèmes avec les voitures électriques aux Etats-Unis. Combien cela va coûter de produire l’électricité supplémentaire ? D’où va venir cette électricité ? De plus les systèmes de transmission de l’électricité aux Etats-Unis sont surchargés. Il faut en effet rénover toute l’infrastructure des systèmes de transmission de l’électricité. Combien cela va-t-il coûter ? Combien de temps cela va-t-il prendre ? Quand General Motors a montré sa voiture électrique à Détroit, il y a eu une énorme publicité autour de cet évènement mais, pour amener la voiture dans le hall de la conférence, les gens de General Motors ont dû la pousser car elle n’était pas opérationnelle !

SR : Pensez-vous que les Etats-Unis développeront le nucléaire dans un avenir proche ?

PMW : Il y a de nombreux problèmes pour produire plus d’électricité. Vous devez construire des centrales nucléaires aux Etats-Unis ce qui, je pense, est une très bonne idée. De toutes les solutions je pense que c’est la meilleure car c’est une solution viable.

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