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Vive l'étalement urbain

Article publié le 26 novembre 2007

L’étalement urbain conçu comme un développement naturel mais raisonné des villes ne vaut-il pas mieux que l’urbanisation quasi-aléatoire qui découle de la contrainte d’un urbanisme restrictif et défaillant à imaginer un futur pour la ville qui satisfasse aux besoins des populations.

La France est un drôle de pays. Nous disposons d’une offre foncière importante, d’un niveau de contrainte environnementale raisonnable (inondations, secousses sismiques, protection diverses) et pourtant nous avons réussi à générer une rareté foncière, un développement sans précédent de la construction à distance des villes et des bassins de vie principaux accompagné d’une réglementation de l’urbanisme pléthorique.

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer divers aspects de cette question, l’abondance réglementaire, le lien entre offre foncière et immobilière sur les niveaux de prix , le refus de laisser nos villes croître naturellement et la duplicité de nos concitoyens pour lesquels tout est acceptable sous réserve de préserver leur quiétude (Not in my backyard).

Je souhaiterais cette fois-ci m’intéresser aux représentations des urbanistes lorsqu’ils établissent les documents qui précisément génèrent rareté, spéculation et accroissement des distances domicile-travail ou domicile-services.

Ce résultat est en effet obtenu en contradiction avec tous les objectifs affichés.
La lutte contre l’étalement urbain, la limitation des flux, la protection des espaces agricoles sont affirmés haut et fort dans tous les diagnostics qui prennent leur forme la plus aboutie dans les P.A.D.D. (plan d’aménagement et de développement durable).
A cette fin, un ensemble de moyens sont mis en oeuvre pour contraindre la ville dans des limites dont la géométrie est conçue comme le liseré d’une image préétablie qui doit être défini par les règles du plan.

La ville et l’urbanisation apparaissent comme la partie d’un tout limité au territoire de référence, l’agglomération, le pays, le canton qui doit receler l’ensemble des ingrédients considérés comme indispensables pour développer un territoire de manière équilibrée.

On doit notamment y trouver un peu de nature, un peu d’agriculture, un peu d’équipement, quelques infrastructures et une urbanisation intersticielle dont on évalue a priori la capacité à répondre à des besoins dont il s’avère qu’ils sont le plus souvent sous évalués.
Cette construction très techno. des équilibres des territoires n’est jamais confrontée à la réalité avant la mise en place du plan suivant qui d’ailleurs restera de la même eau. En fait c’est le décor de la Ville qui intéresse, et une comédie urbaine que l’ont écrit.

Il est quand même étonnant que nous n’ayons entendu aucun urbaniste alerter les opinions publiques sur l’incapacité manifeste des règlements en vigueur à endiguer la crise du logement ou plutôt sur leur propension à créer la dite crise.
S’ils avaient été médecins, ils auraient laisser s’étendre l’épidémie au motif que tout avait été fait dans l’ordre.

Aucune auto-critique, comme le montre la contribution des agences d’urbanisme au Grenelle de l’environnement.
Tout y est dit sauf une chose : le développement des villes doit en premier lieu répondre aux besoins de ses habitants et de ceux qui souhaitent s’y installer.

Pire nos urbanistes ne se sont pas totalement débarrassés de l’idéologie de l’homme nouveau qui a fait flores dans les années 50. Si les comportements mettent en cause le plan, c’est sans doute que le niveau de contrainte est insuffisant.

Si les terrains urbanisables conçus comme d’une surface optimum n’ont pas suffi à combler les attentes des habitants, c’est sans doute qu’ils n’ont pas compris l’intérêt d’une plus grande densité des constructions, que le système économique ne les a pas rendu assez fortuné pour acheter le logement collectif avec parking souterrain et grande terrasse si enviable, ou que les promoteurs ne comprennent pas l’intérêt de concevoir des logements qui ne se vendent ou ne se louent pas mais qui ferait si bien dans le décor.

En voulant programmer l’extension urbaine à des horizons trop proches (10 ans environ), en pariant sur des modifications de comportements qui évolueraient plus rapidement que ce que nos esprits humains peuvent accepter (l’acceptation de la densité par exemple), en privilégiant celui qui habite sur celui qui s’installe, en méconnaissant la réalité socio-démographique du pays, les urbanistes ont conçu un mode de représentation qui s’avère dévastateur pour les équilibres sociaux et la bonne gestion des ressources. Dans tous les cas, ils ont tourné le dos à leurs objectifs.

La lutte contre l’étalement urbain dans le bassin de vie a abouti à la construction massive et parfois exponentielle hors du dit bassin qui de facto s’accroît largement hors de ses murs au point ou un espace d’urbanisation indifférenciée voit le jour sur nombre de territoire que l’on essaye par ailleurs de repolariser par des politiques d’équipement et de transport en commun.
Dit autrement, on a généré à la fois une charge supplémentaire pour les ménages qui se satellisent dans le même temps que l’on rend moins efficaces socialement et donc plus coûteux les efforts d’équipement que l’on engage.

Ce phénomène est encore accru par la tendance à une moindre population des zones centrales des agglomérations assorti de ce que certains appellent leur "embourgeoisement définitif".

Les familles aux revenus modestes au loin et les ménages d’isolés au centre et nous aurons constitué l’absolu contre-modèle.
N’oublions pas en effet que les flux sont pour l’essentiel constitués par les déplacements des individus et non par la localisation a priori de leur maison.

Une maison vide génère peu de flux, et la densité dont il est si souvent question devrait plutôt s’analyser en terme d’habitants que de constructions.

Une forte densité loin des emplois et des services sera par exemple fort génératrice de flux. On devrait sans doute y réfléchir au moment ou la rareté foncière rend possible la réalisation de logements collectifs en milieu hyper rural.

Finalement, un étalement raisonnable des zones urbanisées peut être vertueux et socialement bénéfique s’il permet de limiter la dispersion de l’urbanisation sans lien avec les services et les emplois.
A vouloir trop endiguer on finit par "lâcher les digues".
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commentaires
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(IP:xxx.xx8.150.190) le 26 novembre 2007 à 11H40

"Vive l’étalement urbain" : Tous couchés, en ville ? Ça se confirme : on réagît peu au sarkozisme rempant je trouve.

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par caramico (IP:xxx.xx7.211.61) le 26 novembre 2007 à 12H02

Il n’y a pas si longtemps, la lenteur des déplacements faisait que les gens vivaient, et surtout travaillaient sur place. L’espace était occupé de façon plus homogène, la consommation était locale, on ne mangeait pas des melons en plein hiver, et on ne s’en portait pas plus mal. Cette idée de concentrer l’habitat est imbécile si la rareté des carburants entraîne un retour à ce mode de vie.

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par miniTAX (IP:xxx.xx0.27.223) le 26 novembre 2007 à 15H43

"on ne mangeait pas des melons en plein hiver, et on ne s’en portait pas plus mal."

Et on ne mangeait pas de banane ou d’ananas ni en hiver, ni en été sauf quand on habite la Martinique. Vous avez le choix de faire pareil si ça vous chante.

Quant à "s’en porter pas mal", encore faut-il préciser ce que ça veut dire surtout quand l’espérance de vie était de 20 ans plus courte. :/-)

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par caramico (IP:xxx.xx7.211.61) le 26 novembre 2007 à 17H37

Il y a moyen de repenser un mode de vie riche en gaspillage sans pour autant revenir au moyen-âge.

Mon grand-père est mort à 87 ans, mon père à 70, quand à moi avec les saloperies qu’on ingère et qu’on respire tous les jours, on verra, mais invalide à 53 ans (asthme et polyarthrite), je n’irais sûrement pas très loin.

Vive le progrès !

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(IP:xxx.xx7.219.139) le 26 novembre 2007 à 17H22

Je ne vois aucun inconvénient à vivre dans des zones densément peuplées. Mais alors, que l’on m’apprenne au moins à vivre sans manger, pour le jour où le pétrole sera si cher que la nourriture la plus modeste sera hors de prix en supermarché.

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par Jason (IP:xxx.xx3.224.47) le 26 novembre 2007 à 19H53

La bureaucratie, voilà l’ennemi ! Ni le code de l’urbanisme, ni le code de la construction et de l’habitation ne sont à la hauteur pour répondre aux défis (environnement, économie, énergie, emploi, etc.) qui assaillent une grande partie de la société française d’aujourd’hui. Offrez-vous une petite visite sur Légifrance et payez-vous la lecture desdits codes. Vous m’en direz des nouvelles.

Une récente conversation très animée avec le personnel de la DDE (Direction Départementlede l’Equipement) chargés d’octroyer certificats d’urbanisme et permis de construire a été très édifiante. Ces gens là ne vont JAMAIS sur le terrain. Tout se passe sur plans (papier ou informatique) car leur hiérarchie leur interdit les visites in situ. "On n’a simplement pas le temps de faire ça, Monsieur" ! Il nous faudrait plus de personnel, etc.

Attiré par une conférence l’été dernier sur la disparition du bocage de ma région, et par l’annonce proclamée de vouloir replanter un faible pourcentage des milliers de KM de haies qui ont disparu dû au remembrement, j’ai assisté à cette conférence. Pendant 2 heures j’ai entendu parler de baux ruraux, d’hydrographie, d’ornithologie, de projets dérisoires subventionnés pour l’achat éventuel d’arbustes, de techniques de plantage et des méfaits des rongeurs, de problèmes cynégétiques, et de bien d’autres sujets présentés par des experts qui avaient fait plus de 100 km pour exposer leurs théories. En fin de réunion, furent présentés des formulaires de demande de subventions aux montants d’une faiblesse digne d’un autre siècle, à remettre en X exemplaires à une obscure officine, et ce fut tout.

Furieux, je me suis exprimé sur ce sujet au président du conseil général en avançant des conseils et en donnant des pistes pour faire aboutir le projet de faire revivre les haies, partie du patrimoine paysager de ma région. Que pensez-vous qu’il arriva ? RIEN. Je ne me plains pas de ce qu’on ne m’ait pas écouté, mais qu’on continuera de ne rien faire. C’est ainsi que nos fonctionnaires zélés continuent leur vie tranquille, bien à l’abri derrière les codes de lois et les règlements désuets. La boucle est bouclée.

Cordialement.

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par judel.66 (IP:xxx.xx2.76.151) le 26 novembre 2007 à 22H21

Eric ....vous etes naïf !!....que penses vous des plus values immobilières de giscard qui ont immédiatement stoppé la construction des particuliers et les 30 glorieuses...que pensez vous de l’ISF ....que pensez vous de la double imposition des revenus locatifs....que pensez vous de toutes les nouvelles normes locatives a charge du bailleur :diagnostic termites ,amiante , plomb ,energétique et de la protection du locataire qui a tous les droits....

combien de fois n’avez vous pas entendu :""je ne veux plus m’e.... avec des locataires""...si vous aviez de l’argent a placer le placeriez vous en France et dans du locatif ??.....

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par lisa SION (IP:xxx.xx1.171.193) le 2 décembre 2007 à 15H23

bonjour,

Votre article tombe à point et les commentaires expriment l’intérêt des internautes pour l’avenir urbain. Justement, figurez vous que la décision du gouvernement pour la fermeture des 262 triages français « libère » ( façon de parler ), en une signature, près de QUINZE MILLE HECTARES, ( UN KILOMETRE SUR CENT CINQUANTE KILOMETRES !), à quelques centaines de mètres du centre de toutes les principales villes françaises.

Les agglomérations et infrastructures routières françaises ne représentent que 3% du territoire. Ces triages, 0,2%. C’est la dernière chance de voir naitre les nouvelles villes de demain, celles dont rèvent une quantité de mal logés, celles pour lesquelles, d’autres, autodidactes, particuliers ou simple adeptes de recettes pleines de simple bon sens, se sont appliqués à inventer les maisons positives et les habitats humains de demain. Mais ce serait catastrophique de poursuivre dans les termes actuels.

Bien-sûr, la fermeture des triages est en soi une mauvaise nouvelle pour le ferroutage, sauf si elle ouvre la voie à une urbanisation en accord avec les dispositions acquises lors du Grenelle de l’environnement. Mais tant de mauvaises décisions profitent à d’opportuniste promoteurs qui contraignent le consommateur à dépendre un peu plus du « système mondialisation », qu’il convient de rester vigilants. Nous avons tous un site semblable sous ses fenêtres, et l’envie de voir changer les choses vers une défense active de notre environnement urbain.


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