
Tu le sais, cher lecteur, je place sur ce blog des billets de nature diverse, des analyses (souvent collectives) mais également les coups de sang moins « pondérés ». Ce texte appartient pleinement à cette dernière catégorie. Attention, texte éminemment cathartique. Ames sensibles, s’abstenir.
Elles me gonflent un peu ces manifs de petits patrons qui d’un côté se battent pour imposer le marché et la libéralisation dans tous les secteurs de l’économie et puis de l’autre se plaignent lorsque le marché les rattrape et vont alors pleurnicher auprès des Etats pour qu’ils les aident.
Bien sûr, dans les manifestations de ces derniers jours on rencontre également des agriculteurs, embrigadés ? quasi - de force dans une logique hyper productiviste et énergivore, touchés de plein fouet par la hausse du prix du pétrole [1]. Mais on voit bien que ce sont essentiellement des organismes patronaux tels l’UPTR qui mènent la danse.
Ces patrons d’entreprises de transport par route se sont réjouis lorsque le marché et la logique de profit à court terme ont permis de fermer des lignes de chemin de fer et des gares à leur profit. Qui les a entendus regretter alors la désaffection des voies ou les pertes d’emplois à la SNCB ? Ils se sont enrichis - et s’enrichissent encore - sans état d’âme grâce à la logique des flux tendus qui impose le transport par avion ou par la route d’une quantité croissante de marchandises plutôt que par le rail ou par bateaux.
Et bien le marché c’est aussi le fait que ce qui est rare et surconsommé - le pétrole en l’occurrence - est cher. Le marché qui les a fait naître, va maintenant les éliminer. L’assertion peut sembler abrupte, elle n’en est pas moins inéluctable.
On pourrait penser que tout ceci est le signe que le marché est la solution et assure une forme d’autorégulation. C’est faux, sauf à mettre dans la balance la survie de l’humanité, voir celle de toute vie sur cette planète. Le marché n’intègre pas les externalités, terme savant pour définir tout ce qui est contigu à l’échange strictement marchand. Les externalités, c’est le coup des soins de santé pour des citoyens abreuvés aux particules fines. Les externalités c’est le réchauffement climatique. Les externalités ce sont les nappes phréatiques chargée jusqu’à la moelle de PCB. Pour tout cela, les frénétiques partisans du marché se retournent vers les Etats qu’ils n’ont pourtant de cesse de dépecer par ailleurs.

J’ai la faiblesse de penser qu’une des choses que l’on peut exiger de la nature des échanges économiques que nous établissons est qu’elle ne conduise pas à notre propre extinction. Cocasse ? Pas certain. La logique de marché ne s’encombre en effet pas de la question de notre propre survie. Le marché est amoral, sa seule logique est celle froide d’un point de vue social et écologique de la valeur d’échange et du profit.
Que faire ?
Régulation du marché ? C’est certainement un minimum vital. Inclusion de force des externalités ? Oui mais comment ? Bannissement ciblé du marché ? Dans des domaines tels la production d’énergies, les réseaux de distribution (poste ?), la gestion des ressources vitales (eau, gaz ou pétrole par exemple), l’enseignement ou les télécommunications c’est l’évidence même. Mais est-ce suffisant ? On voit, où que s’installe le marché, que s’installe avec lui une logique productiviste mortifère axée sur le court terme couplée à une absence totale de recul, à une négation du principe de précaution. La modernité consisterait au contraire à programmer nos productions en fonction des besoins et de ressources objectivées dans le cadre d’une solidarité mondialisée. C’est parce qu’il est impossible de fixer une barrière nette entre ce qui pourrait être régi par la logique de marché et ce qui doit lui échapper qu’il convient de se fixer comme objectif de le faire reculer toujours d’avantage jusqu’à sa disparition. Cela ne préjuge en rien pour certaines productions locales de possibles échanges directs entre citoyens basés sur l’utilité et non sur la spéculation - possibilité de plus-value via de futurs échanges. L’usage de monnaies locales est à cet égard une idée qui mérite d’être étudiée.
Et que fait-on ?
Le contraire, on ouvre plus encore tous les pans de l’économie à la logique de marché, les capitaux circulent toujours d’avantage, la spéculation est reine.
Et dans ce contexte, je n’ai pas vu beaucoup de patron d’entreprises de transport par camion, pas beaucoup de patrons d’entreprises de taxis, pas beaucoup d’agriculteurs décider de bloquer les rues pour empêcher la « concurrence libre et non faussée » et l’ouverture croissante des marchés imposés par la Constitution Européenne (rebaptisée Traité de Lisbonne). La vérité est que chacun défend son profit en se fichant pas mal des impacts sociaux et écologiques monstrueux de la logique actuelle.
C’est pourquoi je suis d’avis qu’on leur fiche une amende carabinée à ces pollueurs pleurnichards de l’UPTR [2] histoire de hâter leur extinction et qu’on l’affecte les sommes dégagées à la constitution d’une véritable politique publique de relocalisation économique et de transport par le rail et les voies d’eau. Que l’on en utilise aussi une part pour aider les agriculteurs à en finir avec une agriculture chimique ultra-intensive et « pétrolivore ». Que l’on me comprenne bien, c’est bien la logique économique ? soutenue par le patronat - que je vise. Je suis favorable à ce que chaque chauffeur de camion vive mieux au « volant » de son train, que chaque taximan gagne dignement sa vie dans la société publique de bus électriques qui l’emploiera. Eux ne sont pas les responsables mais bien les otages de la logique actuelle.
L’heure n’est plus aux lamentations mais peu semblent le percevoir. Tant que ce seront les élites qui vivent - s’engraissent - de la logique actuelle qui feront l’opinion nous ne pourront pas regarder objectivement les faits et surtout, nous ne pourrons pas mettre en branle le processus de transformation écologique et sociale dont nous avons fichtrement besoin.
[1] Lors d’un récent exposé de François Dufour j’ai appris qu’ayant fait le choix d’un retour à une agriculture paysanne plus respectueuse de la nature, il a pu diminuer drastiquement l’usage du tracteur et donc sa consommation en carburant tout en maintenant sa productivité
[2] Curieux, contrairement aux cheminots, on n’entend pas dire qu’ils « prennent en otage » la population eux !










