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Plafonner la TVA sur les produits pétroliers : une vraie bonne idée

Il est possible de concilier écologie, garantie du pouvoir d’achat et maintien à long terme des ressources de l’Etat

Article publié le 4 juin 2008

Pour soulager le portefeuille des Français, Nicolas Sarkozy a proposé de plafonner le prélèvement de TVA sur le prix du pétrole. Pour la commission européenne, ce serait une fausse bonne idée : "cela encouragerait les pays producteurs à augmenter encore leurs prix". Alors qui a raison ? Ceux qui comme Hulot ont fait un beau voyage en proposant encore récemment d’augmenter la taxe jusqu’à ce que raison s’en suive, quitte à mettre tout le pays dans la rue sans le moindre profit pour l’environnement ? Ou ceux qui, comme ceux de la Commission Européenne, font mine de ne pas comprendre que de toute façon les pays producteurs augmenteront les prix du pétrole et que d’une certaine façon, c’est l’intérêt de l’économie d’amorcer progressivement son virage vers une énergie non pas forcément plus chère mais à l’usage plus pertinent ? Car, en fait, la TVA est essentiellement un "impôt sur l’impôt" et ce qu’il faut retenir de la proposition de Nicolas Sarkozy est qu’il vaut mieux fixer l’horizon des prix que de faire flotter la TIPP. Au-delà de la technique simple, voire simpliste, proposée pour des raisons de compréhension, il faut voir l’esprit qui est de passer demain, conformément aux engagements du Grenelle, d’une TVA flottante et taxant la TIPP (!) à une taxe sur le carbone et ne fluctuant pas au gré des décisions des pays producteurs. Tout le contraire de ce que prétend l’Europe qui, une fois de plus, a oublié de voir plus loin que le bout de son nez. C’est pourquoi, pour éclairer ce débat, j’ai décidé - en accord avec les destinataires - de publier une note privée que j’avais adressée le 20 avril, avant ce débat et la nouvelle flambée des prix, au président de la République proposant de montrer qu’écologie et taxe sur le carbone pouvait se conjuguer avec la légitime lutte contre la vie chère.

Plafonner la TVA sur les produits pétroliers : une vraie bonne idée

Les produits pétroliers sont pour l’essentiel soumis à deux taxes :

  • la TIPP, qui est fixée en fonction des quantités et qui est donc totalement indépendante des prix ;
  • et la TVA qui est proportionnelle au prix et dont, lorsque les prix augmentent, le produit augmente mécaniquement.

La TIPP, sans en revêtir formellement l’aspect, se comporte comme une taxe carbone. La TIPP flottante est au contraire un mécanisme contraire à l’idée d’une taxe carbone. Mise en place par le gouvernement Jospin, elle entend amortir l’effet de la hausse des cours du pétrole sur les prix de l’essence à la pompe, notamment pour les ménages.

Cette note propose un mécanisme de conversion progressive et partielle de la TVA en taxe carbone incorporée à la TIPP permettant de lisser les hausses, de réduire conjoncturellement leur impact sur le budget des ménages sans compromettre à terme les ressources de l’Etat et des Régions. Ce dispositif pourrait par ailleurs s’inscrire élégamment dans les suites du Grenelle de l’Environnement comme des propos du Chef de l’Etat sur la fiscalité.

1. Rappels

Les montants de la TIPP sur ces produits sont automatiquement abaissés à hauteur du surcroît de TVA consécutif à l’augmentation des prix des produits pétroliers, lorsque le cours moyen du pétrole brut de référence Mer du Nord (Brent daté) sur les marchés internationaux augmente de plus de 10 %. A l’inverse, et suivant le même mécanisme, ils sont revalorisés lorsque les cours du pétrole brut seront de nouveau orientés à la baisse. Cette TIPP flottante avait été complétée par une baisse forfaitaire supplémentaire de 20 centimes de franc par litre, dite " bonus fiscal ".

La suppression de ces deux mécanismes de modulation des prix à la pompe en faveur des consommateurs s’est traduite par une augmentation de la fiscalité sur les carburants au profit de l’État. Selon Bercy, cette augmentation fiscale devait, au départ, être plus que compensée à la pompe pour les particuliers par la baisse du dollar (devise de référence sur le marché international des carburants) par rapport à l’euro. Principale taxe sur les carburants (75 % du prix à la pompe), la TIPP rapport à l’Etat plus que l’impôt sur le revenu (plus de 25 milliards d’euros). La TIPP flottante n’a en fait guère provoqué d’effets spectaculaires. Ni son instauration, ni sa suppression n’a changé grand-chose au classement européen des prix des carburants où la France se distingue par un prix TTC proche de la moyenne et par un prix hors taxe parmi les plus bas. Réalisée sous le gouvernement Raffarin, la responsabilité de la suppression de la TIPP flottante revient à l’équipe Jospin qui avait programmé cette mesure.

La TIPP flottante répond donc à une préoccupation sociale. Mais les moyens choisis s’inscrivent dans une vision de court terme. En effet, l’augmentation des prix du baril de pétrole est la conséquence de la raréfaction de cette ressource. Elle est donc inéluctable. Par ailleurs, notre pays s’est engagé à réduire de manière drastique ses émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit, concrètement, de « décarboner » notre économie, et, en particulier, les modes de déplacement. Et l’augmentation du prix du pétrole est indispensable à cette transition énergétique dès lors, toutefois, que l’économie serait en mesure de proposer des alternatives au consommateur.

2. Pouvoir d’achat versus développement durable

Si, face à la nécessaire et inéluctable diminution de la consommation d’énergies fossiles, il faut accompagner les personnes fragilisées et maintenir la croissance nécessaire à la production d’énergie de substitution, la solution ne peut être de rendre indolore la hausse du coût des énergies fossiles à travers un mécanisme comme celui de la TIPP flottante. Au contraire, il faut utiliser la fiscalité sur les carburants pour rendre cette hausse progressive, permettant aux acteurs économiques et aux particuliers d’anticiper, et de ne pas subir une rupture énergétique subite aux conséquences sociales dramatiques. A cet effet, une partie des hausses de ressources pourrait être affectée au développement de l’offre et des usages alternatifs dans la mesure où ce type d’action serait effectivement efficace dans le contexte économique de court et moyen terme.

L’augmentation du prix du pétrole est due à la politique de l’OPEP, à la consommation importante des Etats-Unis et de la Chine, aux incertitudes internationales comme aux anticipations sur la survenue des pics de Hubert. Il en résulte un cours du baril très volatile et tendanciellement croissant. Aussi une TIPP flottante serait-elle donc inadaptée, très coûteuse et d’un affichage peu pertinent au regard des problèmes posés.

3. Nécessité de prendre en compte la question du coût pour le consommateur

Alors que le prix du baril dépasse désormais sans doute durablement les 100 dollars US, le rétablissement d’un mécanisme d’amortissement revient nécessairement sur le devant de la scène d’autant que le transport est un élément clef de la mobilité nécessaire au développement économique. A ce compte, défense du pouvoir d’achat et développement vont de pair. Un autre élément est à considérer : la TIPP est devenu un des principaux outils d’autonomie financière des régions. Depuis le 1er janvier 2006, les ressources de TIPP attribuées aux régions "sont constituées par l’attribution d’une fraction de tarif de la taxe intérieure sur les produits pétroliers perçue sur les quantités de supercarburants sans plomb et de gazole vendues aux consommateurs finals sur le territoire de la région ou de la collectivité territoriale de Corse" (article 52 de la loi de finances pour 2005). En outre, depuis le 1er janvier 2007, les régions ont la possibilité de voter un taux spécifique sur les trois carburants (SP 95, SP 98, gazole).

Avec le mécanisme antérieur de la TIPP flottante, les ressources issues de la TIPP sont revalorisées lorsque le cours du pétrole brut est de nouveau orienté à la baisse, les bénéficiaires de cette TIPP, dont les régions, récupérant alors les ressources concédées en période d’inflation. Toutefois, pour que le système fonctionne, il faut que les périodes de baisse et de hausse s’équilibrent à long terme. Ce qui risque de n’être plus jamais le cas compte tenu des projections les plus vraisemblables. Restaurer la TIPP "flottante" conduirait à une diminution des ressources des régions alors que l’Etat bénéficierait d’une croissance de ses ressources issues de la TVA. La solution pour maintenir les ressources des régions serait que l’Etat renonce, à leur profit, à une partie des fonds issus de la TVA. Difficile dans le contexte actuel ! A défaut, les régions pourraient utiliser le mécanisme de modulation de la part régionale dans la TIPP totale prévu dans l’article 84 de la loi de finances rectificative pour 2005. En pratique, certaines régions ne pourraient recourir à cette possibilité, ayant déjà procédé à une modulation maximale de leur tarif de TIPP. C’est donc assez logiquement que le Premier ministre, François Fillon, a exclu de proposer "des mesures qui viseraient à baisser artificiellement le prix" des carburants, écartant implicitement la restauration de la TIPP "flottante" au motif que l’augmentation des prix du pétrole est inexorable.

4. Peut-on s’orienter vers un mécanisme cumulant les avantages et excluant les inconvénients tant de la TIPP flottante que du mécanisme actuel ?

Il semble en premier utile de disposer d’un mécanisme d’écrêtage, ou de lissage, des prix des carburants lorsqu’ils sont fixés par un système de marché spéculatif, dont les réactions à la conjoncture sont par nature imprévisibles et chaotiques. Dans un contexte où les prix du baril peuvent ainsi augmenter ou baisser, ce mécanisme offrirait l’avantage, pour les usagers professionnels (agriculteurs, pêcheurs, transporteurs, PME) d’une meilleure visibilité sur leurs charges à venir, et leur permettrait d’être moins sensibles à ces variations brutales de prix, sans pour autant compromettre les ressources fiscales à long terme pour l’Etat. Or, si les prix élevés du brut aujourd’hui sont partiellement l’effet de causes conjoncturelles, ils sont surtout l’effet d’une limite physique vers laquelle nous nous orientons inexorablement.

Ce n’est pas tellement l’épuisement des stocks qui est en vue – il y a trop de pétrole disent certains experts sans que ce soit une contradiction définitive-, mais la baisse du débit annuel relativement à la demande prévisible. Les puits situés géographiquement près des principales zones de consommation ont commencé à décliner. Les Etats-Unis et la Chine, actuellement les plus grands consommateurs, ont atteint il y a quelques années leur pic de production (le fameux “pic de Hubert”), et le pic (relatif, celui qui détermine les cours) de production mondial sera atteint, selon des estimations raisonnables, entre 2007 et 2025. Nous approchons donc insensiblement de la zone de turbulence. Dans l’absolu, c’est un système inverse à celui de la TIPP flottante qu’il conviendrait de mettre en place pour réorienter notre économie vers d’autres modes de consommation, et vers d’autres sources d’énergie.

D’ailleurs, l’idée d’une "surtaxation" (ou plutôt surimposition) des compagnies pétrolières a même germé dans certains esprits, dont certains politiques, à la vue des bénéfices réalisés actuellement par les pétroliers, ce qui est en complète contradiction avec le principe d’un écrêtage de l’effet prix.

5. Proposition. Comment concilier tous ces éléments ?

En persévérant dans la voie dans laquelle le gouvernement s’était engagé à suivre, sans réellement, jusqu’à présent en prendre la mesure de l’intérêt au-delà de l’affichage, celle d’une écologisation progressive de la fiscalité.

Toutes les considérations qui précèdent militent pour que la TIPP ne serve pas d’amortisseur à la hausse du produit de la TVA résultant d’une hausse des prix mais qu’au contraire on augmente la part carbone et fixe de la fiscalité tout en lissant ses effets dans le temps. Il ne reste donc qu’une voie, compenser la hausse de la TVA non pas par un abattement fiscal mais par un déport de la TVA d’une part de son assiette (la valeur ajoutée) vers une assiette s’assimilant au contenu carbone sur lequel s’appliquerait un taux rendant le produit équivalent au produit « gelé » au moment du déclenchement du dispositif. Dans un premier temps, il serait possible de geler l’assiette de la TVA ou de la plafonner au motif qu’il est injuste qu’elle incorpore par ailleurs la TIPP. Mais un tel mécanisme aurait toutes les chances d’être "retoquée par l’Europe. Aussi bien, la TIPP, pour ce faire, devrait être « idéalement » convertie dans le même système de taxe carbone dont ce serait ainsi, dans la logique du Grenelle de l’Environnement, la première vraie application. Mais, ceci n’est pas indispensable.

Il existe plusieurs manières de mettre un tel dispositif en pratique. Ainsi, si l’on reprend les mêmes mécanismes déclencheurs que ceux prévus pour la TIPP flottante, lorsque les cours du Brut de référence augmentent de 10%, on affecte un certain pourcentage, par exemple 10% (ce peut-être un autre pourcentage mais celui-ci a le mérite de la simplicité) de l’assiette de la TVA à une taxe carbone équivalente, laquelle sera confondue avec la TIPP existante. Le mixte TIPP-TVA sera considéré comme formant un seul et même impôt « instillant une part d’écologie dans la fiscalité globale » pour reprendre une expression utilisée par le chef de l’Etat. Ce système, sans retour, garantit que le produit fiscal de l’Etat ne dépassera jamais en Euro constant environ 25% du produit actuel, même en cas de doublement ou triplement du cours de référence du brut pétrolier. Il permet un lissage par palier, autorise la compensation sous forme de TEC au regard des règles de l’OMC et constitue une première ébauche d’une fiscalité carbone « douce » de transition.

Il permet d’adoucir conjoncturellement l’effet de la hausse des carburants sans compromettre à terme les finances de l’Etat et des Régions, le taux de la TIPP-Carbone restant alors modulable par référence à la valeur carbone telle qu’elle tend progressivement à s’instaurer sur divers marchés nationaux, européens et internationaux.

A l’attention du Président de la République (note exclusive transmise le 20 avril 2008)

Patrice HERNU
Président de France Europe Planète Bleue
Administrateur de l’Insee

lien image : http://images.google.fr/... 

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41 votes

commentaires
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par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 4 juin 2008 à 10H57

merci pour cette tranche de rigolade. rire est bon pour la santé et cet article devrait être remboursé par la sécu.

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par Archimédron (IP:xxx.xx9.79.174) le 4 juin 2008 à 23H28

@ l’auteur

Cette lettre ouverte au PDG de la société "France" a dû finir aux oubliettes, raison pour laquelle vous décider de la rendre publique deu mois plus tard ?

Admettons.

En tout cas, j’ai remarqué que vous l’avez transmise le 20 avril. Je me suis demandé un moment, à l’instar d’Atlantis si vous ne vous êtiez pas mélangé avec votre calendrier et s’il n s’agissait pas plutôt du 1er Avril, jour consacré aux blagues et aux canulars.

Ceci dit, je n’épiloguerai pas sur le style amphigourique de votre papier. Je ne retiendrai qu’une chose : le fait que vous minimisez l’aspect le plus important de la hausse du pétrole, à savoir la pénurie.

Le demande est plus forte que l’offre, les pays de l’OPEP n’arrivent pas à suivre ! Et pour cause, le pic de hubbert a été atteint en 2007, on trouve de moins en moins de pétrole et le pétrole qu’on trouve est de plus en plus du "mauvais pétrole" (plus difficile et plus cher à extraire).

Vous proposez de "soulager" le portefeuille des Français ? Avec une compensationde taxe ? Cela revient à soulager le portefeuille des Français en leur prenant d’un côté ce qu’on fait semblant de leur donner de l’autre. Le frix de l’État c’est toujours le fric du fisc, l’avez-vous oublié ?

Non, vous êtes complètement à côté de vos souliers et pour quelqu’un qui se dit écolo, vous me faites bien marrer : la seule perspective écologiste intelligente c’est de souhaiter que le pétrole coûte assez cher pour forcer les gens à :

- rouler moins

- gaspiller moins

- économiser

- polluer moins

amorcer cette cette indispensable décroissance afin de commencer à rendre viables les objectifs du protocole de Kyoto, diminuer les GES, mette un terme à cette folie destructrice de la combustion de produits pétroliers à tout va.

Heureusement que les ressources s’épuisent, sinon le ciel finirait par devenir noir et l’oxygène disparaîtrait. Imaginer encore deux siècles de cette prolifération imbéciles de bagnoles, c’est l’enfer absolu. Vivement que ça cesse.

En vérité, d’ici la fin de l’année l’essence sera à 2€ le litre, et atteindra 4€ l’année prochaine.

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par Patrice HERNU (IP:xxx.xx7.233.40) le 24 juin 2008 à 22H29

J’ai fait une réponse globale à partir du commentaire de Catherine Belkhodja plus bas. Une remarque malgré tout. Je suis assez d’accord avec tout ce vous dites. J’ai parlé de fiscalité. Pour le reste ok. Vous dites "amorcer cette cette indispensable décroissance afin de commencer à rendre viables les objectifs du protocole de Kyoto" S’il s’agit de la décroissance de la consommation des fossiles, ok, d’accord évidemment (ne parlons pas de Kyoto dont les objectifs sont dérisoires mais ce n’est pas le sujet). Mais vous précisez :

"Heureusement que les ressources s’épuisent, sinon le ciel finirait par devenir noir et l’oxygène disparaîtrait. Imaginer encore deux siècles de cette prolifération imbéciles de bagnoles, c’est l’enfer absolu. Vivement que ça cesse." Justement c’est tout le problème. Car le discours des pétroliers (plus charbon), c’est que les ressources s’épuisent et donc, qu’en gros, tout va rentrer dans l’ordre avec l’augmentation du prix du baril. Mais là, c’est une erreur. L’augementation du prix du baril rend accessible le scénario pollution catastrophe. Pas par disparition de l’oxygène :-/ mais par assèchement car les GES jouent en aspirant H2O comme une éponge et créant une désertification plus intense. Ne lisez pas les journaux ! Le phénomène de l’effet de serre n’est aussi simple qu’on le dit. C’est le cycle de l’eau qui compte (et le CO2 est le principal agent perturbant d ce cycle mais il n’est pas le seul)

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par jojo (IP:xxx.xx6.49.34) le 5 juin 2008 à 07H04

j’admire la tournure naïve de la phrase : "Alors que le prix du baril dépasse désormais sans doute durablement les 100 dollars US".

Ne nous voilons pas la face : le pétrole n’en finira jamais d’augmenter, et atteindra très vite les 200 dollars ! Il ne faut pas être un grand expert pour comprendre ça. De moins en moins de pétrole pour de plus en plus de consommateurs = hausse des prix. Les pays producteurs sont déjà depuis longtemps au maximum de leur capacité, ils feignent de "refuser" d’ouvrir encore plus leurs vannes quand les pays consommateurs le leur demandent... L’avenir est donc au pétrole de plus en plus rare et cher et on aurait dû s’y préparer depuis longtemps ! Il y a un seul secteur où la France est prête : l’électricité.

Plutôt que de palabrer sans fin et polémiquer sur la répartition de la TVA, la baisse de la TIPP, nous ferions mieux de réfléchir à une politique de développement et d’urbanisme moins gourmande en pétrole et à anticiper son coût dans nos dépenses et notre recherche de solutions alternatives. Le monde de demain n’est pas un monde sans pétrole, mais un monde de pétrole très cher.

Toute baisse des taxes sur le pétrole ne fera que décaller l’inéluctable hausse des prix à la pompe que de quelques mois, sans même inciter les consommateurs à moins consommer tout en plombant les finances publiques !

Les hausses de carburant doivent être répercutées sur les prix de vente afin que les professionnels (transporteurs routiers, agriculteurs, pêcheurs etc) ne soient pas lésés. Subventionner leur carburant ne les inciterait pas l’ECONOMISER (et à trouver des méthodes de production plus efficaces)et au final, c’est toujours le consommateur citoyen qui paie la facture via les impôts.

Les temps qui s’annoncent seront durs pour tout le monde car aucun homme politique n’a eu le courage d’anticiper la situation. Notre économie, notre société sont basés sur un pétrole bon marché et nous aurions dû nous préparer à sa raréfaction et à l’envolée des prix, comme ce fut le cas pour l’électricité.

La solution de facilité consisterait à baisser les taxes sur les carburants, à subventionner les professions en première ligne (pas seulement celles qui bloquent nos dépots de carburant) et à refuser qu’elles répercutent les hausses sur le consommateur. Cette politique de l’autruche serait une grâve erreur. Elle ne ferait que solutionner le problème à très court terme. C’est la société qu’il faut adapter, le comportement et la mentalité de chacun sans oublier bien-sûr les plus pauvres d’entre nous.

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par Emmanuel Rozat (IP:xxx.xx4.110.144) le 5 juin 2008 à 12H34

Excellent commentaire. On regrettera juste une chose : oui la France a de l’électricité, mais par quel moyen ? Avec des centrales nucléaires. Donc avec un danger permanent… Le risque zéro n’existe pas.

Et il ne faut pas non plus oublier que même l’uranium est une ressource finie et épuisable. Il en restarait, paraît-il, pour 50 ans grand maximum.

C’est là qu’on se rend compte à quel point nos dirigeants n’ont fait que regarder le profit de leur amis banquiers, sans se soucier d’une vraie vision d’avenir : si on avait investit dans le solaire comme on a investit dans le nucléaire, je suis sûr qu’aujourd’hui, l’augmentation du prix du pétrole nous laisserait indifférents.

Malgré tout, soyons heureux, la fin du pétrole bon marché est une bonne nouvelle, nous allons finir par respirer mieux, à condition qu’on ne vienne pas nous empuantir avec les agrocarburants ou le charbon (eh oui, malheureuseent du charbon il en reste encore beaucoup, pour au moins deux siècles).

La voiture ne va pas mourir de si tôt !

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par Patrice HERNU (IP:xxx.xx7.233.40) le 24 juin 2008 à 22H32

Tout à fait d’accord. Lire ma réponse à Catherine Belkhodja. Je ne propose certainement pas de baisser les taxes !

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par Patrice HERNU (IP:xxx.xx7.233.40) le 24 juin 2008 à 22H37

L’augmentation du prix du baril n’engendre pas ipso facto le développement des EnR. Malheureusement. Quant aux prévisions d’augmentation du prix du baril, quand je l’envisageais début 2007 à des niveaux entre 150 et 200 $ fin 2008, tout le monde ricanait. Et j’expliquais alors, comme Henri Prévot, que cela ne réglera pas le problème de la compétitivité des Enr, au contraire. Et je persite...

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par Catherine Belkhodja (IP:xxx.xx4.155.186) le 24 juin 2008 à 21H11

Effectivement les ressources en petrole diminuent et la planete s’epuise. La vraie urgence est l’ecologie et non le probleme fiscal.

Si la taxe doit servir à quelque chose, ce n’est pas à soulager la note et encourager la surconsommation d’energie mais bien plutôt à alléger la facture de la degradation ecolo qu’on laisse aux generations futures.

En conséquence, les taxtes sur les grands groupes petroliers devraient surtout être consacrés aux solutions de remplacement par des energies renouvelables.

Investissement dans la recherche et dans l’aide a l’installation de panneaux solaires, chaudières à condensation, geothermie , isilation de façon à éviter le gaspillage d’energies dans le bâtiment qui pourraient dfacilement provenir de ces solutions renouvelables.

Plus la production de panneaux solaires ou piles photovoltaîques se développeraient ; plus on pourrait les trouver sur le marché à un prix raisonnable, accessible à tous.

Ce reinvestissement immediat permettrait de faire des economies d’energie immediates et surtout ... durables Et moralement, il me semble que c’est une bonne idee de faire payer l’évolution de meilleures technologies protégeant la terre, à ceux qui l’abiment le plus ...

Qu’en pensez vous ?

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par Patrice HERNU (IP:xxx.xx7.233.40) le 24 juin 2008 à 22H19

L’urgence écologique est une donnée durable. Je me bats pour cela depuis les années 70. Le problème fiscal est fondamental ! L’écologie, c’est bien, c’est passé dans le politiquement correct mais ce ne sont que des mots sans amibition politique réelle pour l’accompagner. Il n’y a qu’à... certes mais rien de tout cela ne se fait et ni le Grenelle de l’Environnement ni les discussions sur le Kyoto et le Post kyoto ne changeront les choses. C’est mentir que de le prétendre même si l’un et l’autre sont des passages obligés.

L’augmentation du prix du baril de pétrole a malheureusement fait plus que le discours de Nicolas Hulot parce qu’on passe du discours à la réalité.

Nous vivons dans une économie de change carbone et le prix du carbone est le vrai régulateur de toute politique environnementale. Tel est le postulat majeur ce qu’on appelle l’écologie bleue. C’est l’anticipation de ce prix (inexistant pour l’heure et c’est là l’origine des grands troubles mondiaux dont la crise des subprimes n’a été qu’un révélateur à travers la crise du foncier) qui manque. Toutes les solutions que vous invoquez sont superbes mais il faut des investisseurs, des innovateurs et des stratèges qui mettent tout cela en marche dans la réalité et non dans le rose ou le vert des estrades. J’y travaille par exemple en développant de l’ingénierie carbone en direction du système bancaire et financier car je crois que l’Etat classique a vécu et qu’il faut que les acteurs de la tranformation et du choix court terme-long terme participe aux nouvelles régulations.

La fiscalité reste pour l’Etat classique un moyen des plus radicaux pour orienter les investissements sur un marché. Nous avons vécu deux siècles de développement productiviste en puisant abondamment sur les richesses du tiers monde (de l’époque) et le travail était la ressource rare d’où la valeur travail (les libéraux, Marx, etc.) L’Etat a fondé toutes ses stratégies (fiscales, monétaires, etc.) en incitant les acteurs à économiser le travail. Cette période est révolue mais l’appareil d’Etat socialisant (au sens du traval) est resté et ne fournit plus aux acteurs (tous, sans exception) les bons signaux.

La taxe sur la carbone (et l’énergie) ajoutés en mix ou en remplacement de la TVA est une priorité pour la France, l’Europe, etc. et c’est un levier bien plus puissant que toutes les contraintes non suivies d’effet. Le Grenelle en avait pris l’engagement et c’est repoussé. Dommage. La ministre (NKM) dit que la France n’est pas prête. Pas d’accord justement. Car,ce qui dit cet article (technique), qui a été écrit avant la hausse du prix du baril mais en le prévoyant, c’est que la hausse du baril (prévu, prévisible et qui va se poursuivre jusqu’à environ 200 $ le baril au moins) était une occasion unique de passer à la taxe carbone promise. Ceux qui la critiquent et qui, dans le même temps, vont soutenir ceux qui manifestent pour demander à Bruxelles des mesures transitoires, me font vraiment rire pour le coup avec leurs certitudes que personnellement je n’ai pas. Chaque jour, je m’interroge sur le bien-fondé des mes propositions. C’est la base d’une attitude responsable dans la complexité actuelle. Vous me suivez...

En effet, la TIPP fonctionne comme une taxe carbone mais ce n’en est pas unequi a u : elle a autre fonction, elle rembourse à l’Etat à concurrence d’environ 140% le coût des infrastructures que la voiture ne paie pas pour circuler (pour le transport des marchandises, en revanche, c’est la cata, cela reprèsente moins de la moitié du coût pour la collectivité).

Comme la taxe carbone est calculée sur le volume et non sur le prix, elle permet d’amortir - prvisoirement -(ET NON DE COMPENSER COMME LE PROPOSAIENT LA TIPP FLOTTANTE DE JOSPIN) la hausse du prix du baril. Elle évite également que la TVA (qui pèse plutôt sur le travail) ne se tranforme en impôt sur l’impôt. Mais laissons cette discussion trop technique pour l’essentiel.

Le coût du carbone est appelé à durablement augmenter évidemment !!! Mais pour cette hausse ait des effets bénéfiques et durables en matière d’EnR il faut que les acteurs puissent faire des anticipations claires sur les alternatives ET IL FAUT QU’IL Y AIT DES ALTERNATIVES DURABLEMENT ET SOCIALEMENT ACCEPTABLES et effectives sur le marché (pas des tarifs de rachat et des techniques qui met l’éco,omie réelle sous perfusion). Ce qui est loin d’être le cas.

Regardez le débat sur les biofuels. Tous les écolos politiquement corrects accusaient les gouvernement de ne pas en faire assez il y a deux. J’étais une des rares à dire "attention, il faut bouffer ou rouler !" Maintenant, c’est haro sur la baudet. L’éolien ? Première dette de l’Allemagne sur les générations futures pour une solution qui ne sera jamais une solution. Les écolos en reviennent. On pourrait continuer... sur tous les éléments constitutifs du contexte actuelle. En fait, c’est à l’industrie d’innover, aux consommateurs de voter avec leurs pieds et, à cet effet, il faut des signaux de marché clairs ! La taxe carbone y participe.

Evidemment, il y a d’autres moyens : la réforme du système monétaire international avec l’intégration des certificats carbone dans les futures monnaies de réserve (la monnaie chinoise par exemple pour éviter la fausse embellie de l’Euro qui nous aveugle et nous pousse à continuer de consommer plus de pétrole).

La fiscalité carbone, ce n’est évidemment pas la panacée MAIS C’EST INDISPENSABLE pour maintenir également les emplois et la consommation de proximité qui diminue la longueur des transports plus surement que les "il faut" et les mesures ud Grenelle qui ne produira que lentement de petits effets.

L’écologie est une affaire sérieuse et non une mode et une auberge espagnole où chacun pourrait y aller de son petit fantasme. C’est un domaine où il n’y a aucune vérité révélée. Personne ne connait l’avenir. La seule chose qui soit certaine est que nous sommes dans une économie carbone et qu’il faut donc réguler la valeur du carbone. C’est la base.

Car, contrairement à ce qu’on croit, la hausse du prix du pétrole, volontairement gérée par les pays de l’OPEP qui opère ainsi la taxe carbone queles pays industriels n’ont pas eu le courage de mettre en oeuvre, ne va pas avoir dans un premier temps pour effet d’encourager le développement des EnR : il y faudra des années et la carbone vivant est de stock également limité (ce qu’on appelle l’empreinte). En revanche, cela ouvre la rentabilité à de nouvelles ressources polluantes (schistes, charbon qu’on sait bientôt transformer en liquide. et qui est très abondant et enfin rentables grace à l’augementation du baril). La hausse rapide encourage les mauvaises énergies de substitution. Une anticipation régulée permet le développment des EnR. >Et, malheureusement, les ressources fossiles disponibles dépassent, et de loin, ce qui est nécessaire pour foutre la planète en l’air. Et ceux qui ricanent (cf. les commentaires plus haut) ne se rendent pas compte qu’ils travaillent pour les lobbies pétroliers qui en assénant avec les écolos de vertitude qu’on va vers la déplétion pétrolière cherchent en fait à nous persuader qu’on peut se dispenser de faire les efforts de rénovation du système économique et qu’il suffit de mobiliser la gouvernance citoyenne.

Certes, économiser l’énergie est LA priorité et il faut le faire accepter. Mais, en l’état actuel des techniques, cela ne suffit pas sauf à accepter la décroissance. Il faut être clair. La démocratie existe encore même si la confrontation entre la dictature de l’intime et les libertés va devenir rude. Il n’y a pas d’évidence et toutes les études montrent que la taxation carbone en place et non en sus de la taxation du travail est un passage obligé.

Non, l’important n’est pas l’écologie... L’important ce sont les outils de régulation permettant de maintenir une planète vivable et partageable sans conflit majeur.

Excusez la longueur de ma réponse, écrite d’une traite et qui mériterait sans doute d’être précisée. La passion est parfois mauvaise conseillère mais il en faut.


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