NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Notions sur la production électrique nucléaire française

Article publié le 24 septembre 2007

Au moment où se prépare le Grenelle de l’environnement, il est peut-être utile de rappeler quelques points concernant le nucléaire civil : quelle part de l’énergie électrique d’origine nucléaire, quel fonctionnement des centrales et pour quelles vulnérabilités environnementales ?

La production d’énergie électrique en France

image

En 2005 d’après DGEMP / Observatoire de l’énergie, avril 2006 : Électricité en France : les principaux résultats en 2005 et en production brute :

  • la contribution du parc nucléaire atteint 451,5 TWh, en progression de 0,7% ;

  • la production hydraulique chute à nouveau fortement (-12,4%) et atteint à peine les 57,9 TWh ;

  • la production thermique classique rebondit (+11,0%) avec 65,9 TWh, le niveau de production thermique répond à l’important déficit hydraulique ;

  • la production éolienne passe de 0,6 TWh en 2004 à 1,0 TWh en 2005.

La production totale nette[1] d’électricité s’élève donc à 549,4 TWh (+0,1%) et se répartit en 430,0 TWh nucléaires (78%), 57,2 TWh hydrauliques et éoliens (11%) et 62,2 TWh thermiques classiques (11%).

Fonctionnement

Une centrale nucléaire est une centrale utilisant la fission nucléaire pour produire une chaleur dont une partie sera récupérée pour être transformée en électricité “transportable”.

1. La fission des atomes engendre de la chaleur, énergie nucléaire.

2. A partir de cette chaleur, on fait chauffer de l’eau.

3. L’eau ainsi chauffée permet d’obtenir de la vapeur.

4. La pression de cette vapeur fait tourner une turbine, énergie mécanique.

5. La turbine entraîne alors un alternateur qui produit de l’électricité

***

La différence essentielle entre une centrale nucléaire et une centrale thermique “classique” réside donc dans le remplacement de chaudières à combustibles fossiles (fuel, charbon…) par un réacteur nucléaire. Il existe différentes filières de centrales, chacune se caractérisant par l’association de trois éléments principaux :

  • le combustible : uranium naturel, uranium enrichi ou plutonium ;

  • le modérateur  : soit le type de substance utilisée pour favoriser le développement de la réaction en chaîne : eau ordinaire, eau lourde ou graphite ;

  • la caloporteur  : soit le fluide en charge de « transporter » la chaleur produite par la fission du combustible nucléaire : eau ordinaire sous pression ou en ébullition, eau lourde, gaz carbonique, sodium ou hélium… 

Réacteur nucléaire

Les centrales nucléaires françaises appartiennent à la filière dite REP, eau sous pression. Le combustible nucléaire est générallement de l’uranium enrichi, alors que le modérateur et le caloporteur sont de l’eau ordinaire sous pression. Cette filière REP est également la plus répandue dans le monde. Le schéma et l’explicatif suivant sont extraits d’après le site internet de la Société française d’énergie nucléaire

REP

Schéma de fonctionnement d’un Réacteur à Eau sous Pression (REP)

Le circuit primaire est donc en charge d’extraire de la chaleur à partir d’un uranium légèrement enrichi (isotope 235). Celui-ci est conditionné sous forme de petites pastilles empilées dans des gaines métalliques étanches placées dans une cuve en acier remplie d’eau. Cet ensemble forme le cœur du réacteur, c’est à dire le siège de la réaction en chaîne qui porte l’eau de la cuve à plus de 300°C. Celle-ci est alors maintenue sous pression pour éviter toute ébullition et circule dans un circuit fermé appelé circuit primaire.

Le circuit secondaire est en charge de produire la vapeur d’eau. Circulant au contact des tubes du circuit primaire, il y a transmission de chaleur à l’eau du circuit secondaire. Celle-ci s’échauffe et se transforme en une vapeur qui va faire tourner la turbine entraînant l’alternateur qui produit l’électricité. Après son passage dans la turbine, la vapeur est condensée et renvoyée vers le générateur de vapeur pour un nouveau cycle.

Le circuit de refroidissement est précisement en charge de condenser cette vapeur et d’évacuer les surplus de chaleur. Pour que tout système fonctionne en continu, il faut en assurer le refroidissement. Voilà qui est précisément le but de ce troisième circuit indépendant des autres : condenser la vapeur en sortie de turbine. Pour cela est aménagé un condenseur, appareil formé de milliers de tubes afin de maximiser la surface de contact avec l’eau à refroidir. Ces tubes sont alimentés en eau froide par une source extérieure, le plus souvent un cours d’eau. Au contact des tubes, la vapeur d’eau se condense pour redevenir une eau liquide. L’eau du condenseur est par suite rejetée au milieu, légèrement échauffée.

Si le débit de la rivière est trop faible, ou si l’on veut limiter son échauffement, on utilise également des tours de refroidissement aéroréfrigérantes. L’eau échauffée provenant du condenseur est donc répartie à la base de la tour pour être est refroidie au contact du courant d’air ascendant qui parcours la tour. L’essentiel de cette eau retourne ensuite vers le circuit de refroidissement tandis qu’une partie s’évapore dans l’atmosphère, d’où ces panaches de fumée blanche caractéristiques.

Panache d'eau

Vulnérabilités environnementales

Sans parler du problème de l’élimination des déchets et du risque d’accident grave de fonctionnement, nous savons maintenant que pour exploiter l’énergie nucléaire en France, il est nécessaire de disposer d’une source d’eau chaude et d’une source d’eau froide.

Pour un réacteur de type REP, la source chaude est donc fournie par l’eau du circuit primaire, à une température moyenne - 300°C - variable selon la puissance des centrales. La source d’eau froide est quant elle fournie par l’eau d’un fleuve ou de la mer, ou encore par l’air ambiant circulant dans des tours aéroréfrigérantes.

Sur ce dernier point certaines vulnérabilités environnementales sont donc à prendre en considération dans un contexte de variations climatiques accentuées, tant en termes de canicule et sécheresse prolongée, que d’inondation :

  • des réacteurs nucléaires arrêtés car impossibles à refroidir (eau des rivières trop chaude) ;

  • des réacteurs nucléaires arrêtés pour débit de rivière insuffisant (limites légales atteintes) ;

  • des réacteurs nucléaires arrêtés par inondation des centrales situées notamment en bord de mer.

Voir à ce sujet le bilan de la canicule 2003 pour le nucléaire français du RSN.

eau et centrale nucléaire

 


 

[1] La production nette est la production brute diminuée de l’autoconsommation nécessaire pour la production.

Bookmark and Share
35 votes

commentaires
votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 24 septembre 2007 à 10H57

intéressant graphique, où l’on se observe que depuis 82 on impose donc au reste de l’europe notre nucléaire surdimensionné, tout en se coltinant les déchets. C’est les générations futures qui apprécieront.

votez :
par µTime (IP:xxx.xx7.4.186) le 24 septembre 2007 à 11H22

L’objectif de cette petite note était surtout de lier énergie nucléaire et besoins en eau. Car bien souvent on ne parle que des déchets, et finalement, d’aucune autre "vulnérabilité" environnementale. Un truc assez sympa est d’ailleurs la boucle suivante : j’ai besoin d’eau pour produire mon énergie, mais une énergie que je vais utiliser pour pomper plus d’eau, toujours plus bas, ou encore pour déssaler l’eau de mer...and so on...

votez :
par Cassandre (IP:xxx.xx2.18.96) le 24 septembre 2007 à 12H22

Il manque un élément essentiel au graphique : la courbe des émissions de CO2 évitées, aussi bien en France qu’à l’étranger, par rapport au thermique à flamme qui produit l’essentiel de l’électricité de nos voisins (sauf la Suisse), et qui a tout autant besoin d’eau que le nucléaire pour fonctionner.

votez :
par µTime (IP:xxx.xx7.4.186) le 24 septembre 2007 à 12H50

Tout à fait, mais cette note n’avait pas vraiment vocation à comparer les différentes sources d’énergie en mode ACV, bilan carbone et autre... Sinon je ne sais pas si le thermique à flamme (charbon ou gaz nat) necessite autant d’eau...bonne question...

Au passage, il semblerait qu’au Brésil, des études aient démontré que la construction de barrages, à des fins de production hydroélectrique, aurait eu un coût plus élevé en termes d’émissions GES - la végétation noyée en se décomposant dégage beaucoup de méthane - que la mise en place d’une capacité de production équivalente à partir de centrales thermiques à flamme.

votez :
par Caribou (IP:xxx.xx1.69.218) le 1er octobre 2007 à 16H08

Savez-vous que les réacteurs nucléaires ne fonctionnent en moyenne que 263 jours par an, en équivalent plein régime ?

En moyenne sur cinq ans, ils ne fournissent que 72 % de l’électricité qu’ils pourraient fournir avec une pleine utilisation de leur capacité. Voir : Les réacteurs nucléaires en France

Les calculs sur le coût de l’électricité nucléaire sont basés sur une utilisation à 90%, ces calculs sont donc faussés.

La situation est pire pour l’avenir. Le prix de l’uranium a en effet énormément augmenté depuis quatre ans et il ne représente pas aujourd’hui 5% du coût de production de l’électricité nucléaire, comme on l’entend partout, mais beaucoup plus. Même si les contrats à long terme amortissent un peu cette évolution, notre électricité va bientôt nous coûter beaucoup plus cher.

votez :
par Caribou (IP:xxx.xx1.194.1) le 5 novembre 2007 à 23H34

L’adresse indiquée semble avoir changé puisqu’on trouve mieux ici : Les réacteurs nucléaires en France en 2007

A voir aussi un article qui remet en cause certains propos : Les échanges d’électricité et le nucléaire

Ainsi, l’électricité nucléaire n’assure pas la sécurité de la production lorsque les besoins sont les plus importants et le nucléaire produit au contraire un excès d’électricité lorsque les besoins sont faibles.

Cette situation se voit très bien en comparant les échanges d’électricité entre pays en hiver et en été, ou pour les heures de pointe.

votez :
par Equinoxe (IP:xxx.xx8.68.38) le 27 juillet 2008 à 03H31

Sur le site déjà cité dans un autre message, aller voir cet article Energie, électricité et nucléaire qui montre bien la très faible importance de l’électricité d’origine nucléaire dans l’énergie totale du monde : 15,7 % de l’électricité produite dans le monde en 2004, soit 1,7 % de l’énergie finale et 2,5 % de l’énergie primaire.

Le bon sens commande de ne pas se focaliser sur la situation très particulière et absurde de la France.

votez :
par µTime (IP:xxx.xx7.31.11) le 27 juillet 2008 à 10H10

" Le bon sens commande de ne pas se focaliser sur la situation très particulière et absurde de la France." De même que pour la Chine, Brésil et autres. A mon sens, le bon sens recommande également de se pencher sur les perturbations écologiques entraînés par le fonctionnement des infrastructures hydroélectriques, les émissions des centrales à charbons, le coût global de fabrication (du puits à la source) des panneaux solaires, le potentiel réel de l’éolien et de la biomasse ... Bref, le cas de la Finlande me semble très interressant à étudier (retour à l’option nucléaire). Je précise que je suis plutôt opposé au nucléaire, mais seulement à un certain seuil de développement des centrales. Maintenant, toute solution semble devoir être un mix... désagréable necessité d’un bilan coût/avantage, risque/opportunité.


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deÉnergies
Sylvie Simon - 40 articles
Mijo - 29 articles
Elie KHOURY - 2 articles
rcoutouly - 47 articles
çaDérange - 283 articles
Edouard33 - 1 articles
Biosphère Blog - 44 articles
J. Yster - 5 articles