Article publié le 23 octobre 2007
En matière d’énergie, les prédictions vont bon train : l’augmentation continue des cours du pétrole depuis plusieurs mois alimente les spéculations, autant financières qu’hypothétiques. D’un coté les industriels, états, et leurs représentants, s’exprimant d’une voix unique par le biais de l’Agence Internationale de l’Energie, tentent de rassurer le bon peuple en avançant de rassurantes prédictions de production croissante pour encore plusieurs décénnies. Mais il semble qu’une autre réalité soit en passe de s’imposer, et il devient de plus en plus difficile de contredire la théorie d’un Peak Oil imminent, voire déjà dépassé : la production mondiale de pétrole aurait-elle amorcé son irrémédiable déclin ?

infographie : le monde
Si la semaine dernière les cours du pétrole ont affolé les marchés, n’en tirons pas de trop rapides conclusions : en Europe tout va bien, la faiblesse du dollar compense cette folle course vers les 100$. Il est donc tout à fait compréhensibles que les premières pages des quotidiens les plus importants ne se soient préoccupées, tout au long de cette semaine, que d’affaires primordiales affectant la marche de l’économie mondiale : le divorce du président, les grèves des conducteurs de RER… Pendant ce temps toutefois, en Allemagne, le groupement indépendant ‘Energy Watch Group’ , qui rassemble scientifiques et parlementaires, préparait la sortie de son dernier rapport sur l’approvisionnement en pétrole de la planète. Car si l’on peut comprendre que le spectable d’une First Lady choisissant de retourner à la vie civile désole le téléspectateur français au point qu’il en oublie sa facture de chauffage pour l’hiver prochain, la pénurie annoncée de pétrole aura des conséquences vitales qui évidemment portent au delà du confort individuel de quelques dizaines de millions d’endormis.
Fin de civilisation
Les plus alertes d’entre vous auront déjà détecté la teneur du discours. La conférence de presse que tiendront aujourd’hui à Londres les responsables du Energy Watch Group sera volontairement catastrophiste. Adieu l’optimisme des grands de ce monde, Adieu la croissance chère à notre ami Jacques Attali, adieu l’espoir des agro-carburants (Nous en parlerons bientôt), adieu la civilisation : tandis que l’Agence Internationale de l’Energie se base sur les invérifiables réserves annoncées par les pays producteurs, le Energy Watch Group se base, plus prosaïquement, sur les données quotidiennes de production, c’est à dire en moyenne à l’heure actuelle, 81 millions de barils par jour . Ce qui est inférieur -de près de 1%- à ce qu’a produit en 2006 la planète, à savoir une moyenne 82 millions de barils par jour. La réduction annuelle de production pourrait rapidement atteindre 7%, selon le Energy Watch Group. L’affirmation selon laquelle le déclin de la production au niveau mondial est déjà entamé est conforté de toutes parts chez de nombreux observateurs indépendants. James Schlesinger, ancien secrétaire à la Défense des USA et ancien directeur de la CIA, fait partie lui aussi des catastrophistes et annonçait récemment à Cork, lieu de vie de Colin Campbell, autre international spécialiste de la question : “The battle is over, the oil peakists have won“.
La question qui se pose aujourd’hui est donc celle d’un changement radical à négocier le mieux possible : nourriture, habitat, transports, travail, rien n’échappe à l’omniprésence du précieux liquide noir dont la raréfaction annoncée depuis plusieurs années se concrétise inexorablement. “Le système économique mondial est à l’aube d’un changement structurel“, écrit le rapport du groupe d’étude indépendant de l’industrie pétrolière, contrairement aux groupes d’études et d’agences telles que l’AIE, ou le CERA.L’économiste britannique David Fleming, invité par l’Energy Watch Group, avance que la raréfaction des ressources pétrolières ne sera pas sans conséquences sociales. “On pourrait aisément assister aux mêmes scènes d’agitation sociale de masse que celles survenues en Birmanie ce mois-ci”, met-il en garde. Une référence au soulèvement populaire qui avait pour origine le mécontentement des habitants après une hausse surprise et massive des prix des carburants. L’économiste alerte en outre sur le risque d’”effondrement social”, si les gouvernements ne préparent pas la transition vers les autres sources d’énergie.
Thèmes
Si vous souhaitez en savoir plus sur le point de vue de James Schlesinger, je vous invite à lire la transcription de son interview par David Strahan.
Vous pouvez aussi vous intéressez à l’étude de l’impact du "nationalisme pétrolier" réalisée par Robert Hirsch, qui est un aspect souvent oublié du "Peak Oil" : que fera-t-on quand non seulement le prix de l’essence sera beaucoup plus élevé (en soit ça n’aura pas un impact très fort sur les prix car la part du transport est faible) mais qu’en plus l’essence sera rationnée (et là, l’impact sur les prix sera beaucoup plus fort car il y aura pénurie de tous les biens).
Bonsoir, je trouve tout à fait essentiel de populariser cette finitude des ressources pétrolières à bas prix, pour anticiper son déclin inéluctable. je reconnais que cette analyse d’Energy Watch est percutante. Déjà, pour ce qui est e l’UE, son peak oil date de 2000, et la prduction à déjà reculer de plus d’1/3. Il faut donc accélerer la marche vers la mobilisation d’énergie renouvelables et des gisements d’économie d’énergie. Les mesures d’économie permettrons d’atténuer l’effet économique, même si l’euro en fait déjà beaucoup, et d’aller dans le bon sens pour l’environnement. Elle permettrons aussi de faire mentir la courbe de demande en électricité. Arc bouter sur sn credo nucléare dont il faut maintenir la rentabilité à tout prix, EDF ne peut avoir l’esprit libre pour rechercher une optimisation et une innovation performante dans les énergies rnouvelables. cordialement
Autre analyse complète du pic pétrolier, de l’evolution des stocks de brut, des réserves, des pics pays par pays sur le site :
NB : on n’est pas forcement d’accord avec les analyses sociétales, mais les données pétrolières sont très complètes
Si vous préférez les sources vidéo, voici un lien sur google video pour approcher ce domaine.
http://video.google.fr/videoplay?do...
profitez de votre recherche pour trouver les excellents reportages de TF1 (cela arrive ;-) ) sur L’histoire du Pétrole, cela permet en 8 épisodes de mieux comprendre le Pic du Pétrole....
Je militerais plutot pour une mise immédiate en produit stratégique du pétrole : bruler pour nos transports et notre chauffage une ressource qui est vitale pour notre santé : l’industrie pharmaceutique et "malheureusement" l’agriculture devraient être prioritaires immédiatement : les autres domaines devraient être contingentés.
Pendant une journée pensez à vos actes et analysez la teneur en pétrole (et cela commence par le clavier et l’écran qui vous permettent de lire ce commentaire....) c’est très intéressant.
Puis vous vous dites en 2012 qu’est ce que je pourrais faire... pour le clavier et l’écran : recycler !!! Bonne journée.
Eco Intelligence.
Energy Watch Group s’était déjà distingué en avril dernier en sortant une étude sur l’estimation des réserves mondiales de charbon... très surestimées d’après eux, ou du moins pas du tout réactualisées depuis des dizaines d’années. Certains pays comme l’Allemagne auraient revu leurs réserves à la baisse de ...90%. Ils prévoient donc un Peak Coal dans la premiere moitié du siècle, vers 2030-40. Cette étude a été reprise par d’autres, notamment le Joint Research Center pour la Comission Européeenne, qui confirme grosso modo ces évaluations. voir ici par ex. : http://europe.theoildrum.com/node/2726/
Et voilà notre dernière roue de secours qui s’échappe... C’est donc un Peak Fossil tout court qui se dessinerait, à court terme.
Je crois que même si ces prévisions (Peak Oil en 2006, peak coal en 2030) étaient trop pessimistes de qq années, un peu d’alarmisme -de réalisme, devrais-je dire- sur la question et une petite poussée d’adrénaline, après tant d’années de somnanbulisme généralisé , est un mimimum...attention toutefois à ne pas renforcer le syndrome cassandre.
L’uranium nécessaire au nucléaire va connaître le même sort que le pétrole avec moins de 20 ans de décalage (pic de production vers 2025). Dix ans plus tôt (2015) la pénurie se fera déjà sérieusement sentir.
C’est ce qui explique montée du prix de l’uranium, dont le prix a été multiplié par dix en 4 ans. Cela va continuer et aura une très forte influence sur le coût de l’électricité nucléaire. Le prix de l’électricité nucléaire devrait doubler dans les prochaines années.
Avec un prix de l’uranium passé de 10 dollars la livre à 100 dollars, l’uranium ne représente plus 5% mais 34% dans le coût de production de l’électricité nucléaire. Cela entraîne une augmentation de 45% du coût du kWh nucléaire.
Cela se fera en quelques années en sortie de réacteur (cycle de fabrication du combustible, renouvellement total de celui-ci en 3 ans dans les réacteurs) mais nous ne pouvons y échapper.
Vers 2010-2012, l’uranium sera à 200 dollars ou plus.
Voir aussi Uranium resources and nuclear energy
Lorsque de nouveaux réacteurs arriveront (peut-être) en 2040, de nombreux réacteurs actuels seront à l’arrêt (rationnement du combustible) et le nucléaire aura été abandonné en grande partie, au profit d’énergies renouvelables beaucoup moins coûteuses.
Bonjour,
Bien-sûr tout ceci est ennuyeux, la fin annonçée du pétrole et de l’uranium, mais il nous reste quinze ou vingt ans pour négocier le virage déjà amorçé dans les esprits vers d’autres sources d’énergies locales, bien moins agressives pour l’environnement. En effet, certains agriculteurs font déjà tourner leurs appareils et leur chauffage individuel avec l’huile de colza qu’ils produisent chez eux, certains entrepreneurs construisent des habitations positives qui se chauffent avec une seule bougie. Une quantité impressionnante de « fadas » inventent des procédés simples non encore retenus comme valeurs sûres mais c’est l’avenir qui leur donnera raison. Exemple : En doublant chaque poteau électrique, ( Il y en a encore 65000 non enterrés dans le département de la Creuse, et plus ou moins six millions dans le pays. 254.000 pylones haute et moyenne tension de 25 à 100 m de haut, alors qu’un huitième de ceux çi équipés d’éoliennes suffiraient à notre besoin d’énergie au quotidien ! ), d’un semblable éolien. Une hélice en proportion, débrayable, transparante, un relais au réseau et un accumulateur pour ceux qui sont situés en bord de route. Avec une place pour se garer, on peut ainsi faire son plein en une demi-heure, pour quelques euros avec une simple carte bancaire...( Une batterie vide montée dans une voiture qui tourne est pleine au bout de sept km. ) Puis, fabriquer une voiture électrique à chassis et arceaux tubulaire permettrait d’y enfermer cinquante mètres de piles rechargeables renforçant ainsi sa structure et pour un poids plus que raisonnable. Il ne reste plus qu’à intégrer les moteurs dans les roues ce qui vous permettrait de changer vous-même, madame, un moteur défectueux en trois minutes.
Evidemment, cela demande une sérieuse restructuration de la société mais nous avons vingt ans pour mener à bien ce travail à condition de commencer dès maintenant. La fin du pétrole est ennuyeuse surtout pour les gourmands qui se sucrent dessus car de quoi vivront-ils quand nous produirons tous notre propre énergie sur notre toit et la trouverons disponible sur le bord de nos routes pour nos transports. Nous avons brutalement changé de siècle, nous changeons progressivement nos modes de pensées, le virage est amorçé, il nous reste quelques dizaines d’années pour le négocier dans la bonne direction, celle d’un avenir plus pur et d’une conscience collective unanime.












