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Les BECS : un espoir pour sauver le monde ?

Article publié le 7 juillet 2008

Nous sommes confrontés à une triple crise simultanée : énergétique, agricole et climatique. Une nouvelle filière énergétique issue de la biomasse promet d’apporter des réponses dans ces trois domaines et de bouleverser notre approche de la régulation des taux de CO2 dans l’atmosphère. C’est la filière BECS (Bio-Energy with Capture and Sequestration).

Les BECS : un espoir pour sauver le monde ?

Qui ignore que selon la majorité des scientifiques compétents dans le domaine du climat, la Terre semble connaître une évolution climatique à échelle globale (une tendance au réchauffement) et que d’innombrables anecdotes et indices sont là pour appuyer cette thèse, sans parler des mesures depuis des décennies ?

Une hypothèse supplémentaire est que la meilleure interprétation de cette tendance consiste à l’imputer à la majoration de l’effet de serre dû aux rejets de plusieurs gaz où le gaz carbonique (issus de la combustion des hydrocarbures fossiles) se taille la part du lion.

La convergence de plusieurs problèmes (les productions pétrolières et agricoles semblent avoir du mal à suivre la demande, par ex) nous poussent plus que jamais à envisager au nom du principe de précaution une évolution majeure de notre système de production énergétique pour éviter une triple crise énergétique, agricole et climatique.

De nombreuses solutions sont avancées et apparemment discutées par les experts comme tous ceux qui se préoccupent de notre avenir commun.

La solution, on le sait viendra nécessairement de la mise en synergie de plusieurs réponses et quelques-unes sont d’ores et déjà connues et plus ou moins acceptées.

On sait que le système de production énergétique doit évoluer rapidement vers des modes produisant peu de CO2 ce qui pour les uns signifie une relance du nucléaire peu émetteur en CO2 (comparé aux combustibles fossiles) et les autres un déploiement tous azimuts à grande vitesse et grande échelle des énergies renouvelables.

On oublie souvent de mentionner le capital en économies d’énergies amassé dans les pays développés, mais le développement de la Chine peut facilement gommer celui-ci et le reste du monde a aussi des besoins de développement conséquents notamment sur le plan énergétique.

Par ailleurs dans le monde réel on ne met pas à la poubelle demain des investissements majeurs consentis déjà pour la production énergétique, notamment en Chine (il faut garder en mémoire qu’en 2007 ce pays à raccordé au réseau plus de capacités électriques que la France n’en a en 2008 en s’appuyant surtout sur le charbon) et dans tous les pays développés.

On peut envisager de remplacer les sources de production en fin de vie par des moyens peu émetteurs en carbone, faire un peu de substitution prématurée, guère au-delà, chez nous.

Economies d’énergies chez nous, nouveaux équipements partout peu émetteurs en CO2 en complément de ceux fortement émetteurs, le compte n’y est pas.

Sachant que 60% du pétrole mondial est consommé dans les transports on peut envisager de basculer massivement au moteur électrique et donc si les sources d’énergie sont faiblement émettrices d’y gagner substantiellement en rejets de CO2.

Ce n’est pas suffisant vu la lenteur inévitable du déploiement de toutes ces mesures dont le plein effet ne se ferait sentir qu’à une échéance de 30 ans au mieux.

Une solution majeure et inexploitée est l’objet de nombreuses réflexions et débats actuellement (quasiment absents chez nous) consistant à voir le problème sous un angle différent.

Dans le monde réel nous savons que nous consommerons encore beaucoup de combustibles fossiles dans 30 ans, que le développement des "émergents" va gommer une bonne part de nos efforts, que le développement des renouvelables va prendre plusieurs décennies pour avoir une importance majeure dans la production énergétique et qu’une relance massive du nucléaire n’est pas concevable à échelle planétaire ni à la hauteur des enjeux.

Si le taux de CO2 est trop élevé et que nous ne pouvons sur cette période envoyer moins de CO2 dans l’atmosphère que les cycles naturels ne peuvent en soustraire, il faut nous même soustraire du CO2.

La filière consistant à équiper les centrales émettrices de dispositif de capture du CO2 pour le géostockage se contente de ne pas libérer dans l’air le carbone extrait du sol et n’est qu’un pis-aller pour ne pas augmenter trop vite les émissions.

On met de plus en plus en avant une nouvelle filière de production énergétique utilisant les végétaux pour produire des agrocarburants avec géostockage du carbone que ceux-ci ont prélevé dans l’air.

Concrètement deux filières principales sont étudiées :

La première consiste à cultiver des végétaux non-alimentaires à forte croissance (terrestres comme le chanvre, le switchgrass, le miscanthus), mais aussi algues macroscopiques et microscopiques (à rendements bien supérieurs) en pleine nature ou en installations industrielles pour les méthaniser. Le méthane est reformé en hydrogène utilisé en centrale à travers des piles à combustibles pour la production électrique. Le carbone est soit stocké sous forme solide ou gazeuse dans le sous-sol.

Pour mémoire le tiers de nos déchets peut être méthanisé (donnant 60% de méthane et du compost) et une étude récente montrait que l’Allemagne seule pourrait produire en 2020 assez de biogaz pour couvrir 35% des importations européennes actuelles.

En complément une pile à combustibles utilisant le méthane a montré en co-génération un rendement de 70% (dont 43% d’électricité).

La seconde à le même départ mais la récolte est pyrolysée pour obtenir d’une part du charbon de bois et d’autre part un mélange gazeux hydrogéné convertis en carburant pour centrale. Les premières recherches indiquent que ce matériau est d’une grande stabilité dans le sous-sol superficiel (décennies au minimum) et peut nettement améliorer la production agricole. On peut aussi le stocker dans d’anciennes mines et carrières sachant que le carbone évacué le serait pour une très longue durée (on peut estimer une durée de stockage bien supérieure à mille ans dans de bonnes conditions...).

Ces deux filières offrent donc la triple perspective de répondre à une part de nos besoins énergétiques, extraire du CO2 de l’atmosphère et produire des « engrais » naturels en quantité pour améliorer les rendements sans recourir aux engrais de synthèse.

Mieux : on sait pour la 1ère voie pouvoir pratiquer des rotations complexes entre végétaux de familles différentes de celles auxquelles nous avons recours pour nous nourrir et le tout en polyculture (qui donne une masse végétale bien supérieure à la meilleure monoculture perfusée par des produits high-tech), tout en utilisant au besoin des terres marginales que l’on reconstituerait au fil des années.

On se passerait largement d’engrais, de produits phytosanitaires et le recours aux OGM serait complètement inutile.

Des forêts dédiées, à grande vitesse de croissance, ont été envisagées pour pyrolyser le bois et stocker le carbone sous forme solide et dans une hypothèse d’urgence mondiale, on pourrait envisager de pratiquer sur plusieurs millions d’ha dans la zone tropicale déjà "déforestée" ces cultures.

Le Saint-graal semble cependant devoir être constitué à terme par les algues (surtout les micro-algues) car leur rendements sont bien supérieurs aux végétaux terrestres, les installations industrielles peuvent ne pas consommer de terres arables et surtout les éléments minéraux sont prélevés dans la mer.

La faisabilité économique de ces filières est encore en cours d’inventaire mais quasiment tout ce qui est exposé a déjà été fait ou est concevable sans recherche et développement coûteux et on peut raisonnablement espérer que tôt ou tard il y aura une forme de taxation des rejets de CO2 soit via une taxe « carbone » soit un système « Cap and Trade » (avec un plafonnement des émissions autorisées et un marché des droits d’émissions).

Une forme d’énergie à « émissions négatives » de CO2 aura donc toute chance d’être « rentable » (un terme un peu décalé quand il s’agit de remettre sur les rails tant de choses que nous avons mal faites), surtout dans un contexte global d’énergies chères.

Gardons-nous donc de la précipitation consistant à relancer massivement le nucléaire et/ou de mettre des éoliennes partout. C’est dur à admettre mais si la filière ci-dessus ne peut répondre à tous nos besoins, elle pourrait en satisfaire beaucoup et s’en priver ne fait pas partie des options que nous avons.

Chez nous le nucléaire ne vas pas se substituer au pétrole dans la pétrochimie (usage matière du pétrole), ni extraire du CO2 de l’air (pour compenser nos émissions dans les transports par ex), ni fabriquer des sols, ni gérer nos déchets organiques...

Quelle pitié d’avoir engloutis l’essentiel de nos moyens dans une seule filière qui ne répond que marginalement à nos besoins...

Nous ne sommes pas condamnés à voir le climat partir en vrille, et le monde ne court pas inévitablement à sa perte.

Notre avenir est encore entre nos mains dans ce domaine. Il l’a toujours été...

Peu de ressources en français (j’ai trouvé celles-là) qui ne font qu’effleurer le sujet.

http://afp.google.com/article/ALeqM5jrZ4GwOUOiKca_d0lgYkwSDmRB_A

http://www.ifremer.fr/envlit/actualite/20070702.htm

http://politik.monblogue.branchez-vous.com/2007/03/05

http://www.enerzine.com/14/4470+un-reacteur-dalgues-pour-eliminer-le-co2+.html

http://www.algoprocess.com/frenjeux.html

http://www.econologie.com/algues-et-biocarburants-chez-greenfuel-et-algatech-articles-3387.html

http://www.i-sis.org.uk/HTBFAFRUCCfr.php

En anglais les ressources sont abondantes : Tapez « carbon-negative bio-energy » dans un moteur de recherches ou « biochar + carbon-negative ».

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commentaires
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par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 7 juillet 2008 à 14H40

On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré - Albert Einstein

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par marcoB12 (IP:xxx.xx9.153.11) le 7 juillet 2008 à 20H55

Concrètement quoi faire face aux 114 GW de centrales à charbon (à plus de 80%) que les chinois ont rajouté à leur réseau en 2007 ? Leur conseiller la simplicité volontaire, la décroissance, la vie contemplative ?... Nous avons plusieurs problèmes en cours et aucun pouvoir sur eux. Nous pouvons changer notre mode de vie, pas le leur... Certains cherchent encore des solutions (j’en parle) d’autres disent qu’on est foutu et d’autres cultivent leur jardin loin du bruit et du tumulte du monde. Mais les faits sont tenaces et les problèmes ne se résolvent pas par une maxime si brillante et pertinente soit-elle.

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par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 8 juillet 2008 à 09H34

Les chinois ne font qu’essayer de copier un mode de vie occidental énergivore et juvénile. Si on change notre route suffisamment, ils pourront alors comprendre qu’on admet avoir fait des erreurs : j’espère qu’ils sauront alors changer leur idéal (et retourner à une philosophie plus orientale ?). Mais vu que l’occident n’est pas encore prêt à changer et que certains résisteront jusqu’à la mort ...

Mais biomasse/gazeification/méthanisation c’est EXACTEMENT la même boite de pandore que les biocarburants. On l’ouvre avec des intentions naives et on se retrouve avec un truc perverti qu’on arrive plus à refermer. Parce que n’en doutez pas, nos politiques corrompus vont faire le jeu des puissants et vous confisquer vos billes "vertes".

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par tonio (IP:xxx.xx5.206.177) le 8 juillet 2008 à 11H52

@ l’auteur

vous parler de se passer d’OGM soit mais comment qualifié vous les végétaux à fort rendement, ainsi que " forêts dédiées, à grande vitesse de croissance" dont vous parler...

le fait est que les agrocarburants (dans leurs forme actuelle) sont une solution comme une autre pour permettre une transition vers une autre source d’énergie (le plus probable étant la pile à combustible dans le transport et l’énergie atomique, fusion / fission, comme source de base)

cordialement

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par marcoB12 (IP:xxx.xx0.255.197) le 8 juillet 2008 à 18H36

Bonsoir Tonio

Un des objectifs de cette filière est de capter le maximum de CO2 de l’atmosphère et donc on privilégie le volume de biomasse/unité de surface. C’est ainsi qu’on choisira plutôt la laitue de mer que le blé par ex (elle donne 700 fois plus de biomasse à fermenter à l’ha). On recherche un haut rendement végétal global ce qui pousse a priori plus vers des polycultures variés qu’une monoculture brevetée. Par ex nos céréales sont optimisées pour faire plus de grains et non plus de feuillages ou de biomasse à l’ha et partent avec un handicap peu surmontable par rapport à d’autres végétaux peu ou pas cultivés à grande échelle. Idem pour les forêts : on privilégierait les arbres à vitesse de croissance rapide sur ceux plus lent. Au pire pour faire image un bambou géant naturel (OK, c’est pas un arbre...) poussera toujours plus vite qu’un séquoia transgénique... Pour les micro-algues, leur vitesse de multiplication impliquerait la stabilité dans le temps du bricolage ce qui semble démentis par ce que l’on connait pour les OGMs actuels. Il a été amplement démontré que les OGMs actuels n’ont en moyenne sur plusieurs années pas de meilleurs rendements que les plantes dont ils proviennent (issus de la sélection massale) et souvent des rendements inférieurs. Ceci dit empêcher les grandes entreprises de l’agribusiness de vouloir capter un nouveau marché est une autre histoire qui sort du cadre de cet article.


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