Article publié le 19 avril 2007
La France bénéficie de la meilleure qualité de l’air parmi les pays industrialisés et le prix de son électricité reste le plus bas en Europe. C’est le postulat de départ présenté aux téléspectateurs américains, la semaine dernière, dans le reportage consacré à l’avenir de énergie nucléaire pendant l’émission « 60 minutes », magazine phare de l’actualité sur la chaîne CBS et qui fait autorité depuis 1968, l’équivalent de 5 colonnes à la Une ou, plus près de nous, d’Envoyé Spécial.
Ce soudain intérêt porté à la France et les louanges tressées à sa politique énergétique, privilégiant le nucléaire au détriment d’autres sources, coïncide avec le débat qui fait rage à Washington sur la nécessité de lutter contre les rejets de gaz responsables de l’effet de serre. D’ailleurs, « l’administration Bush pousse à raviver le nucléaire », explique le reporter Steve Kroft, dans un pays n’ayant construit aucune nouvelle centrale atomique depuis les années 70 et qui, de surcroît, doit composer avec la flambée des prix du pétrole.
Comparaison n’est pas raison, peut-être, mais la France est appelée au secours pour expliquer, comme l’affirme Clay Sell, le sous-secrétaire d’Etat à l’énergie, qu’« avec une consommation d’énergie qui, d’ici 25 ans, devrait augmenter de 50% dans le monde, la seule solution pratique pour produire des quantités importantes d’électricité sans émission de CO2 reste le nucléaire ». Mais alors question : pourquoi les Français l’ont compris avant les autres ?
Premier élément de réponse, dans un parfait anglais, dans la bouche de Pierre Gadonneix, (né, soit dit en passant, à New-York et diplômé de Harvard). Le P-DG d’Electricité de France évoque d’abord le « l’obsession des Français pour leur indépendance énergétique » puis aborde leur bon sens commun : « en France, nous n’avons presque pas de charbon ni de pétrole. Le nucléaire est apparu la meilleure solution, tout simplement ».
Plus imaginatif, et sans doute plus flatteur, David Jhirad, patron d’un think tank environnemental basé à Washington parle lui des Français « amoureux de hautes technologies ». Que ce soit le nucléaire, le Concorde ou le TGV, « ils adorent ça et accordent un grand respect ainsi qu’une crédibilité aux scientifiques et aux ingénieurs ». Or ce sont ces derniers qui « construisent les centrales nucléaires ». CQFD.
Enfin, une large place est accordée dans le reportage au porte-drapeau de la suprématie française en matière d’énergie nucléaire, AREVA. Sa présidente, Anne Lauvergeon, déclare qu’« il est difficile de lutter contre les changements climatiques et être en même temps contre le nucléaire car on ne dispose pas de beaucoup de moyens pour réduire les émissions de CO2 ».
« Atomic Anne », la femme plus puissante de France rapporte Steve Kroft, explique au public américain, qu’« il y a l’(énergie) éolienne, le nucléaire et le solaire. Mais le vent et le soleil sont des sources incertaines. Ça marche quand il y a du vent, quant il y a du soleil. Pas de soleil, pas de vent, pas d’énergie. Vous ne regardez pas la télévision uniquement quand il y a du vent ? ». Mais bon sang m’est bien sûr. Le bon sens, encore une fois.
Pour voir le reportage de CBS : http://basile.canalblog.com/archives/2007/04/11/4590351.html
Thèmes
Climat Energie CO2 Gaz à effet de serre Energies renouvelables Nucléaire Monde Solaire Eolienne
:- vous faites une belle pub gratuite pour le nucléaire, à EDF, sans sens critique, façon américain. Bravo, vous avez des actions au moins ! C’est sûr qu’en France montre pas vraiment le bon exemple en matière d’économie d’énergie et d’énergies renouvelables, alors, allons vendre notre technicité irresponsables aux américains, aux chinois, aux iraniens, aux africains.... Le mur se rapproche, accélérons, plus beau serale choc.
Pour une fois que les américains disent du bien de nous, on ne va pas s’en priver non-plus.
Le nucléaire a énormément d’avantages, mais il faut poursuivre les recherches vers des énergies plus saines mais productives. ITER par exemple.
La consommation mondiale d’uranium est de 67.000 tonnes par an, la production de 42.000 tonnes. La différence de 25.000 tonne provient des stocks civils et militaires qui seront épuisés en 2015. L’uranium est une ressource limitée dont le maximum de production mondiale se situe vers 2020 (hypothèse la plus probable) ou 2025-2030. C’est comme le "peak oil" pour le pétrole vers 2010 (ou un plateau de 2006 à 2010) avant une diminution de la production.
Les travaux officiels de prospective énergétique indiquent un maximum de la production d’électricité nucléaire vers 2020 en France, puis une diminution à partir de 2030.
Les anciennes centrales vont être arrêtées à partir de 2015-2020 et la puissance totale des nouvelles centrales prévues sera inférieure à celles arrêtées (si ces nouvelles centrales sont construites, ce qui n’est pas certain).
Malgré les efforts de prospection depuis 2000, les résultats sont bien maigres.
La mine de Cigar Lake a déjà été inondée deux fois alors qu’elle n’est pas encore prête pour l’exploitation. C’est une mine souterraine dans un terrain imbibé d’eau comme une éponge et ce terrain doit être congelé (énorme dépense d’énergie) pour que les engins puissent creuser et extraire le minerai.
Les réserves ont augmenté par un simple changement de nomenclature, sans aucune découverte nouvelle. Mais la plus grande partie de ces réserves est spéculative, avec une très faible probabilité d’être réellement transformées en extraction de minerai (5% ou 10% de probabilité).
Depuis les années 1950, la fusion est promise pour dans 50 ans. C’est toujours la même promesse, toujours dans 50 ans. Des réacteurs de type Iter ne pourront pas être produits de façon industrielle avant 2060 (selon ses partisans les plus optimistes), avant 2100 ou jamais selon les physiciens les plus réalistes.
Toutes les dépenses considérables pour le nucléaire seraient beaucoup mieux employées pour développer les énergies renouvelables, en particulier le solaire thermique et photovoltaïque.
Sans compter que le nucléaire ne nous apporte aucune indépendance énergétique (tout l’uranium est importé) et qu’il produira de plus en plus de CO2 à mesure que les mines seront plus difficile à exploiter (excavatrices, pelleteuses, camions ... concassage, extraction, transport, enrichissement ...).
Votre argumentaire est un pot pourri qui recite les antiennes antinucleaire les plus eculees. Je vais limiter ma reflexion au probleme des ressources en Uranium.
Pour tous les minerais, il y a une tres grande difficulte a estimer les reserves : en general, on ne connait les reserves que pour les 30 ans a venir, surtout s’il est couteux de prospecter et que le besoin ne s’en fait pas sentir. Par exemple, depuis les aneries du "club de Rome", les reserves de beaucoup de metaux genre Cuivre, fer, cobalt..ont augmente au fur et a mesure que nos besoins augmentaient. Cela a ete en grande partie vrai du petrole (au prix d’une grosse augmentation des prix, que l’on voit en ce moment).
Pour l’Uranium, ce n’est que depuis 2-3 ans que l’on s’est apercu que les besoins alllaient augmenter rapidement. Les estimations de l’AIEA tablent sur 200 ans de consommation, mais il me parait evident aussi que la consommation devrait tripler dans les trente ans...Le premier effet d’une penurie-et il y a penurie aujourd’hui car on n’a pas investi-c’est de faire monter les prix : Le marche !!!
Il me semble que le probleme de l’uranium se reposera dans une cinquantaine d’annes, quand il faudra se reconvertir massivement au surgenerateur. En attendant, il y a de la place pour des centaines d’EPR-ou equivalents, et c’est souhaitable pour le climat.
Plus loin, je suis tres sceptique sur le "peak oil". C’est evident que les ressources du monde sont limitees, mais comme on ne connait pas les limites de l’inventivite humaine, comment peut-on vraiment faire des extrapolations au dela de trente ans ? Je pense qu’on sait transformer en petrole le charbon, et comme il y a beaucoup de charbon, le premier effet des campagnes antinucleaires sera de devellopper l’usage du charbon...et bonjour les degats !
Je repete : je ne pense pas qu’on va manquer de petrole, mais je pense que le choix des sources d’energie carbonees est un mauvais choix ecologique, et je l’espere economique : comment developper une energie ecologique comme l’electricite nucleaire si les sources emettrices de CO2 sont moins cheres. Il est heureux que le gaz et le petrole soient aujoud’hui plus chers que le nucleaire pour faire de l’electricite, mais je suis plus inquiet pour le charbon que favorisent les antinucleaires !
Que rajouter à de telles évidences, sinon qu’elles sont la voix d’un bon sens semblant déserter les nouvelles générations françaises. Ces générations confortablement installées dans le confort énergétique dû à certains de leurs aînés et que d’autre, mus par une idéologie d’un autre temps, les encouragent cyniquement à contester. Très bon article. André PELLEN












