Article publié le 6 mars 2008
Ils sont venus de Ciney, La Roche, Crisnée, Perwez ou Erquelinnes… Regroupés au sein d’une nouvelle plate-forme wallonne, ce vendredi à Namur, ces comités de défense locaux font souffler un « Vent contraire » afin d’enrayer ce qu’ils considèrent comme une prolifération nuisible à l’environnement rural et à la santé des habitants !
« Destruction des paysages et de sites remarquables, nuisances sonores, pertes de valeurs immobilières, menace pour le tourisme, plaie pour la nature et l’avifaune… » Le dossier à charge contre le développement éolien en Wallonie ne fait pas dans la dentelle. « Nous ne sommes pas résolument contre l’éolien, nuance Luc Rivet, porte-parole de cette plate-forme et habitant de Merbes-le-Château (Hainaut). Mais nous considérons comme très grave le fait que les pouvoirs publics abandonnent la maîtrise foncière du territoire. Tout se passe par contrats privés et opportunisme. Aucun compte n’est tenu de la planologie car la plupart des permis, octroyés en zone agricole, sont délivrés après dérogation et une procédure simplifiée… »
Pour la vingtaine de comités locaux, il est grand temps que le gouvernement wallon réinstalle de l’ordre dans un développement jugé « anarchique ». « Une réflexion globale s’impose, remarque Juan de Hemptinne, porte-parole de l’Association pour la défense des sites et vallées du Namurois. Un grand nombre de projets ont reçu leur permis mais ils ne sont pas encore visibles. Soit, une cinquantaine d’éoliennes sur un peu plus de cent quarante. Il convient d’élaborer une cartographie qui désignerait les zones propices à l’implantation de projets de grande ampleur. »
« Il faut stimuler l’éolien…
en mer du Nord »
La majeure partie des parcs éoliens se trouve pour l’heure au Nord du sillon Sambre-et-Meuse le long d’un axe parallèle à la E 411 et à la E 42. Et selon les résultats d’une étude portée à la connaissance du Soir, ce mouvement pourrait s’amplifier le long du réseau autoroutier (lire ci-dessous). En tout état de cause, les associations demandent au gouvernement de décréter un moratoire sur l’installation d’éoliennes jusqu’à l’adoption d’un nouveau cadre réglementaire. « Le potentiel de l’énergie éolienne est très limité en Wallonie. Elle représente moins d’1 % de la production électrique, note Jean-Pierre Storder, cheville ouvrière de l’association Vent de raison. Il faut stimuler l’éolien là où il a du sens, c’est-à-dire en mer du Nord où le rendement d’une éolienne est double par rapport à la Wallonie… »
La priorité, c’est d’abord de réduire la consommation pour cet opposant. « Chaque éolienne coûte près de 500.000 euros à la collectivité, poursuit Jean-Pierre Storder. Pour lutter contre le réchauffement, il faut d’abord investir l’argent dans la rénovation des bâtiments ou dans des réseaux de transports publics. C’est plus rentable économiquement et écologiquement… »
Sollicités par Le Soir les cabinets des ministres CDH de l’Energie, André Antoine, et de l’Environnement, Benoît Lutgen, n’ont pas souhaité réagir à ce que d’aucuns pourraient percevoir comme l’émanation du phénomène « Nimby » (« Not In My Back Yard », « Pas dans mon jardin », NDLR). « Mais ce phénomène n’a rien de honteux en soi, remarque Luc Rivet. C’est au contraire tout à l’honneur de villageois de défendre leur environnement immédiat ou des citoyens de contester des projets qui polluent et abîment irrémédiablement un paysage. »
Entretien
Verra-t-on fleurir davantage d’éoliennes le long des autoroutes et des voies d’eau wallonnes ? Administrateur délégué de la Sofico, qui a pour mission de rénover, d’entretenir et de valoriser le réseau autoroutier et hydraulique, Jacques Dehalu livre au Soir les conclusions d’une nouvelle étude sur la question.
- Quel est le potentiel de développement sur les voies publiques ?
Le premier volet de l’étude retient une cinquantaine de sites potentiels sur l’ensemble du territoire wallon. Afin de limiter l’impact sur les zones bâties, les espaces naturels ou militaires, nous allons retenir une quinzaine de sites où pourront être développés des parcs de cinq à six éoliennes.
- Quels sont ces sites ?
Ces données restent confidentielles à ce stade. Des appels d’offres seront lancés d’ici un mois. Les concessionnaires potentiels disposeront, à ce moment-là, des informations liées aux espaces et à la force des vents afin de leur permettre de rentrer des projets. La localisation ne sera donnée qu’au terme de la procédure. Le maintien de cette confidentialité est indispensable car à une dizaine de mètres près, nous ne sommes plus sur des terrains publics. Et nous souhaitons que nos investigations aboutissent à un projet global qui comporte le plus de fiabilité et le moins de dispersion possible pour éviter les nuisances.
- La dispersion, c’est justement la critique portée par les associations à l’égard de la politique wallonne…
La Sofico travaille au départ d’espaces le long des routes et des voies d’eau qui appartiennent à la collectivité. Et c’est justement pour éviter cette dispersion que la confidentialité est requise pour le moment. Nous n’allons pas faire des études pour des privés qui souhaitent rentabiliser leurs terres. Notre optique, c’est l’homogénéité et l’intérêt général.
- Quelle manne financière les pouvoirs publics comptent-ils retirer de ces concessions ?
Nous serons rémunérés sous forme d’une redevance équivalant à 10 % des bénéfices. Tout dépendra donc du nombre de projets développés. La Sofico a été chargée par le gouvernement wallon de poursuivre le programme des chaînons manquants autoroutiers (contournement de Liège et Couvin, NDLR). Tout ce qui peut être valorisé dans le domaine sera réaffecté à cette politique.
- N’est-ce pas contradictoire de réinvestir de l’argent du renouvelable dans l’extension du réseau autoroutier ?
Il faut tenir compte des études globales relatives aux grands contournements qui permettent de réaliser des gains au plan environnemental et de faire des économies en CO2 en évitant la congestion des centres-villes…
Les implantations. Les associations demandent, sur base de recommandations sanitaires françaises, que les éoliennes soient installées à minimum 1,5 kilomètre d’un noyau d’habitat, contre 350 mètres actuellement en Wallonie (cadre de référence de 2002).
Une énergie… polluante ! Les détracteurs de l’éolien estiment que cette énergie n’est pas sans effet sur le climat en raison des ruptures de production engendrées par l’absence de vent. En ayant recours aux centrales gaz vapeur pour assurer la régulation, l’éolien émettrait indirectement 352 g de CO2 par Kw/h.
Infos. http://ventderaison. com
vos articles sont généralement intéressant Christophe , mais faites attention : citer des propos, c’est les cautionner. Et il y a pas mal de dérapages entre le fond de l’article et les citations fourre-tout de certains à mon avis ...
exemple : le passage "not in my backyard" Mais ce phénomène n’a rien de honteux en soi,, non seulement ça fait hors sujet par rapport à la ligne directrice de l’article (revendication de plus de transparence, moins de dispersion et plus de citoyenneté), mais en plus ça fait carrément troll : "pas honteux" de vouloir le beurre (l’électricité), l’argent du beurre (aucun coté face sur son petit confort de la consommation d’électricité) et le *** de la crémière ("parfaitement normal d’être égoiste") ? hum ... :-/
Excellent initiative de cette courageuse plateforme ! Remarquons également que le nouvel objectif belge (et non pas wallon !) de 13% de renouvelables en 2020 a des conséquences importantes en matière d’environnement et d’urbanisme. Même si l’on tient compte des actuelles tentatives de réduction du taux de croissance de la consommation d’électricité, l’extrapolation du besoin global pour le Belgique donne néanmoins plus de 100 TWh par an en 2020 (il est de 85 TWh/an actuellement). Cela signifie que, compte tenu du fait que l’éolien industriel représente 80% du renouvelable, il faudra, en 2020, une production éolienne de 10400 GWh par an !
Comme cela implique plus de 2600 éoliennes de 2MW (taux de charge de 23% conforme à la moyenne européenne) de 150 m de haut, il est évident, pour tous ceux qui se soucient tant soit peu de l’environnement et de l’urbanisme, qu’il sera impossible d’implanter ces aérogénérateurs on-shore (il y en a actuellement une centaine et l’opposition devient de plus en plus forte).
S’il faut vraiment suivre la mode éolienne, c’est au développement off-shore qu’il faut donner la priorité, sachant que le rendement est meilleur, que le Bureau du Plan estime la capacité à plus de 30000 MW de puissance, que cela ne gêne personne, et que cela permettrait facilement de rencontrer le nouvel objectif belge. Voici donc un petit argumentaire.
Il y a les aspects de santé publique.
Le cadre de référence pour l’implantation d’éoliennes en Région wallonne a été approuvé par le Gouvernement wallon en date du 18 juillet 2002 et constitue un ensemble de directives (sans valeur légale) pour l’établissement des études d’incidence sur l’environnement dans le cadre d’obtention des permis d’environnement pour l’implantation des parcs éoliens. Depuis 2002 l’expérience acquise en Belgique et dans les pays voisins a permis de voir plus clair dans certains aspects, et non des moindres, de l’incidence des éoliennes sur l’environnement en général et la santé des personnes en particulier. La norme précitée dispose, dans son résumé des orientations reprises, au point 5 qu’à une distance de 350 m il n’y aurait aucun impact au niveau du bruit(*). A un moment où les maladies environnementales commencent enfin à être étudiées méthodiquement et que l’on y constate l’omniprésence du bruit (avions, camions, motos, voitures, machines, etc.) le rapport de l’Académie française de Médecine (23 mars 2006) vient à point nommé pour révéler l’apport de l’éolien dans les nuisances sonores(**)La conclusion de ce travail de groupe est de recommander fortement qu’aucune éolienne ne soit implantée à moins de 1500m d’une habitation. On peut donc estimer que la norme du Cadre de Référence est singulièrement dépassée, plus particulièrement en ce qui concerne les grandes éoliennes. La pollution sonore, infrasonore et stroboscopique et visuelle (flashes de balisage puissants) causée par les éoliennes que l’on implante un peu partout en Wallonie et dont la presse parle abondamment, engendre les maladies environnementales dont les symptômes sont désormais bien connus : gênes visuels, bourdonnements, insomnies, irritabilité, maladies dégénératives ou auto-immunes, allergies, syndrome de fatigue chronique. Que fait-on dans les autres pays ? On sait qu’au Canada, cette distance minimale est de 2000 m, en Californie, de 2 miles (3218 m) et que ces réglementations s’inspireraient tout simplement de normes de l’OMS en la matière. Une très récente mais fort médiatisée thèse de doctorat néerlandaise sur les nuisances sonores d’origine éolienne (van den Berg, 2006) explique scientifiquement l’importante augmentation du bruit nocturne des grandes éoliennes. Alors qu’au ras du sol, et à 10 m de hauteur, il n’y a pas de vent, des phénomènes météorologiques complexes font qu’il y en a à 100 m de hauteur générant des nuisances sonores d’autant plus gênantes que le bruit ambiant diurne fait défaut. Ces bruits justifiaient les doléances des riverains jusqu’à deux km du parc. Parmi les conclusions de cette thèse nous pouvons lire « …eu égard au bruit des aérogénérateurs on peut affirmer qu’un phénomène important a été ignoré : celui du changement du vent après le coucher du soleil. Ce phénomène sera de plus en plus important compte tenu de la taille croissante des éoliennes et de la multitude des projets de parcs éoliens. Si ce phénomène n’est pas reconnu et résolu, il risque d’entraver sérieusement le développement de l’énergie éolienne ». Rien de tout cela en off-shore, bien entendu.
Il y a ensuite nos paysages. « La sauvegarde du paysage doit se traduire par une action volontaire et constructive afin de prolonger l’œuvre du passé et d’en maintenir les valeurs fondamentales. Si la nature fut le produit des hasards géologiques, le paysage est le fruit du génie de l’homme »(Neuray, 1982, 2005). L’esthétique, ou l’inesthétique d’usines éoliennes comprenant des aérogénérateurs de 200m de haut, reste avant tout une question strictement individuelle. L’Académie française des Beaux-Arts juge,dans un "Livre Blanc" remarquable (2007), après consultations, que les éoliennes sont en "contradiction avec la tradition française d’harmoniser l’architecture avec le paysage". Afin de "prendre part aux débats" sur les éoliennes, l’Académie a décidé de constituer un groupe de travail dirigé par Michel Folliasson, membre de sa section Architecture et composé d’Académiciens et d’experts français et étrangers. Elle conclut que "la confrontation de ces machines de 150 m de haut (...) avec les sites remarquables et les paysages de qualité est difficilement acceptable". L’Académie demande, dans une lettre transmise fin octobre 2007 au Président de la République, de les interdire "dans les zones les plus sensibles" dont elle doit elle-même publier la liste et que, dans tous les cas, les autorités procèdent avant implantation à "une consultation démocratique des populations concernées". Nous avons tous une responsabilité commune dans la manière dont nous gérons notre environnement. Si « développement durable » est un concept respectable, celui d’ « environnement durable » l’est tout autant. Que penseront les générations futures d’un environnement mutilé à la suite de la déstructuration des paysages causée par les éoliennes ?
La Convention Européenne du Paysage (CEP) a été ratifiée par la Région wallonne le 20 décembre 2001. La jurisprudence en matière du contentieux environnemental y réfère souvent. Dans l’arrêté ministériel REC.PU/06.162 du 27 décembre 2006 pris par le Ministre Antoine dans le cadre de la demande introduite en date du 24 février 2006, par laquelle KYOTO TECHNOLOGIES S.A sollicite un permis unique pour implanter et exploiter un parc de 3 éoliennes d’une puissance maximale unitaire de 3 MW sur la commune de CINEY, au lieu-dit : "Du Grand Bon Dieu", plusieurs considérants ont trait à cette matière. « Considérant, quant à l’impact visuel du projet, qu’il convient de rappeler que l’article 1er du CWATUP impose à la Région wallonne de veiller, dans le cadre de ses compétences, à la conservation et au développement du patrimoine culturel, naturel et paysager ; que de plus, la Région a ratifié, le 20 décembre 2001. la Convention européenne du Paysage, laquelle ; impose également, notamment, de prendre en considération la dimension paysagère de toute demande de permis » ; « Considérant, en conclusion, que le parc projeté ne peut être autorisé du fait de la pression qu’il exercerait sur le paysage en cause, caractéristique du Condroz et de qualité ; que la condition de respect, structuration ou recomposition des lignes de force du paysage énoncée à l’article 127, § 3 du CWATUP n’est pas remplie en l’espèce et que la dérogation au plan de secteur ne peut dès lors être octroyée… ».
Dans la réponse donnée par le ministre Antoine à une question parlementaire de Bernard Wesphaël (ECOLO) publiée dans le compte rendu analytique de la Séance publique de la Commission de l’Aménagement du Territoire, des Transports, de l’Energie et du Logement en date du Lundi 20 février 2006 on retrouve la même préoccupation. « Il y a, d’une part, les accords de Kyoto et le souhait de développer des énergies renouvelables et, d’autre part, une réflexion sur la transcription concrète de la Convention européenne du paysage (CEP) en Région wallonne. Le territoire wallon doit accueillir des éoliennes, mais pas de manière anarchique et avec un « coût paysage » en rapport avec une production maximalisée sur les sites potentiels. Par leur gigantisme, les éoliennes ont un impact paysager sur plusieurs kilomètres et il y a lieu de préserver certains paysages encore caractéristiques de notre Région, en évitant d’y implanter des éoliennes. Si le développement éolien a de l’avenir sur le territoire wallon, il doit être mené de manière raisonnée. L’avis de principe remis par la DGATLP pour ledit projet se base sur la cartographie des contraintes environnementales, paysagères et d’aménagement du territoire. Cette cartographie, entamée dans le cadre de la convention « Cartographie du champ de contraintes paysagères et environnementales comme base de détermination des zones d’exclusion à la transcription au plan de secteur de la politique des éoliennes à l’échelle de l’ensemble du territoire wallon » commandée par M. le ministre Michel Foret et finalisée en avril 2004, était suffisante pour arrêter une véritable stratégie d’implantation des champs éoliens. J’ai donc demandé un complément d’étude qui a été confié à une « Cellule de réflexion et d’action en matière de paysage » attachée à la DGATLP. Son travail a débuté en juin 2005 et devrait s’achever en mai 2006 au plus tard. Cette cartographie transcrit les normes, règles et principes que la Région wallonne entend voir respecter en matière d’implantation d’éoliennes dans une logique de gestion parcimonieuse de son territoire. Si elle n’a actuellement pas de valeur juridique, elle constitue cependant l’un des outils d’aide à la décision nécessaires à l’arbitrage entre la nécessité de développer les énergies renouvelables et celle de préserver la qualité du cadre de vie, des paysages et, plus largement, de l’environnement wallon. Cet outil d’aide à la décision est actuellement utilisé pour traiter l’ensemble des demandes de permis uniques et des demandes d’avis préalables introduites auprès de mon Administration. Il ressort de son utilisation que les avis de principe préalables rendus sur cette base reflètent généralement les difficultés que les projets rencontrent par la suite, lorsqu’ils sont déposés auprès des administrations et organes consultatifs interrogés ». Aucun problème en off-shore…












