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Le programme européen de lutte contre le réchauffement climatique

Article publié le 14 mars 2007

Je vous ai parlé de la réussite de notre Président au Sommet de Bruxelles pour arriver à faire passer les idées françaises sur l’énergie et à préserver nos intérêts dans ce gigantesque marchandage.

Car la situation était loin d’être évidente pour les intérets français. Nous sommes en effet particulièrement atypiques par la structure de notre production énergétique avec 85% de notre électricité d’origine nucléaire et un certain retard dans les énergies renouvelables, éolien, biomasse, géothermie et photovoltaïque. Du fait de cette prédominance nucléaire en France, nous sommes- et de loin- le pays européen qui produit le moins de CO2 de tous nos voisins. Or, les pays européens ont des avis et des situations énergétiques très diverses avec des pays fortement opposés au nucléaire, en particulier l’Allemagne, l’Autriche et l’Irlande, d’autres moins équipés que nous en nucléaire mais en sa faveur comme la Finlande, les pays baltes et les anciennes républiques soviétiques, d’autres sortis du nucléaire mais en situation de retournement comme la Grande Bretagne, l’Espagne et l’Italie et enfin certains très fortement engagés dans l’éolien comme le Danemark, l’Allemagne ou l’Espagne mais sans que cela ne se traduise positivement sur leurs émissions de CO2.

Un cas très particulier, l’Allemagne, assez fortement équipée en électricité nucléaire mais qui l’avait abandonnée, sous la pression de son opinion publique et des Verts, en allant très loin puisqu’elle avait décidé d’un planning de fermeture de ses centrales nucléaires jusqu’en 2020. Lors de la dernière campagne électorale, Angela Merkel et la CDU/CSU avait fait campagne sur la base de la poursuite de l’exploitation des centrales condamnées et d’une certaine relance du nucléaire. Programme qui était passé à la trappe lorsqu’il avait fallu se mettre d’accord avec les socialistes sur un programme commun de gouvernement. Dernier point, Angela Merkel est, en ce moment, Présidente de l’Union et souhaitait definir une politique agressive de lutte contre le réchauffement climatique.

La Commission de Bruxelles après avoir étudié le problème de l’approvisionnement de l’Europe en énergie et de sa dépendance du gaz soviétique avait proposé dans son "Plan de Bruxelles pour l’Energie", présenté en Janvier 2007 qu’il fallait se donner comme objectifs de réduire de 20% d’ici 2020 nos émissions de CO2 dans le domaine énergétique et industriel, d’arriver à un pourcentage de 20% d’énergies renouvelables dans le cocktail d’énergie européen et d’arriver à 10% de biocarburants dans nos carburants. Pour y arriver, la Commission recommendait de relancer le nucléaire en Europe et dans les mesures diverses la séparation des gestionnaires de réseaux et des producteurs.

La question cruciale pour la France était de savoir si le fait d’être le plus faible émetteur de CO2 d’Europe grace au nucléaire n’allait pas finalement se révéler très pénalisant (! !!) en nous obligeant à aller beaucoup plus loin que les autres pays dans le développement des énergies renouvelables- coûteuses - parce que les 20% de réduction d’émissions ne pourront se faire que dans les consommations énérgétiques "hors nucléaire" qui sont nettement plus faibles que dans les autres pays européens. Autre atout important de la France que nous souhaitions voir reconnu, notre savoir dans la production énergétique nucléaire (Areva, Alstom) et dans l’élimination des déchets (La Hague).

Résultat des courses. Sur les objectifs de baisse des émissions de CO2, l’Europe est allée au-delà des recommendations de la commission de Bruxelles puisque les 20% de réduction s’appliquent à la totalité des émissions énergétiques, industrielles mais également domestiques et de transport. Un challenge autrement plus difficile à relever que l’Europe est même prête à relever à 30% si les autres grandes puissances économiques acceptent de se joindre à l’Effort européen. Entérinement des propositions d’atteindre 20% d’énergie à partir de sources d’énergies renouvelables et des 10% de biocarburants dans nos carburants.

Eléments importants et inattendus : les objectifs sont au niveau global, pour toute l’Europe et non pas pays par pays, ce qui aurait pénalisé particulièrement les "bons élèves" comme la France. Mais surtout l’aspect non émetteur de CO2 du nucléaire est reconnu par son inclusion dans la nouvelle catégorie dite des " énergies faiblement carbonées " et par sa prise en compte dans les 20% d’énergies renouvelables dans le cocktail d’énergies utilisées dans chaque pays. Quant à la séparation de gestionnaires de réseaux et des producteurs, le système à la française où les reseaux appartiennent à EDF/GDF mais le personnel qui les exploitent en est supposé indépendant, reste une décision nationale ;

Au total un plan très ambitieux et à la fois réaliste par sa reconnaissance de l’inévitabilité du nucléaire pour y arriver.Il reste à le faire comprendre aux opinions publiques car il représente un tournant majeur par rapport aux idées reçues dans le domaine énergétique et environnemental. Bon courage Messieurs les politiques

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