Article publié le 25 janvier 2008
Jour J - 1. C’est ce mercredi que la Commission européenne dévoilera les grands axes de la révolution énergétique promise en Europe pour lutter contre les changements climatiques. Ce paquet législatif ambitionne de porter à 20 % la part des énergies renouvelables à l’horizon 2020 et de réduire d’autant les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux rejets en 1990. Au regard des efforts déjà réalisés entre 1990 et 2005, il reste à réduire les émissions de 14 % et d’augmenter la part des renouvelables de 11,5 %, calcule la Commission. Chaque État se verra attribuer des objectifs différenciés.
La Commission envisage d’imposer à la Belgique un objectif de 13 % en matière d’énergies vertes. De quoi hérisser le patronat. Le Premier ministre Guy Verhofstadt défend aussi une révision à la baisse de cet objectif, jugé trop coûteux pour le pays, à 7,6 %.
« La Commission ne transigera pas sur l’objectif de 13 %, soulignait-on ce lundi à bonne source. Mais les arguments de Guy Verhofstadt ont été entendus et la Belgique pourra bénéficier d’une certaine flexibilité. » Les pays de l’Union européenne devraient pouvoir permettre l’achat de renouvelables produites ailleurs. Mais la Fédération des entreprises s’inquiète. « La Belgique a mal négocié l’effort de Kyoto I, trop lourd pour notre pays, note Rudi Thomaes, administrateur délégué de la FEB. Nous avons intérêt à ne pas commettre la même erreur. Comme le constate une étude commandée par la Commission, la Belgique peut accepter un objectif maximum de 8 % de renouvelables sans risquer une explosion des coûts. » Dans les couloirs de la Commission, on note que ce chiffre de 8 % invoqué par le secteur industriel concerne la capacité de production nationale. Qui plus est, la contribution de chaque État a été calculée en fonction de sa richesse, dans un souci de distribution « équitable » de l’effort…
Mais à la décharge de la Belgique, la FEB fait valoir le fait que 40 % de la valeur ajoutée industrielle est créée dans notre pays par une industrie énergivore, soit plus de 10 % de plus que chez nos voisins. Et l’industrie a réalisé un effort plus important ces dernières années que les secteurs des bâtiments et des transports… Les industries les plus énergivores devraient bénéficier d’un « traitement particulier », dit-on à la Commission – fruit d’un intense lobbying déjà dénoncé vertement par le groupe écologiste au Parlement européen. Mais la Commission va assigner un objectif global de réduction des émissions de 21 % (par rapport à 2005) pour les grandes industries (production d’électricité, acier, papier, chimie, ciment…) contre 10 % pour les autres secteurs (transport, services, agriculture…), pour qui la réduction « est très difficile et très coûteuse ». Pour ces derniers, un plafond tenant compte de la richesse nationale sera fixé Etat membre par Etat membre, dans une bande allant de – 20 % à + 20 % pour les pays les plus pauvres. Partant, la FEB renfonce le clou de la sortie du nucléaire, prévue par la loi à partir de 2015, pour lutter contre le réchauffement : « Nous préconisons le maintien de l’option nucléaire, avance Rudi Thomaes. Si toutes
les centrales ferment, notre approvisionnement pour l’électricité dépendra du gaz naturel à 72 % en 2030 » (voir l’infographie ci-dessus).
La Commission annoncera aussi demain un nouveau système d’allocation des quotas de CO2, au plan européen. L’allocation gratuite de ces « permis de polluer » à des milliers d’entreprises sera progressivement remplacée par une mise aux enchères des droits. Les nouveaux revenus de cette bourse – 30 à 50 milliards d’euros par an, selon la Commission – seront partiellement investis dans les nouvelles technologies, réduisant la facture du « plan climat », évaluée à 0,6 % du produit intérieur brut de l’UE en 2020. Un coût jugé par l’exécutif européen nettement inférieur aux bénéfices d’une opération qualifiée d’« ambitieuse ».












