Deux rapports confidentiels jugent que le coût de démantèlement des
sept réacteurs est sous-estimé de 19 %. Ces évalutations des autorités
publiques n’ont pas été pris en compte dans le rapport très officiel de
la Commission 2030, qui soutient la prolongation de vie des centrales
au nom de la rationalité économique.
La facture de l’après-nucléaire est-elle trop légère ? En d’autres termes, les projections formulées par Synatom, l’opérateur industriel chargé de la gestion du combustible et de provisionner le démantèlement des centrales, sont-elles à la hauteur des investissements colossaux qui seront requis au moment de déboulonner le premier des sept réacteurs belges ?
« Affirmatif ! », répondent en choeur deux rapports confidentiels dont Le Soir a pris connaissance. Dans un premier document daté du 17 janvier 2007, l’Ondraf (Organisme national de gestion des matières radioactives et fissiles enrichies) constate dans ses conclusions que « le coût du démantèlement est évalué d’après un scénario conservateur au plan du provisionnement ». (NDLR : traduction de la version flamande en notre possession). En clair : les obligations imposées à Synatom ne pourraient être rencontrées lorsque la mise à la casse débutera d’ici une vingtaine d’années, si la loi sur la sortie du nucléaire, à partir de 2015, est appliquée.
Pourquoi ? « Le coût établi pour ces provisions tient compte d’une réduction liée au démantèlement en série des centrales d’un même site, explique le rapport. Or, rien n’autorise à affirmer au stade actuel des études que cette réduction évaluée à 19 % pourra être concrétisée… »
Questionné par Le Soir sur ce point, le directeur de l’Ondraf a refusé de se livrer au moindre commentaire : « C’est de la vieille histoire ! », s’est-il borné à nous répondre.
« Vieille histoire » ? Pas tant que cela. Dans un autre rapport confidentiel daté du 16 mars 2007, le « comité de suivi » chargé de vérifier le bon déroulement du provisionnement pour le démantèlement des centrales a repris les conclusions de l’Ondraf à son compte. L’avis de ce comité composé des représentants de plusieurs instances fédérales fait force de loi auprès de Synatom.
Outre le différentiel estimé à 20 % entre le coût estimé du démantèlement et le coût effectif à terme, les conclusions du comité d’avis s’inquiètent également de la « marge d’incertitude » des calculs de provisionnement. Celle-ci a été réduite de 15 à 13 % et devrait justement servir à compenser les surcoûts qui seront rencontrés, constate le comité de suivi. « La réduction due au démantèlement des centrales en série n’est pas assez étayée et les inventaires pas assez précis pour approuver une telle marge, pointe le comité de suivi qui recommande une fourchette de 15 à 25 %, admise au niveau international, pour un plan de démantèlement… »
Tout en suivant les recommandations et questions de l’Ondraf, le « comité de suivi » note que les obligations de la société de provisionnement seraient plus claires si les autorités publiques (NDLR : le gouvernement fédéral) prenaient diverses décisions : « 1. Concernant l’option de traitement ou non des matières fissiles irradiées ; 2. Concernant l’enfouissement des déchets de moyenne et de haute activité, du combustible irradié et des matières plutonifères dans les couches géologiques profondes. » Or, aucune décision ne devrait intervenir avant une dizaine d’années sur l’enfouissement des déchets.
Alors que Synatom défend sa méthode d’évaluation du démantèlement, le comité de suivi estime que l’acteur nucléaire fait preuve de trop d’imprécisions qui conduisent à des incertitudes pour l’avenir. C’est la raison pour laquelle il a donné 60 jours à Synatom pour lui remettre un plan qui réponde aux différentes questions posées. Ce plan, selon la direction de Synatom, vient d’être rendu et promet de rectifier le tir pour 2010, date du prochain rapport de suivi du démantèlement (voir ci-dessous).
Pour l’heure, sortons les calculettes : les provisions engrangées par Synatom se chiffrent à 4,6 milliards d’euros. Près de 3 milliards concernent la gestion actuelle et future des déchets irradiés tandis que 1,6 milliard sera consacré au démantèlement proprement dit. À terme, le coût global de la sortie du nucléaire est estimé à 12 milliards d’euros.
D’ici là, il y a gros à parier que l’extinction des feux nucléaires, prévue en 2015, aura été postposée par le prochain gouvernement. Divulgué la semaine dernière, le rapport final de la « Commission 2030 » propose en effet de prolonger la durée de vie des centrales afin de lutter contre le réchauffement (les centrales produisent très peu de CO2) et d’éviter l’explosion future des coûts de l’électricité.
Selon le rapport de la « Commission 2030 », composée « d’experts qui savent » (sic), les montants affectés pour le moment au démantèlement des centrales suffiront amplement. Mais étrangement, cette Commission « qui sait » ne semble pas avoir pris en compte des réserves formulées par l’Ondraf et le comité de suivi. Sans doute parce qu’elles étaient confidentielles ?
Thèmes
On n’est pas à 20% près quand il s’agit d’échéances aussi lointaines.
Comparée à la facture des combustibles fossiles, que personne n’a encore seulement essayé de chiffrer (comment retirer des milliards de tonnes de carbone de l’atmosphère ?) celle du nucléaire civil n’a rien d’inquiétant.
Ce qui est inquiétant concernant le nucléaire, ce n’est pas tant la facture du démantèlement ; on devra y passer un jour ou l’autre et elle risque d’être plus salée qu’on ne le pense... mais plutôt le risque d’accident qui augmente avec la multiplication des réacteurs (si les programmes EPR continuent) et leur vieillissement.
Il ne faut pas négliger le coût du traitement et du stockage des déchets.
Comment assurer la mémoire des lieux d’enfouissement ?
Comment maîtriser les risques d’accident ?
Comment éviter les détournements de matière fissile ?
Comment se protéger des attentats contre des centrales ou à la bombe sale ?
Beaucoup de questions et peu de réponses ce qui amène à cette dernière question : Ne faut-il pas plutôt investir massivement dans les énergies renouvelables ?
Enfin, la preuve du coût supérieur du nucléaire n’est-elle pas que :
aucune entreprise privée n’oserait y investir sans des aides massives des états.
aucun groupe d’assurance n’accepte d’assurer les réacteurs sans plafond au-delà duquel c’est l’état/le contribuable qui paie.
Les énergies renouvelables seules sont incapables d’assurer une production stable suffisante pour éviter une crise économique d’une ampleur inédite.
Le nucléaire n’est pas LA solution, mais il n’y a pas de solution sans électronucléaire.
Il n’y a pas non plus de solution sans risque, et c’est bien fait pour nous occidentaux : nous avons bouzillé le climat pour notre confort, il serait juste que nous en supportions les conséquences et assumions le risque des palliatifs disponibles.
euh... si ce n’est que ce risque, n’est pas pris QUE par nous. Si un accident majeur se produit en Espagne, il y a de grandes chances pour que le Maroc et l’Algérie "prennent" aussi.
Et on ne ferait que remplacer un problème par un autre. (Je vous guéri votre cancer mais vous aurez le choléra, ça vous va ?).
De plus, hormis la France et la Belgique, peu (pas) de pays ont une production d’électricité avec plus de 50% de nucléaire. Dans le monde, c’est même 17% d’électricité nucléaire. Pour remédier au problème, faudrait-il construire cinq fois plus de réacteurs ? :-/
Il faut D’ABORD rendre les appareils efficients, diminuer les gaspillages, et investir prioritairement dans les énergies renouvelables. ;-)
Je m’arrête là... mais je ne suis pas à court d’arguments. :->
Le risque climatique et le risque nucléaire sont en fait incommensurables : l’un est global et menace la survie de la biosphère entière, l’autre n’est que local et ne peut pas mettre la biosphère en péril.
Quand vous aurez compris ça, vous aurez enfin une base pour raisonner correctement.
Le Belche, le nucléaire c’est 17% effectivement, mais il y a aussi l’hydraulique 16,5%.L’éolien et le photovoltaïque, c’est 0,5%.En l’état,les combustibles fossiles représentent donc 66%, et il faut donc multiplier la puissance nucléaire installée par un peu moins de 4 et non par 5 si l’on veut les remplacer par du nucléaire.
schoune vous savez tres bien que nous avons épuisé presque totalement en France les possibilités de constuction de barrages hydro electriques ...le solaire , les eoliennes c’est de l’electricité a doses homéopathiques (chère pour les eoliennes)....comment voulez vous remplacer le nucléaire ???arrétez de faire votre numéro voynet...fichez nous la paix, nous progressons un peu chaque jour dans le retraitement et avons besoin de sérénité au lieu de passer notre temps a repondre a des questions idiotes ,mal etudiées et tendancieuses ...
si vous etes intelligent...si vous vous sentez profondément Français arrétez ""avec un peu de vrai""de faire le jeu de ceux dont le seul but est de ""travestir la vérité pour exiter des sots ""......
Bonjour,
1) j’aimerais bien que techniquement on m’explique pourquoi le démantèlement est si cher.... Il me semble que le problème majeur reste la contamination de la cuve du réacteur, le reste, évidemment non négligeable, se traite plus simplement.
Revenons au réacteur ! En quoi, techniquement, il faut dépenser autant d’argent pour sortir la cuve de son socle, le découper avec des systèmes robotisés, tout cela dans l’enceinte confinée, et enfin stocker les bouts de ce réacteur dans des containers protégés.
Que l’on m’explique de façon chiffrée, toutes ses opérations...
Il est possible qu’après, on y verra beaucoup plus clair sur la finalité de certains, qui n’hésitent pas à dramatiser le problème pour obtenir des budgets supplémentaire.
Et comme nos politiques sont dans leur grande majorité des ignares (je parle technique)...
2) Remarque pertinente de Le Belche. Il existe malheureusement encore, des réacteurs type Tchernobyl, en service...
S’ils explosent, et cela est probable, c’est toute l’industrie nucléaire qui va en prendre un coup et quand on voit les commentaires de certains sur des réacteurs surs et fiables, on à pas fini de faire de l’explication de texte. Il me semble que les écolos, en général, devraient en permanence, militer pour la fermeture de ce type de centrale.
D’ailleurs les détracteurs des réacteurs type EPR, on ne les entend pas beaucoup sur les vrais sujets sensibles que sont les réacteurs graphites....
3) Ce que j’adore, c’est qu’il traine toujours, comme par hasard, un ou deux "rapport confidentiel". Bien sur, tout le monde à bien compris que chez EDF, les dirigeants sont des parfaits abrutis et laissent le soir, trainer les documents les plus secrets sur leurs bureaux et que, les techniciennes de surface, payées par je ne sais quelle force occulte, les photographies avec leur Nokia dernière génération....
4) remettez nous ça la patronne..."l’extinction des feux nucléaire pour 2015" et puis quoi encore !
Pas de commentaires particuliers ! Les scientifique nous disent que les réacteurs de 4ieme génération fonctionneront plusieurs siècles ! On en demande pas autant, au moins qu’ils fonctionnent jusqu’a l’exploitation opérationnelle de la fusion. Et bien sur, on ne va pas écouter les "ragots" de certains !!!
5) Ce qui est bien quand on rédige un article, c’est de mettre les liens ou on peut se faire une opinion fiable de la situation !
g.jacquin
Le coût réel du démantèlement d’un réacteur est de loin supérieur aux prévisions. Peu de réacteurs ont été démantelés à ce jour, mais la différence entre prévision et réalité est effarante.
On estime en France, et cela arrange bien les promoteurs de l’industrie nucléaire, que le coût du démantèlement correspond à 15% du coût de construction d’un réacteur.
Le réacteur de Yankee Rowe (167 MW) aux Etats-Unis a été démantelé 30 ans après sa mise en service. Pour cela, le coût a largement dépassé les prévision pour s’établir à deux fois le coût de construction. En dollars constants (de 1993), la construction a coûté 186 millions de dollars et le démantèlement plus de 350 M$ (Unesco). Ce n’est pas 15% du coût de construction, mais 188% de ce coût : une paille.
Pour la sureté des réacteurs occidentaux, n’oublions pas que nous sommes passés très près de la catastrophe nucléaire en France en 1987 (Saint-Laurent-des-eaux), en Espagne en 1989 (Vandellos) et en Suède le 25 juillet 2006 à Forsmark, une des centrales "les plus sûres du monde".
Le prix de l’uranium a été multiplié par 14 en 4,5 ans et le coût du combustible nucléaire prend une importance croissante dans le coût de l’électricité nucléaire (qui devrait doubler avec un décalage de 2 à 3 ans).
En fait, l’uranium va bientôt manquer : Prix et pénurie de l’uranium
Dans la dernière étude de la Commission européenne, datant de 2005, l’électricité d’origine renouvelable dépassera celle provenant du nucléaire avant 2030 en Europe.
Selon les pays, l’éolien et le solaire photovoltaïque progressent de 30 à 50 % chaque année, soit une multiplication par 14 à 58 tous les 10 ans.
U235, votre lien sur le prix et la pénurie de l’uranium est intéressant et bien fait.Cependant, puis-je vous rappeler que la notion de réserves est une notion probabiliste.Les réserves prouvées sont par exemple celles dont la probabilité qu’elles existent est supérieure à 90%. Etant donné que les réserves sont des quantités exploitables au prix du marché,la montée des prix provoque automatiquement une augmentation des réserves disponibles, sans même avoir à faire d’exploration supplémentaire, pour autant que le gisement contienne des quantités qui deviennent exploitables à un prix supérieur, ce qui est presque toujours le cas. Cette montée des prix provoque également une reprise de l’exploration, qui a été totalement interrompue pendant des années pour l’uranium pour cause de prix trop peu rémunérateurs.Cette montée peut également donner accès à des gisements d’un type nouveau à plus faible teneur ( phosphates par exemple ).C’est pourquoi le pessimisme de cet article me paraît excessif. Mais il est vrai qu’il faudra une dizaine d’années pour que les nouvelles découvertes puissent être exploitées, alors que les stocks d’uranium ( et ceux de plutonium des armes atomiques) baissent rapidement, d’où la spéculation actuelle.










