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Jeter moins et jeter mieux

Un impératif global

Article publié le 24 juillet 2008

Pour faire suite à l’article de Jeanne Beutter concernant la gestion des emballages en particulier et des déchets en général, nous appelons ici les citoyens à agir dans leur quotidien de consommateurs, et à faire des choix réfléchis lors de leurs achats, tout en mesurant combien cet enjeu est désormais planétaire. Le suremballage est une des plaies de la société de consommation, mais, si on ne peut s’en passer totalement, pour autant en réduire l’impact sur l’environnement reste encore du domaine du possible. Véritable symptôme d’une société malade de ses excès consuméristes, la gestion des déchets pose de nombreux problèmes particulièrement aigus [1]. La crise dont est victime la ville de Naples représente une situation certes extrême, comme un paroxysme vertigineux et nauséabond, au sens propre comme au sens figuré, mais qui peut préfigurer ce qu’il adviendra bientôt dans les pays émergents.

Jeter moins et jeter mieux

D’un bout à l’autre de la chaîne, chacun à un rôle essentiel à jouer. Des industriels en passant par les distributeurs, jusqu’aux consommateurs, c’est désormais une chaîne de co-responsabilités qu’il faut mettre en place, le tout accompagné par une législation qui doit être beaucoup plus coercitive dans cette matière, même si elle existe en partie en France et en Europe, c’est loin d’être une situation partagée par le reste du monde. Le tout incinérable n’étant pas plus viable que l’enfouissement, ces deux voies ne peuvent représenter l’avenir en matière de traitement des résidus [2] . Et pourtant, c’est l’état de notre système actuel du traitement des déchets qui se base sur le dogme de la disparition des déchets, alors que notre société ne peut plus se le permettre, et cela sans plus de délai.

De fait, c’est sur le couple valorisation/réutilisation qu’il faut bâtir l’avenir du déchet, avec pour préalable incontournable, la rationalité nouvelle de l’éco-consommateur. Ce dernier doit se penser, et se réaliser comme la pierre angulaire de l’édifice à construire. Il doit désormais rejeter tout produit suremballé et/ou non recyclable, et cela relève d’une éducation globale, c’est à dire accessible à l’ensemble de l’humanité.

En effet, nombre de nos concitoyens ont intégré l’habitus du tri sélectif de leurs déchets, mais ne savent pas réellement ce qu’ils deviennent après leur acte citoyen. Il ne savent pas qu’une grande quantité des déchets triés ne sont en fait pas recyclés mais incinérés, voire enfouis, ce qui génère de fait, un nouveau cycle de pollution aux conséquences parfois dramatiques, comme le démontre clairement les études faites sur les environnements situés à proximité de ces unités, dites abusivement, de valorisation énergétique (UVE). Il aura fallu une forte mobilisation du monde associatif et militant afin que les incinérateurs subissent de grandes transformations et se conforment à des normes beaucoup plus exigeantes en matière de rejets de dioxine dans l’atmosphère. Ce phénomène ne doit pas contaminer les pays en devenir économique.

De plus, l’incinération des déchets produit au final une matière hautement polluante, les mâchefers, en grande partie enfouis, et qui génèrent huit fois plus de dioxine que les fumées rejetées dans l’atmosphère par les incinérateurs. Dans ce sens, le citoyen doit s’impliquer plus avant dans le suivi de ses déchets puisqu’il est mis directement à contribution avec la généralisation du tri. Tous ces efforts doivent faire l’objet d’une véritable valorisation en bout de chaîne. En effet, pourquoi trier si, au final, l’essentiel des déchets doivent être incinérés ou enfouis ? Ne touchons-nous pas ici à l’absurde ? Donc, chacun doit le savoir, ce n’est pas parce que l’on trie que l’on est un éco-citoyen, la chaîne étant rompue à un moment essentiel de la vie du déchet, c’est à dire lors de son traitement final.

Nous sommes en droit d’exiger de tous les acteurs, sphère politique, décideurs industriels, agences environnementales, monde associatif, un rôle équilibré et cohérent, dans une perspective globale et intégrée [3]. Chacun doit désormais assumer sa part de responsabilité afin de rendre le tout congruent, c’est à dire pertinent d’un bout à l’autre du processus.

Ainsi, à chaque fois qu’on produit un bien, il doit-être pensé dans la totalité de sa vie, avec obligation absolue de recyclage ! Cette gymnastique écologique doit s’imposer à tous, en premier lieu aux pays riches car les plus consommateurs de biens. De plus, ils se doivent d’accompagner les pays les plus pauvres dans cette voie, notamment par une aide sous la forme de transfert de technologie. La solidarité doit ici faire exemple, et c’est notamment dans ce domaine que la globalisation devra désormais produire ses meilleurs résultats.

L’humanité ne peut plus faire l’économie d’une véritable révolution de tous les esprits, et en premier lieu celui des décideurs, des faiseurs d’opinion, avec comme point de mire l’ensemble des législateurs de ce monde agissant en accord. Cela n’est point utopique, mais indispensable, et s’imposera à l’ensemble de la planète, qu’on le veuille ou non. Alors, autant s’y mettre sans plus attendre, et chaque citoyen doit, là encore, mesurer combien son pouvoir est immense, et les alternatives de plus en plus nombreuses.

Nous ne ferons pas l’économie d’un appel au boycott massif des produits qui abusent des emballages pour des raisons parfaitement mercantiles. Le boycott, en matière de consommation responsable est une arme qui peut-être fatale, voire létale pour les produits qui ne font preuve d’aucune considération pour la matière écologique. Les dérives ne devraient plus être de mise, et c’est aux citoyens de faire pression sur l’ensemble de la chaîne des décideurs. Il faut agir tout du long du processus afin que les responsabilités ne se fassent pas écho les unes les autres, et se diluent dans une posture de décharge respective.

Le business du packaging doit se penser dans une perspective de valorisation de tous les déchets, les solutions techniques existent, et elle peuvent même faire l’objet de développement de nouvelles filières économiques. Le tri, et la valorisation des déchets, peuvent générer beaucoup plus d’activité que l’incinération, il y a là, un immense gisement d’emplois.
Il n’est qu’à voir ce qui se passe dans les pays du sud en matière de recyclage forcé, les objets ont mille et une vies dans ces contrées où les humains doivent s’employer à gérer la pénurie ! Nous avons quantité de choses à apprendre des plus démunis, car les trésors de génie qu’ils déploient au quotidien sont tout simplement miraculeux.

Aussi, dans une échelle de temps bien plus courte que nous ne l’imaginons, l’ensemble de l’humanité aura à gérer la rareté, si ce n’est la pénurie. Enfin, lorsque l’humanité de demain contemplera la « civilisation » qui fût la notre, ils ne pourront que constater combien nous étions si peu conscients en dilapidant de la sorte toutes nos richesses.

Certes des avancées incontestables ont déjà pris place dans notre quotidien, notamment en matière de déchets puisque selon l’ADEME le taux de recyclage de ces derniers atteindrait 60%. Mais concernant les emballages plastiques, seulement 19% font l’objet d’une valorisation, la marge reste donc importante. Désormais, l’application absolue du principe pollueur-payeur doit s’imposer aux entreprises qui tirent des dividendes de leurs activités.
Mais les efforts à consentir restent colossaux, et l’exemple des pays du sud ou d’Asie qui accueillent nombre de nos déchets industriels montre combien le chemin vers une équité devant le déchet fait encore figure de véritable terre promise lointaine... Ainsi, le défi est désormais celui de la gestion globale des résidus.

[1] http://www.sg.cnrs.fr/cnps/guides/dechets.htm
[2] Dossier incinération :

[3] Les acteurs institutionnels et associatifs :
Pour une approche plus globale de l’environnement en France :
http://www.ifen.fr/publications/le-catalogue-des-publications/...
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58 votes

commentaires
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(IP:xxx.xx8.162.15) le 24 juillet 2008 à 13H25

Une fois de plus c’est la faute des consommateurs et citoyens. Et si l’Union Européenne et les états faisaient leur boulot ?

Je prends un exemple : j’achète une cartouche d’encre d’imprimante, pas bien grande dans un très grand emballage avec un plein de plastique très rigide et dur à découper. C’est pareil pour beaucoup de produits de petite taille. Qui donc doit agir ? Les consommateurs qui doivent boycotter, alors qu’ils n’ont même pas le choix tant le produit est spécifique ? Ou l’Union Européenne qui peut interdire de tels emballages inutiles et nuisibles ?

C’est quand même extraordinaire de s’entendre dire partout que c’est au consommateur d’agir, alors qu’il n’a pratiquement pas de moyens et alors que les états, qui ont les moyens, sont oubliés et deviennent de plus en plus irresponsables !

Là où les consommateurs-citoyens peuvent davantage être efficaces, c’est en élisant des députés qui veuillent vraiment changer les choses en matière d’écologie. Mais cet angle d’action est gommé, serait-il trop dérangeant ?

Am.

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par eugene wermelingere (IP:xxx.xx6.131.175) le 24 juillet 2008 à 14H40

Compter sur les députés ? Autant pisser dans un violon. Leur seul objectif est de rester à la mangeoire et ceci pour le restant de leurs jours.

Les solutions sont autres, dont effectivement une autre façon de se procurer les produits.

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par hans lefebvre (IP:xxx.xx4.222.173) le 24 juillet 2008 à 18H25

Loin de moi l’idée de culpabiliser le consommateur, au contraire, il est question d’en faire le pivot de toute politique responsable, notamment en boycottant les produits qui ne respectent aucune norme. Enfin, le quidam peut tout de même agir dans son quotidien en imposant sa volonté par ces choix...Le consommateur détient le pouvoir, le boycott est une de ses armes, tout simplement. Cordialement

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(IP:xxx.xx4.202.5) le 24 juillet 2008 à 16H14

"Cet article n’a pas de lien direct avec l’actualité". Signé : l’équipe Agoravox.

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par hans lefebvre (IP:xxx.xx4.222.173) le 24 juillet 2008 à 18H21

"Merci pour avoir soumis un article sur AgoraVox. Le comité de rédaction vient de l’approuver et il est donc publié en ligne à l’adresse suivante" Voici la réponse du comité de rédaction, mais votre commentaire doit relever d’un esprit quelque peu taquin...

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par Pitchounet. (IP:xxx.xx9.153.152) le 27 juillet 2008 à 13H16

C’est marrant comme certains se sentent culpabilisés sitôt qu’il y a un article sur la réduction des déchêts. Et demandent que les solutions soient prises au plus haut niveau. Et bien par expérience, je peux affirmer ici que réduire au moins par 4 ou 5 sa quantité de déchêts, c’est possible !

Comment ? En achetant de façon différent (sur les marchés par exemple), en achetant certains produits en demi-gros. Bref, en cherchant vraiment. Bien sur cela prend un certain temps et cela ne se fait du jour au lendemain. Mais au bout de quelques mois, on voit la différence. Il faut aussi cesser d’acheter certains produits pour être vraiment efficace et cuisiner un peu plus.

Bien sur, il reste toujours certaines choses qui semblent incompressibles car cela est du ressort des fabricants. Mais l’action individuelle est celle qui influe le plus sur la quantité globale de déchêts.


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